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Violence familiale durant le confinement : des victimes racontent leur calvaire

L'une des victimes dit avoir vécu un calvaire pendant 21 ans.

Plusieurs centaines de personnes ont contacté la hotline du ministère de la Femme et de la protection de l'enfant pour signaler des abus. Certaines d'entre elles n'ont eu d'autre choix que de quitter leur domicile, durant le confinement, pour trouver refuge dans des abris. Témoignages...

Le sujet avait été abordé au Parlement suite à une question de la députée Sandra Mayotte le 30 mars. La ministre de l’Égalité du genre et du bien-être de la famille avait expliqué que son ministère opère 24/7 et que le public peut contacter le 113 pour dénoncer tout cas d’abus à l’encontre des femmes et des enfants. L’application mobile Lespwar, lancée en novembre 2020, est, par ailleurs, également disponible afin de venir en aide aux victimes. Ainsi, depuis le début du confinement, plusieurs centaines de cas de violences ont été répertoriés à travers l’île ; des chiffres démontrant «qu’il s’agit d’un système qui fonctionne. Le fait que les victimes ont compris qu’elles doivent briser le silence et se faire aider est encore plus encourageant», a déclaré la ministre Kalpana Koonjoo-Shah.

 

Nastasia* fait partie de celles qui ont rencontré de sérieux problèmes conjugaux durant le confinement et qui ont choisi de se faire aider. Son calvaire, raconte-t-elle, ne date pas d’hier mais elle s’était murée dans le silence pendant 21 longues années «pour de pas perturber davantage (mes) trois enfants». Cette femme de 42 ans explique que son martyre a commencé après à peine deux semaines de mariage. «Mon époux et moi, nous nous disputions principalement à cause de problèmes financiers. De plus, il n’a jamais toléré que je lui tienne tête et levait la main sur moi lorsqu’il m’arrivait de le faire.» Passée à tabac une fois de trop, en 2019, elle s’était tournée vers la police. Cependant, elle avait choisi de retirer sa plainte lorsqu’elle avait appris que son époux allait être arrêté.

 

«Malgré nos soucis, mes enfants aiment leur père et j’ai voulu leur épargner l’épreuve de voir leur père derrière les barreaux.» Malheureusement, un avertissement des autorités n’a pas convaincu cet homme à changer de comportement. «Pendant le confinement, il s’est interféré dans une dispute entre ma mère et moi. Je lui ai demandé de ne pas s’en mêler et il m’a, une fois de plus, tabassée. Il m’a agressée à coups de poing, tirée par les cheveux, sans compter les injures. Il a fallu que je dise “stop” pour mon bien et celui de mes enfants. D’autant qu’il a failli s’en prendre à mon fils qui était intervenu.» Nastasia a ainsi fini par quitter le toit conjugal pour trouver refuge dans un shelter.

 

Les problèmes qu’a rencontrés Doriana* sont différents mais pas des moindres. Dans son cas, elle a subi les foudres d’un père alcoolique et violent pendant environ un an. Après la séparation de ses parents, elle a vécu un véritable calvaire auprès de celui-ci. «Ma petite soeur est allée vivre avec ma mère mais je ne les ai pas suivies car ma mère me perturbait émotionnellement.» Doriana n’était pas pour autant au bout de ses peines. «Je suis restée avec mon père qui suivait un traitement pour son alcoolisme mais les problèmes ont vite resurgi.» Son père a cessé de subvenir à ses besoins, contraignant la jeune femme à travailler à temps partiel lorsqu’elle n’était pas en cours.

 

«Lorsqu’il a appris que je touchais un salaire, il s’est mis à me réclamer de l’argent. Par moments, par pure méchanceté, il exigeait que je lui cuisine toutes sortes de repas pour ensuite les jeter.» Sans compter que, durant ses crises, son père a même menacé de la violer et lui a déjà uriné dessus. «J’ai tenu bon le plus longtemps possible. Je n’ai jamais reçu l’aide d’autres membres de ma famille, qui étaient pourtant conscients et témoins de ce que je traversais.» À plusieurs reprises, elle a consigné des dépositions mais la police n’aurait donné à son père que des avertissements. Ainsi, après avoir tant de fois sollicité l’aide de psychologues en contactant le 139 – la hotline du ministère de l’Égalité du genre –, elle a fini par être placée dans un shelter.

 

«Dans chaque cas de violence domestique ou de maltraitance d’enfants, mes officiers sont intervenus immédiatement. Nous avons bénéficié du soutien inconditionnel de la police. Il est essentiel de noter que la situation a été beaucoup mieux gérée en comparaison à l’an dernier car nous avons acquis de l’expérience», assure la ministre Kalpana Koonjoo-Shah. Elle précise que son ministère a bénéficié de la collaboration des autorités pour aider les victimes à obtenir leur Interim Protection Order au plus vite, à travers des vidéoconférences ou via WhatsApp et que tout a été mis en place pour le transfert des victimes, lorsque nécessaire, vers des abris.

 

(*Prénoms modifiés)

 


 

Passerelle se réorganise

 

«Nous avons mis sur pied un mécanisme pour accueillir les victimes de violence domestique depuis le premier confinement. Il était très important de ne pas accueillir les nouvelles victimes avec les anciennes pour éviter tout risque de contamination», explique Mégane Valère, travailleuse sociale à Passerelle. Ainsi, l’ONG a transformé deux de ses maisons de transit en maisons d’isolement pour les nouvelles victimes, des femmes et leurs enfants (ces maisons de transit sont utilisées en temps normal par les femmes qui quittent le shelter et qui n’ont pas d’autres alternatives de logement. Elles y habitent comme colocataires). «Toutes les admissions se font dans ces maisons et pas dans le shelter principal. Effectivement, cela représente un coût supplémentaire et plus de ressources et nous sommes reconnaissants envers tous les staffs, volontaires et sponsors, qui nous aident en cette période difficile. Le nombre de victimes varie tous les jours mais je peux vous dire qu’à plusieurs reprises pendant le confinement, toutes les maisons étaient au complet.»