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Antoine Chetty, libéré : Ma vie en prison

L’ex-chauffeur et garde du corps du notaire Vinay Deelchand sort de son mutisme quelques mois après sa libération. Il se confie une fois de plus à 5-Plus dimanche et revient sur son long séjour derrière les barreaux.

Il s’était d’abord renfermé sur lui-même. Il évitait de sortir, de voir du monde. Il avait peur d’affronter la société. Une société qu’il n’a pas côtoyée pendant 14 ans. Car durant tout ce temps, Antoine Chetty était en prison. En 2004, l’ex-chauffeur et garde du corps de Veenay Deelchand, que 5-Plus dimanche avait rencontré à la prison centrale de Beau-Bassin, en octobre de cette année-là, avait été condamné à 12 ans de reclusion derrière les barreaux pour possession d’héroïne. Il devait également s’acquitter d’une amende de Rs 200 000. Mais n’ayant pu fournir cette somme, il a dû purger neuf mois de prison supplémentaires. Auparavant, Antoine Chetty, 61 ans, avait passé une année on remand.

 

Aujourd’hui, il est un homme libre, «clean». Après avoir passé 14 ans en cellule, il est sorti de prison le 29 mars 2018. S’il s’est d’abord volontairement mis à l’écart, l’ancien détenu a décidé, après quatre mois passés chez son frère, de se reprendre en main. Aujourd’hui, Antoine Chetty a déménagé et a pris de l’emploi chez un ressortissant étranger. Et cette semaine, il a accepté de se confier, une fois de plus, à 5-Plus dimanche. D’emblée, il revient sur son long passage en prison.

 

«Ma détention a été la pire expérience de ma vie», lance-t-il. «Mo lavi inn debalans net. Dan prizon, tou posib si twena kas. Gagn ladrog a gogo. Ena dimounn fer fortinn. To bizin enn tenor pou lezot respekte twa. Si to feb, zot fini twa. Mo ti deza ena enn non sa lepok-la. Bann lezot deteni ek administrasion ti evit mwa.»

 

Mais au fil du temps, il vit «un véritable enfer. J’étais toujours seul entre quatre murs, enfermé 24 heures sur 24. J’étais dans une cellule à peine plus haute que ma tête». Antoine Chetty raconte qu’il était, en effet, détenu à l’écart des autres prisonniers, à la Security Purpose Unit, une sorte de prison dans une prison, pendant 10 ans. La raison : on aurait tenté de l’assassiner à trois reprises, par empoisonnement, notamment alimentaire, parce qu’il était le témoin principal dans l’affaire Deelchand. «Ma sécurité a toujours été un gros problème. Je sortais chaque deux semaines pour recevoir des visites.»

 

Ses repas étaient aussi préparés séparément. Sans compter le manque d’hygiène en prison, soutient notre interlocuteur. «Dans certaines cellules, il n’y a pas de toilettes. D’autres sont très sales. Les lits sont infestés de punaises. Il y a des excréments de pigeons, qui sont nuisibles pour la santé.» En raison de ses conditions de détention, Antoine Chetty avait donc le moral «mari down».

 

Ses seules conversations, c’était avec des gardes-chiourme, ceux «ki ti korek.» Passer d’une prison à une autre – de La Bastille à la prison de Petit-Verger (où il a purgé les derniers jours de sa peine), en passant par la New Wing et la prison de Richelieu –, cela n’a pas non plus été de tout repos pour l’ancien détenu. «Me mo ti pe pran kouraz ar mo mem. Mo ti pe lir boukou ek ekrir pou pas letan», confie Antoine Chetty.

 

Ce dernier a obtenu la grâce présidentielle à deux reprises. Ainsi, le 12 mars 2017, il a bénéficié de deux mois de remise et le 12 mars dernier, il a obtenu un mois de remise. Il est donc sorti de prison le 29 mars 2018 au lieu du 1er août dernier. Il a toutefois dû s’acquitter d’une amende de Rs 13 000.

 

Si aujourd’hui, tout cela est derrière lui, notre interlocuteur reste amer : «j’ai dû porter le chapeau dans plusieurs affaires criminelles alors que [ j ]’avais fait plusieurs dénonciations. Je savais que ce que je faisais n’était pas bon mais il m’était très difficile à l’époque de dire non à mon patron. J’ai fait tout ce qu’il m’a toujours dit. Je lui étais très dévoué».

 

L’affaire éclate le 24 mars 2004. Antoine Chetty est arrêté alors qu’il tentait de vendre une certaine quantité d’héroïne à un policier qui lui avait tendu un piège. C’est la première fois qu’il fait l’objet d’une enquête policière. «Mo ti travay boukou plas avan mo koumans travay pou noter. Mo ti deza travay pou enn prins saoudien. Monn touzour fer gard di kor. Kan lapolis ti aret mwa, se premie fwa mo gagn enn case. Monn bien reflesi. Lerla mem monn desid pou koz ek lapolis. Monn prefer fer sa pou aret viv dan lemal. Sa lepok-la, mo ti enn exekiter», avance l’ancien détenu. «Monn tortir boukou dimounn dan mo lavi. Mo regret tousala aster. Monn touse bokou par soufrans bann viktim kan monn zwenn zot kan lapolis ti fer konfrontasion ek zot. Mazorite inn pardonn mwa. Aster mo lib san okenn regre. Monn fini peye pou tou dimal ki monn fer.»

 

Désormais, il tente de prendre sa vie en main…