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Alzheimer : Pour un diagnostic précoce et une meilleure prise en charge

Le Dr Dinan et le Dr Eychène mettent l’accent sur la prise en charge du patient.

Une affection silencieuse qui augmentera davantage dans les années à venir. Voilà ce qu’est l’Alzheimer, dont la Journée mondiale a été observée le 21 septembre. Une bonne prise en charge et un diagnostic précoce peuvent toutefois aider la personne souffrant de démence à avoir une meilleure qualité de vie. Le Dr Jean-Marc Eychène, chef de service de médecine polyvalente et gériatrie à la CHU de La Réunion, nous en dit plus.

Perdre peu à peu son identité, sa personnalité, sa vie… L’Alzheimer efface malheureusement, à mesure qu’elle avance, tout ce qu’on a vécu, tous les souvenirs qu’on s’est construits au fil d’une vie. C’est une maladie neurodégénérative qui entraîne des troubles de la mémoire d’abord à court terme, puis s’aggravant progressivement. Mais il y a aussi les troubles du comportement – sautes d’humeur, incohérence, agressivité –, les difficultés à communiquer, à comprendre le langage écrit et parlé, à reconnaître les visages, à se concentrer, entre autres.

 

Cette maladie, qui touche de plus en plus de monde était au centre d’une conférence organisée par l’Alzheimer Association Maurititus, le 28 septembre, à ébène. Elle était animée par le Dr Jean-Marc Eychène, chef de service de médecine polyvalente et gériatrie au Centre hospitalier universitaire (CHU) de La Réunion. Pour lui, une chose est essentielle pour une bonne prise en charge du malade : «Il faut un diagnostic le plus précoce possible, afin de devancer au plus tôt les conséquences de la maladie et d’anticiper l’avenir avant un déclin trop prononcé afin que l’individu ainsi que sa famille puissent envisager sereinement les éventuelles alternatives.»

 

Et comment peut-on faire cela ? Selon le Dr Jean-Marc Eychène, il y a toute une procédure à suivre pour détecter cette maladie liée à la vieillesse : «Celle-ci se base principalement sur la consultation mémoire qui utilise une batterie de tests cognitifs pour orienter le diagnostic. Mais comme il existe différentes maladies neurodégénératives qui n’ont pas la même évolution ni les mêmes traitements, il convient également de faire un prélèvement sanguin. Car d’autres maladies peuvent entraîner des confusions qui peuvent faire dérailler le diagnostic alors qu’elles ont un traitement en propre.»

 

Le gérontologue, explique que l’imagerie de l’encéphale (cerveau), IRM dans l’idéal, aidera à analyser les structures cérébrales atteintes d’une part et aussi à éliminer les doutes sur toute autre pathologie qui se développerait au niveau du cerveau et qui mimerait les signes de l’Alzheimer. «Il est parfois nécessaire d’analyser le taux des marqueurs de la maladie que sont la protéine-Tau (qui participe à l’architecture des neurones et à leur stabilité) et la substance amyloïde dans le liquide céphalo-rachidien (présent dans et autour de l’encéphale et de la moelle épinière) qui se fait par une ponction lombaire. Il est important de faire un diagnostic précis pour apporter le bon traitement au patient», explique le Dr Eychène.

 

Le principe du traitement, ajoute-t-il, est de tout mettre en œuvre pour entretenir tout ce qui fonctionne encore au niveau cognitif mais aussi physique chez le patient. «Les traitements sont donc surtout cognitivo-comportementaux, avec ergothérapeutes, orthophonistes, neuropsychologues, art-thérapeutes, entre autres. Quant aux médicaments, parfois utiles, ils peuvent aider mais ne suffisent pas à guérir la maladie et à empêcher le déclin», fait ressortir le chef de service de médecine polyvalente et gériatrie au CHU de La Réunion.

 

En plus de poser un diagnostic précoce et de mettre en place un traitement et une prise en charge adéquate de la personne touchée, il est important que cette dernière ait un soutien familial et social. «Il est essentiel d’encadrer la personne atteinte de démence, qui reste extrêmement vulnérable. Un soutien adéquat poussera automatiquement à une meilleure acceptation de la maladie que ce soit par le patient ou son entourage, car il y a des risques de souffrance également.»

 

La prise en charge des personnes atteintes de démence requiert différents atouts. «Il faut savoir faire preuve d’empathie, être prévenant, pas accablant mais encourageant. Tout comme garantir une dignité, en n’exposant pas la personne à des situations trop embarrassantes ou à risques d’échec. Surtout ne pas être exigeant, ne pas la contrarier mais plutôt la distraire de la mauvaise idée vers une alternative acceptable», fait ressortir le gérontologue.

 

La prévention est aussi un facteur important à prendre en compte. «Il n’y a pour l’instant pas de traitement curatif pour éviter le développement de la maladie mais on peut la prévenir, notamment par l’entraînement, le plus tôt et plus longtemps possible, du fonctionnement cérébral. Par exemple, en faisant de la lecture, des taches intellectuelles mais également à travers une bonne hygiène de vie et alimentaire, et une activité physique suffisante.»

 

Il faut aussi se protéger des facteurs aggravant les troubles de la cognition, en particulier des facteurs de risque de maladies cardio-vasculaires, nous apprend le Dr Jean-Marc Eychène. Personne n’est à l’abri de cette maladie et moins de 10 % des sujets porteurs de la maladie ont une forme héréditaire. Une vigilance accrue est donc primordiale à tous les niveaux.

 


 

L’Alzheimer à Maurice ?

 

Selon les statistiques disponibles, 6 % des Mauriciens de plus de 60 ans sont affectés par la maladie d’Alzheimer, soit environ 12 000 à 15 000 personnes. Un chiffre qui risque de grimper encore, selon le Dr Ameenah Sorefan, présidente de l’association Alzheimer Maurice. Ces données statistiques, sont suffisamment alarmantes pour faire de la prise en charge des malades et du diagnostic précoce une priorité de santé publique.

 

Le Dr Pascale Dinan, gériatre et vice-présidente de l’association Alzheimer Maurice, explique : «Je pense qu’il est temps pour le gouvernement de venir de l’avant avec un plan national pour l’Alzheimer. Car déjà, le diagnostic précoce lui-même est pluridisciplinaire avec le gériatre et les médecins traitants, le neuropsychologue, les radiologues, entre autres. Il faut aussi assurer la formation adéquate de ceux qui encadrent le malade à différents niveaux et avoir les structures gériatriques adaptées selon le stade d’évolution de la maladie. Tout ceci a un coût et une enveloppe nationale du gouvernement sera plus que bénéfique, surtout pour faire avancer la recherche et fournir l’aide adéquate.»

 

Dans de nombreux pays où l’État a mis sur pied des plans, il y a eu des améliorations et une meilleure prise en charge des malades et du soutien aux familles mais aussi des progrès du côté des chercheurs. Même si les autorités mauriciennes n’ont toujours pas évolué sur ce plan, Le Dr Pascale Dinan jette quand même un regard positif sur le chemin parcouru.  «Les choses ont évolué de manière positive même s’il y a encore du chemin à faire. Il y a plus de campagne de sensibilisation et des formations pour ceux qui encadrent les patients et leur entourage. Car au niveau de l’association, nous savons qu’une bonne compréhension de la maladie s’alliera automatiquement avec une meilleure prise en charge. En tant que professionnel du métier, nous nous assurons aussi de nous ouvrir aux expertises internationales.»