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I CAN : Une école spécialisée pour dépasser son handicap

Les élèves peuvent compter sur une équipe dévouée et déterminée à travailler à leur épanouissement.

À première vue, elle a tout d’une école comme les autres. Sauf que lorsqu’on approche de plus près, on s’aperçoit que les classes sont composées de sept élèves et de deux enseignantes. Ici, tout est fait sur mesure afin de s’accorder au rythme des élèves.

Chaque matin, c’est à elle que Vrinda Lutchmaya pense. Elle, c’est sa fille, qui lui donne le courage et la force de continuer. Atteint d’un handicap qui s’est dégradé avec le temps, elle a été pour sa mère une source d’inspiration, la poussant à se mettre au service d’autres enfants qui, comme elle, vivent avec un handicap. De par son histoire personnelle, Vrinda Lutchmaya s’est sentie, au fil des années, investie d’une mission.

 

Celle de militer pour que le droit à l’éducation pour tous les enfants soit respecté, quel que soit leur handicap. «Quand ma fille était petite, chercher une école qui était adaptée à son handicap était souvent un parcours du combattant. Comme moi, de nombreux parents ont connu le même problème.» Portée par l’amour de sa fille, Vrinda Lutchmaya s’engage au sein de plusieurs associations et devient bénévole. Après une carrière dans le textile, elle décide d’aller encore plus loin et d’apporter sa pierre à l’édifice. «J’ai fait des études en Special Education au Mauritius Institute of Education (MIE). Je voulais m’engager et faire quelque chose de concret.»

 

Par la suite, elle crée I CAN et ouvre une école spécialisée, à Beau-Bassin, qui porte le même nom. Le principal objectif de l’école est d’accueillir des enfants handicapés et en difficulté d’apprentissage. Les débuts sont timides. Elle commence avec sa fille, deux autres enfants, deux enseignantes mais au fur et à mesure les demandes d’inscriptions se font plus nombreuses. Aujourd’hui, I CAN accueille environ 45 élèves. Certains sont atteints de trisomie, d’autisme, de trouble mental, social ou émotionnel, d’autres sont des slows learners qui n’ont pu suivre et intégrer le système éducatif dit mainstream.

 

Accompagner et guider

 

La mission de l’école I CAN est alors de les accompagner et de les guider vers une éducation adaptée et taillée sur mesure pour leurs besoins. «À cause de leur handicap et/ou leurs difficultés d’apprentissage, le système éducatif normal ne leur correspond pas. Souvent, on reçoit ici des enfants qui, à 12 ans, ne savent ni lire, ni écrire, ou encore des enfants qui, à 7 ans, ne savent pas aller aux toilettes. Alors, nous reprenons les choses à zéro en les adaptant, en allant à leur rythme, en essayant de rendre les choses plus simples pour eux», souligne la fondatrice de l’association.

 

Contrairement aux autres écoles, ici on ne se focalise pas sur l’académique uniquement. Loin de là ! Les éducatrices – elles sont une quinzaine – mettent beaucoup d’efforts, lance Vrinda Lutchmaya, à pousser l’enfant à briser la glace, à interagir avec ceux qui l’entourent, à se dépasser, à s’ouvrir au monde tout simplement. «Comme vous le savez, ceux qui sont atteints d’un handicap mental vivent dans leur bulle, dans leur univers. Il est difficile pour eux d’avoir cette interaction avec les autres mais nous travaillons avec eux là-dessus car c’est important pour eux et leur développement personnel.» Un moyen de promouvoir une meilleure inclusion dans la société.

 

Chaque jour, l’équipe d’I CAN guide, encadre et pousse l’élève à se dépasser. «Nous ne faisons pas ici la course aux bons résultats. Par contre, nous faisons de notre mieux pour que l’enfant soit épanoui et puisse dépasser son handicap tout en sachant lire et écrire.» Pour cela, ils mettent en place des petits objectifs selon les capacités de chaque enfant. «Comme lui apprendre à aller aux toilettes seul, par exemple. S’il réussit, ce sera pour lui une petite victoire», dit la directrice. Les enfants sont aussi suivis par une équipe paramédicale composée d’un psychologue, d’un orthophoniste, d’un ergothérapeute, entre autres.

 

À s'épanouir

 

Sur le plan académique, les éducatrices utilisent le curriculum fourni par le ministère de l’Éducation à défaut d’un qui soit taillé sur mesure. «On prend un papier du mainstream et on le donne à un enfant qui vit avec un handicap, ce n’est pas normal. Mais comme nous n’avons pas le choix, nous l’adaptons. Nous allons beaucoup plus lentement tout en étant le plus souple possible», lance Vrinda Lutchmaya. L’important, souligne cette dernière, c’est que, outre les difficultés d’apprentissage, ces enfants puissent en côtoyer d’autres et ne se retrouvent pas entre quatre murs à la maison. Être en contact avec le monde extérieur en venant à l’école tous les jours est, dit-elle, déjà un pas en avant.

 

Adlette Lazarre compte plus de 40 ans de carrière en tant qu’enseignante. À la retraite, elle est venue donner un coup de main et depuis, elle n’est jamais repartie. «Nous les classons par grade. Chaque classe comprend sept élèves pour une éducatrice et une assistante. Nous allons à leur rythme. Nous devons commencer par les alphabets et les sons peu importe leur âge, car beaucoup ne les maîtrisent pas. Le travail de l’assistante est de repasser auprès de chaque élève et de s’assurer qu’il a tout compris.» Pour faciliter la lecture, une classe y est dédiée par jour. Toute l’école y a droit, souligne Vrinda Lutchmaya : «Ils apprennent les sons, à décoder les mots, à les assembler.»

 

Il y a aussi toute une série d’activités extrascolaires qui les aident à s’ouvrir un peu plus et à s’épanouir. Le chant, la danse, le théâtre, le sport, les ateliers de création font partie du quotidien de l’école.  Vanessa Ramloll, prof de danse et de théâtre, est convaincue des bienfaits qu’ont ces activités sur les enfants. «Ça leur permet de dépenser leur énergie, les canaliser et se défouler. Je dis toujours que la danse ne se raconte pas mais se vit. Faire des mouvements avec son corps est très libérateur et ça apporte beaucoup de joie aux enfants.»

 

Mais voilà, avoir une école avec toutes ces activités a un coût et maintenir les activités à flot devient de plus en plus compliqué pour Vrinda Lutchmaya. Comme toutes les autres ONG, trouver du financement est un véritable casse-tête depuis la mise en place des nouvelles conditions du CSR. Heureusement, dit-elle, qu’elle peut compter sur une équipe dévouée qui, malgré les difficultés et les incertitudes, restent. «La situation est compliquée mais on s’accroche. On ne peut pas laisser tomber. Nous avons pris cette mission à bras le corps et nous ne comptons pas abandonner mais nous avons besoin d’aide. Nous avons besoin de sponsors pour pouvoir continuer.» C’est son appel à l’aide.