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Pédophilie | Éric : «Ma fille a été abusée par mon père»

La marche organiséé par Pédostop a réuni une bonne foule à Port-Louis.

Il fait partie de ceux qui ont défilé aux côtés des membres de Pédostop à Port-Louis, le mercredi 8 mai, pour dire stop à la pédophilie après la sentence infligée à Michel de Ravel qui a échappé à la prison alors qu’il a été reconnu coupable d’attentat à la pudeur sur huit mineures. Cet homme est révolté car le présumé agresseur de sa fille, qui n’est autre que son propre père, a été déclaré «unfit for trial» suivant le rapport d’un médecin de l’État. Témoignage du père et de la fille qui a maintenant 16 ans.

Il n’aurait jamais pu imaginer une telle horreur. Et quand ça lui est tombé dessus, il a eu mal, très mal. La colère, la révolte, le chagrin. Le regret de ne pas l’avoir su plus tôt, de n’avoir pu empêcher un tel drame. De n’avoir pu protéger sa petite fillette de 5 ans d’un prédateur sexuel dont il n’aurait jamais pensé qu’il pouvait s’agir de son propre père. C’est pour cela qu’Eric, 52 ans, a tenu à marcher aux côtés des membres de Pédostop pour dire stop à la pédophilie, lors d’une manifestation pacifique, à Port-Louis, le mercredi 8 mai. Celle-ci fait suite à la sentence infligée à Michel de Ravel qui a bénéficié des cautions de bonne conduite, échappant ainsi à la prison, alors qu’il a été reconnu coupable d’attentat à la pudeur sur huit mineures.

 

Avec sa pancarte en main, Eric a scandé de toutes ses forces : «Non à la pédophilie», «Pedofil nou pale», «Pedofil dan prizon» ou encore «Pa touss nou zanfan». Le cas de de Ravel lui rappelle le drame de sa propre famille à plus d’un titre. Son père aussi a échappé à la prison récemment pour le mal qu’il a fait. Le 19 février 2019, la cour a déclaré que l’accusé, âgé de 81 ans et poursuivi pour attentat à la pudeur sur sa petite-fille Eliane, était «unfit for trial» suivant le rapport d’un médecin de l’État.

 

Les faits allégués se sont produits en 2008. Mais ce n’est qu’en 2015 qu’Eric a porté plainte suivant les révélations horribles de sa fille qui a aujourd’hui 16 ans. «Ma fille a été abusée par mon père. Qui l’aurait cru ?» lâche-t-il, amer. Eliane, elle, est marquée à vie par l’agression qu’elle a subie entre les mains de son grand-père. Elle a honte, elle se sent coupable, elle a l’impression que sa famille marche à l’envers. Et depuis que son agresseur s’en est sorti, elle est persuadée que la justice mauricienne marche sur la tête. «Je vis tout cela très mal. Je ne me sens pas soutenue. C’est lui qui a finalement eu raison. Il s’est caché derrière son état de santé pour s’en sortir», lâche la jeune fille. Être parent, c’est donner des morceaux de soi pour créer un autre être humain, dit un proverbe africain. Des morceaux qui se transmettent de génération en génération. De grands-parents à petits-enfants. «Mais comment mon père a-t-il pu oser abuser de ma fille ? Il y a une partie de lui en elle !» s’insurge Eric.

 

Il précise qu’il a coupé les ponts avec ses parents en 2015, plus précisément au lendemain de sa plainte. «Ce n’était pas évident de le faire. J’ai dû prendre la décision qui s’imposait. C’est dur. Je n’ai plus de nouvelles de ma mère. Je ne digère toujours pas le fait que mon père est l’agresseur de ma fille. Son avocat a marqué un sacré coup en faisant sa plaidoirie entièrement sur son état de santé avec, à l’appui, le rapport médical d’un médecin de l’État. Il a trouvé une voie facile pour le sortir d’affaire.» Eric fulmine : «Ce genre de cas ne doit plus jamais ce reproduire.»

 

Jean-Patrick Ferrat est du même avis. Le porte-parole de Pédostop avance que 80 % des cas de pédophilie ont lieu au sein de la famille. Pour mieux protéger nos enfants, dit-il, il faut introduire le Children’s Bill : «Cela fait quatre ans que nous insistons pour ce projet de loi.»

 


 

Tous ensemble pour dire «stop»

 

La marche organisée par Pédostop, le mercredi 8 mai, à Port-Louis, a réuni une bonne foule très motivée. «Mille mercis à la foule composée de tous les Mauriciens», dit l’ONG sur sa page Facebook. Elle remercie également les représentants d’ONG qui sont venus crier leur colère après la sentence affligée à Michel de Ravel et face à l’affreuse réalité qu’est la pédophilie.

 

Parmi les têtes connues, il y avait Ally Lazer, président de l’Association des travailleurs sociaux de Maurice, Nicolas Ritter, Executive Director de PILS, Devarajen Kanaksabee du Regrupman Travayer Sosyal, le travailleur social Danny Philippe ou encore Lindsay Morvan. «Il faut que justice soit faite dans des cas de pédophilie avérés», martèle Georgy Surroop, 64 ans, de l’association Planète Enfant qui s’occupe des enfants défavorisés à Albion, Pointe-aux-Sables, Gros Cailloux et Cité Richelieu.