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Centre Frère René Guillemin : Sur le chemin de la rédemption

L’art-thérapie est considéré comme moyen d’expression et de guérison.

Soigner les addictions à travers l’art-thérapie. C’est la méthode du Centre Frère René Guillemin, une antenne du Centre d’accueil de Terre-Rouge, qui accueille les personnes qui veulent surmonter leur addiction aux drogues.

Une ambiance sereine et silencieuse règne au Centre Frère René Guillemin, à Pamplemousses. En cet après-midi tranquille, l’endroit accueille les résidents du Centre d’accueil de Terre-Rouge qui s’occupe de toxicomanes et alcooliques en quête de guérison. Dans la cour, des tableaux aux couleurs vives attirent le regard. Pour aider les pensionnaires à lutter contre leur addiction, le centre propose plusieurs thérapies, dont l’art-thérapie.

 

Plus qu’un exutoire, la peinture offre l’occasion de faire un périple intérieur lorsqu’on a du mal à mettre des mots sur ce qui nous tourmente. En prenant un pinceau, on entre comme dans une sorte de méditation qui permet d’explorer nos sentiments, nos rêves, nos déceptions, notre inconscient. Avec un éducateur, il est alors question de travailler sur ces éléments pour pouvoir avancer.

 

Ce travail demande évidemment une grande implication personnelle et émotionnelle. Il se fait graduellement. Alors, au Centre Frère René Guillemin, on prend son temps et aucun détail n’est laissé au hasard. Dans une petite pièce, une quinzaine d’hommes, pour la plupart âgés d’une vingtaine d’années, sont assis à même le sol après avoir pris soin d’enlever leurs chaussures. C’est comme une sorte de rituel ici. Assis l’un à côté de l’autre, dans un silence presque religieux, ils sont comme plongés dans une sorte d’introspection, de voyage intérieur.

 

Livio Bien-Aimé, animateur artistique et responsable des ateliers, prend la parole pour les inviter à mettre des mots sur leurs émotions. Ils appellent ça le temps de parole et son objectif est de permettre aux bénéficiaires du centre de débriefer sur les exercices et les sentiments que cela fait naître en eux. D’ailleurs, l’activité de ce matin a pour thème les émotions. Tour à tour, ils se lancent. Des mots comme «bonne humeur», «joie», «patience», «esprit d’équipe», «communication», «entraide» résonnent. Ils parlent souvent aussi de leur météo émotionnelle qui fait référence à leur état d’esprit du moment.

 

Akilesh, 27 ans, est le premier à se lancer. D’une voix émue, il évoque un ciel morose fait de turbulences. «J’attendais une bonne nouvelle aujourd’hui mais ça ne s’est pas fait. Je suis découragé. Je fais des efforts pour m’en sortir mais j’ai l’impression de mener cette lutte seul.» Il a sombré dans l’enfer de la drogue il y a sept ans. Pourtant, sa vie semblait vouée à un avenir prometteur. Sa carrière a débuté dans l’hôtellerie et il a très vite gravi les échelons. «Je travaillais comme Night Manager. Je gagnais bien ma vie. J’avais des responsabilités.»

 

Souvent, confie-t-il, il consommait du cannabis mais c’est après la séparation d’avec sa copine que les choses ont pris une autre tournure. «J’ai commencé à prendre de la drogue dure. Je me droguais tous les jours. Il me fallait en moyenne Rs 5 000 quotidiennement. Je voyais le danger venir mais je n’avais plus aucun contrôle.» Plus il se drogue, plus il a besoin de ses doses. Akilesh se met à voler sur son lieu de travail. «Je débitais les cartes bancaires des clients.» Il finit par perdre son travail et alors qu’il pensait qu’il avait touché le fond, il sombre davantage. «J’ai commencé à voler mes proches et dans les bungalows.»

 

Obscurité vs lumière

 

Il y a deux mois, il a été emmené au Centre de Terre-Rouge par sa famille. Depuis, il essaie, confie-t-il, de se remettre sur les rails. C’est difficile mais il persévère. «J’ai beaucoup appris sur moi-même ici. J’ai retrouvé l’espoir de m’en sortir. J’ai aussi découvert la prière. J’étais dans l’obscurité, aujourd’hui, je cherche la lumière.»

 

Prendre le chemin de la rédemption et chasser ses démons pour donner un nouveau départ à sa vie. Irfaan, 24 ans, vient tout juste, lui aussi, d’entreprendre ce voyage. Il consomme de la drogue depuis qu’il a 14 ans. Il a commencé avec du cannabis, puis a enchaîné avec de l’héroïne et de la drogue synthétique. Il était à la recherche, dit-il, de «cette euphorie». Une descente directe vers le fond qu’il attribue au divorce de ses parents et à l’argent qui coulait à flot. «Je ne savais pas comment le dépenser et comme j’étais souvent seul, je fréquentais des gens qui en voulaient à mon argent et qui n’en avaient rien à faire de moi.» Ça a duré des années et lorsque l’argent a commencé à manquer, puisque le besoin augmentait, Irfaan s’est mis à dealer et à voler. Il se retrouve alors de force dans plusieurs centres de désintoxication, sans succès. Aujourd’hui, il essaie de nouveau. Cette fois, le jeune homme espère tenir bon.

 

La thérapie à laquelle les toxicomanes en quête de guérison se livrent au Centre Frère René Guillemin est une étape importante sur leur chemin. En prenant un pinceau pour faire leur autoportrait, ils sont capables de se regarder en face comme jamais auparavant. Warren, 23 ans et ancien footballeur professionnel, se rend compte aujourd’hui du mal qu’il a fait autour de lui. Les souffrances causées par ses années de «zoli nisa» pour lui et de cauchemar pour sa famille ne pourront jamais être effacées. «Ma maman est venue me voir il y a quelques jours. Ça faisait des semaines qu’elle n’était pas venue. Je sais tout le mal que je lui ai fait. Elle m’a serré dans ses bras. Je dois me battre pour elle, pour ma fiancée qui m’a toujours soutenu, pour moi-même.»

 

Cela fait quatre mois que Warren se démène pour sortir du trou noir dans lequel il a plongé. Comme pour se punir tout en voulant se montrer plus fort que les produits, il refuse les médicaments qui sont donnés au centre. «J’étais au plus bas. Entre mes doses d’héroïne le jour et le chimique le soir, j’étais un zombie. Aujourd’hui, je ne veux plus de ça. Et je sais que la bataille que je livre n’est pas entre les murs du centre mais dehors. Je vais devoir dire non une fois que je serai hors d’ici.» Alors, il se prépare pour cette rude bataille qu’il devra livrer une fois à l’extérieur des murs du centre. Warren est toutefois animé d’une ferme conviction. «Je n’y toucherai plus. Cette drogue a fait trop de mal pour que je m’y perde à nouveau.» C’est la promesse qu’il s’est fait.

 


 

 

Comprendre la cause de l’addiction

 

Lancé en décembre 2018, le centre Frère René Guillemin a officiellement débuté ses activités en février dernier. Deux jours par semaine, les animateurs accueillent les résidents du Centre d’accueil de Terre-Rouge pour des séances de thérapie. «Au cours de ces séances, nous essayons de déterminer la cause de cette addiction, de comprendre le pourquoi. On creuse pour essayer d’apporter des réponses et ensuite proposer un accompagnement holistique de la personne», explique Livio Bien-Aimé.

 

C’est grâce à un partenariat avec l’Ordre hospitalier St Jean de Dieu que le centre propose désormais l’art-thérapie qui, selon Livio Bien-Aimé, a prouvé ses bienfaits dans l’accompagnement des personnes qui souffrent d’addiction. «La thérapie est, elle, basée sur trois axes : le corporel qui est l’expression à travers l’art, le psychique qui permet à ces personnes de stimuler leur conscience et d’entamer une profonde réflexion sur elles-mêmes et, finalement, le social qui les amène à vivre en communauté et à développer une fraternité.»

 

Au cours de ces dernières années, affirme Livio Bien-Aimé, le profil des consommateurs de drogue a drastiquement changé. Aujourd’hui, beaucoup plus de jeunes, notamment des mineurs, sont accros aux drogues synthétiques. «Il y a eu un rajeunissement du profil du consommateur. Nous devons ainsi revoir la méthodologie que nous utilisons afin de mieux nous adapter.» Pour répondre à la demande croissante, le centre compte mettre en place des programmes spécifiques dédiés aux mineurs accros aux drogues de synthèse. En attendant, le Centre d’Accueil de Terre Rouge a besoin de soutien. Sa quête publique aura lieu les 29 et le 30 novembre prochains. Si vous souhaitez l’aider et faire un don, un numéro de compte est disponible : 00 04 46 88 78 11 (MCB).