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Les poètes cycloniques du Prix Edouard Maunick

Des tumultes. À l’extérieur, à l’intérieur. Des destructions aussi. Mais aussi de l’espoir, de la reconstruction, voire même de l’hommage. Rencontre avec des lauréats qui ont écrit sur le thème «Cyclones» pour la deuxième édition de ce prix de poésie.

Le thème a inspiré. Et le mercredi 19 juin, lors d’une cérémonie à la State House de Réduit, on a pu connaître les lauréats de la deuxième édition du Prix Poésie Edouard Maunick, dont le thème était «Cyclone». Et le jury, présidé par l’écrivaine Ananda Devi, et comprenant aussi Shenaz Patel et Kavinien Karupudayyan, s'est régalé avec les envois de 146 Mauriciens d’ici et d’ailleurs – en tout 259 poèmes, 81 en anglais, 115 en français, 62 en kreol morisien et un trilingue. La présidente du jury a déclaré : «Le thème s’est choisi lui-même en ces temps de tumulte (…) La poésie suture les plaies qu’elle a elle-même ouvertes.»

 

La gagnante est Helina Hookoomsing pour son poème Toupi leksi, suivie des trois mentions du jury : Jean Lindsay Dhookit pour Sezon Siklon ine pase, Amit Parmessur pour Our first cigarette et Luckshmee Jeawon pour J’ai dansé sous la pluie. Helina Hookoomsing, enseignante au Mauritius Institute of Education, remporte la somme de Rs 60 000 pour son poème qui parle autant d’un cyclone que d’un père. Une façon pour elle de rendre hommage à ce dernier : «J’ai publié plusieurs short stories – dans plusieurs éditions de la Collection Maurice notamment – mais j’ai toujours eu plus d’affinités avec la poésie. En tout cas, c’est ce médium qui m’a permis de replonger en enfance, de me rappeler des souvenirs avec mon père de qui j’ai toujours été proche. C’est une chance d’être à nouveau récompensée, j’espère que le plus grand nombre pourra apprécier ce que j’écris», nous confie la lauréate qui avait aussi gagné le premier prix du concours de poésie pour le Festival international kreol en 2017. 

 

Jean Lindsay Dhookit a, comme à son habitude, pondu une œuvre empreinte de social, car dans Sezon Siklon ine pase, on parle de précarité et de violence, bref, d’une société cyclonique. Jean Lindsay Dhookit reçoit ainsi une nouvelle récompense après son sacre au Prix Jean Fanchette en 2015 pour sa pièce Une brûlante envie de servir, adaptée par la suite par la troupe Sapsiway.

 

Cigarette et viol

 

Amit Parmessur, c’est une autre histoire. Cet enseignant en est à sa… 160e publications ! Mais attention, ce n’est pas ici qu’il s’est fait un nom mais ailleurs, avec notamment de nombreuses publications sur le Web. À Maurice, il a sorti, en 2007, The Words I love, recueil de plusieurs de ses poèmes. Avec Our first cigarette, il parle du cyclone dans le cœur et le corps des jeunes. «La publication ailleurs est très compétitive mais avec le temps, avec l’évolution de la société, j’ai vu qu’il y a un vrai public grandissant friand de littérature et de poésie. C’est très encourageant.» Pourquoi pas un prochain livre chez nous, cher monsieur ?

 

La plus jeune de la soirée est aussi encouragée. Luckshmee Jeawon, 26 ans et rédactrice Web, aborde le sujet brûlant de l’abus sexuel dans son écrit, comme une sorte de cyclone sur le point d’exploser à l’intérieur d’un être déchiré. «J’ai été inspirée un peu inconsciemment parce que malheureusement, de nos jours, on entend trop d’histoires de viol et d’abus sexuels. Il faut en parler», nous dit cette grande fan d’Ananda Devi, qui semble s’être d’ailleurs inspirée du style de l’écrivaine pour nous pondre son poème. Se disant de nature timide, elle avoue que cette mention du jury l’encouragera à écrire d’autres poèmes.

 

Rendez-vous donc à la prochaine édition, avec aussi la publication, fin août, d’un livre intitulé Manière de dire non à la mort, 50 ans de poésie d’Edouard Maunick. La poésie locale a encore de beaux moments devant elle.