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Basket-ball en fauteuil : Plus haut, plus fort, plus loin

Jean-François Favory milite pour le respect des droits des handicapés.

La Fraternité mauricienne des Malades et Handicapés a été créée dans les années 70 avec un objectif : rassembler les personnes handicapées. Aujourd’hui, c’est à travers le sport que ces dernières se surpassent. L’équipe de basket-ball en fauteuil se trouve d’ailleurs actuellement à La Réunion dans le cadre d’un tournoi.

Il débarque au volant de sa SUV, ouvre la portière, affiche un air décontracté et un sourire qui met tout de suite à l’aise, balance son fauteuil roulant dehors et saute dedans avec une agilité déconcertante. «Vous voyez, je peux très bien me débrouiller. C’est souvent la situation qui nous handicape et pas le contraire», lance Jean-Favory, 37 ans. Paraplégique depuis l’âge de 9 ans suite à ce qu’il décrit comme une «erreur médicale», il est aujourd’hui un des membres-phares de La Fraternité mauricienne des Malades et Handicapés (FMMH) dont il est le trésorier. L'association a été créée vers la fin des années 70 sur une idée du père Henri Souchon, de Jacques Lim Kee et quelques autres personnes qui voulaient réunir ceux vivant avec un handicap.

 

C'est enfant que Jean-François Favory a découvert la FMMH. Depuis, il se sent comme investi d’une mission, celle de promouvoir les droits des personnes vivant avec un handicap et de montrer au monde entier qu’elles sont, malgré leur différence physique, des êtres à part entière. «Je ne me sens pas handicapé, j’ai appris à me débrouiller et je n’ai besoin de personne pour vivre. Cependant, c’est à travers le regard des autres et dans certaines situations que je le sens. Lorsque les bâtiments, les bus et les parkings ne sont pas accessibles, la situation me handicape. Les choses doivent changer.» Fier militant de la cause, Jean-François Favory a même quitté son job dans une banque pour intégrer l’ONG Dis-Moi et ainsi donner un nouveau sens à sa carrière professionnelle. Mais si Jean-François Favory a bien une passion, c’est le basket-ball en fauteuil.

 

C’est justement sur le terrain qui se trouve juste à l’arrière du centre de Grande-Rivière-Nord-Ouest qu’il retrouve, le temps d’une session d’entraînement, ses amis qui, comme lui, sont en fauteuil. Ensemble, ils forment le FMMH Sports Club. Leur truc à eux, c’est le basket-ball en fauteuil et ils sont des professionnels en la matière. D’ailleurs, ils se trouvent depuis quelques jours à La Réunion où ils participent à la Coupe des Clubs Champions Handisport de l’Océan Indien (CCCHOI). Cela fait des mois qu’ils s’entraînent pour être au niveau et ramener la coupe à la maison, encore une fois. «Je ne crois pas qu’il y ait un autre sport d’équipe à Maurice qui ramène autant de médailles et pourtant, nous sommes les moins bien lotis», lance-t-il.

 

Effectivement, l’équipe a l’habitude des compétitions et connaît plusieurs disciplines comme la natation, l’athlétisme, la boccia, le tennis en fauteuil et le tennis de table. Le handisport, la FMMH, qui se consacre également à l’éducation, l’a découvert peu de temps après sa création. Jacques Lim Kee, l’un des membres fondateurs, s’en souvient encore. «C’était dans les années 80. Nous accueillions un groupe de Réunionnais et c’est avec eux qu’on a eu notre premier match de basket. On a traficoté de vieux fauteuils roulants pour pouvoir faire comme eux. Je me souviens aussi de notre première course en fauteuil qui était à la rue Desforges ou encore à notre initiation au tir à l’arc au centre Marie Reine de la Paix.»

 

Ils l’ont dès lors compris : le sport agit comme une thérapie qui prône le dépassement de soi. Depuis ce jour, Jacques Lim Kee, atteint de la polio depuis qu’il est enfant, n’a jamais abandonné ce sport. Aujourd’hui encore, à 75 ans, il fait partie de l’équipe de basket de l’association. «Le sport en général apporte une certaine mobilité et dextérité à des personnes qui ont des moyens limités. Ça donne des ailes et apporte un sentiment de fierté.»

 

Aujourd’hui, lorsqu’il voit la nouvelle génération évoluer au cœur de cette équipe et gagner en confiance, Jacques Lim Kee est ému. Lucas Brune en fait partie. C’est à travers le basket-ball en fauteuil que le jeune homme de 24 ans a repris goût à la vie. En 2013, il est amputé d’une jambe après un accident de moto. Des moments difficiles pour celui qui croquait la vie à pleines dents et qui adorait le basket-ball. «Je n’arrivais pas à le croire, à l’accepter. Pour moi, j’étais handicapé et quelque part, ma vie était finie mais je me trompais.»

 

Esprit d’équipe

 

Au début, lorsqu’il découvre le basket-ball en fauteuil grâce à un ami, Lucas est sceptique. «Quand je voyais un fauteuil roulant, je me sentais encore plus handicapé. Mais ma vision a changé quand j’ai vu les autres jouer.» En intégrant le FMMH Sports Club, le jeune homme retrouve l’esprit d’équipe, la niaque et l’adrénaline. «Le fauteuil qu’on utilise est spécialement conçu pour ce sport. Il est comme une bicyclette. C’est extraordinaire. J’ai pu développer de nouvelles techniques de jeu. Aujourd’hui, j’ai retrouvé ce feeling d’être sur un terrain.»

 

C’est le même sentiment qui anime Jean-François Favory. Le sport, dit-il, a été un pilier dans sa vie. «Ça m’a non seulement aidé à garder la forme mais ça m’a surtout permis d’être indépendant, de développer une certaine combativité et de rencontrer des gens. On se bat ensemble, on gagne ensemble.» Avec le sport, il a surtout été capable de se dire qu’il peut y arriver malgré son handicap. Il est l’exemple même que le handicap n’empêche rien. Sa passion pour le basket-ball en fauteuil l’a emmené au-delà de nos frontières. «J’ai eu l’occasion de m’entraîner et de jouer avec les Sheffield Steelers en Angleterre, c’est l’équipe nationale. En 2017, j’ai pris part au Mandela Washington Fellowship et j’ai eu la chance de rencontrer les Suns de Phoenix.»

 

C’est fort de ses expériences que Jean-François Favory milite aujourd’hui pour que le basket-ball en fauteuil et le handisport en général soient davantage reconnus et qu’on leur donne plus de moyens pour réussir. «Nous avons besoin de beaucoup plus de soutien. On ramène des médailles chaque année, on bat des équipes et pourtant, il y a comme un manque de reconnaissance. La fédération de handisport mérite plus de valorisation et de moyens.» Il s’indigne d’ailleurs que le basket-ball en fauteuil ne figure pas parmi les disciplines des Jeux des îles 2019. Surtout que cela va bien au-delà de ça et que le handisport est porteur d’espoir, qu’il permet de sensibiliser les autres pour que les mentalités évoluent et que les regards changent sur les personnes handicapées. «Il faut que les gens comprennent que le handicap ne définit pas une personne.» Et que le sport aide à démontrer le plein potentiel et la combativité d’une personne, qu’elle soit handicapée ou pas.