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«Vilazwaz» 2020 : une élection, des visages…

Aux quatre coins de l’île, ces candidats/es vont à la conquête de leur électorat. Porte-à-porte, réunions, discussions… Certains/es vivent une campagne pour la première fois en attendant le voting day du 22 novembre. Un groupe du Nord affirme que ses représentants/es n’accepteront pas de salaire s’ils/si elles sont élus/es. Une habitante de Chamouny relève le défi de se présenter toute seule. Une autre candidate, épouse d’un artiste connu, veut se faire élire à Tamarin. C’est à Écroignard que vous trouverez le sosie de Vidya Balan qui brigue les suffrages. Mais ce n’est pas tout ce qu’il y a à retenir d’elle, bien sûr ! Découvrez ici, ces quelques visages qui sortent du lot…

Mireilla Arjoon : «À l’écoute des gens»

 

À Tamarin, avec le Mouvement Social, elle vit sa première élection en tant que candidate. La maman de deux garçons, épouse de Zanzak Arjoon, parle de proximité et de son désir de faire revivre le sport. Qui je suis ? «Je suis une habitante de Tamarin, je suis née ici. J’y ai grandi. J’ai toujours vécu là. Alors, je connais très bien le village. J’ai travaillé dans le tourisme pendant 20 ans. Mais, Covid oblige, je suis à la maison maintenant. C’est ce qui m’a sûrement permis de réfléchir et de me lancer. Je suis l’épouse de l’artiste Zanzak Arjoon qui est, tout comme moi, impliqué dans le social. Je suis maman de deux garçons de 17 et 20 ans. Pour le Nomination Day, j’ai été agréablement surprise de voir autant de femmes candidates. Traditionnellement, ce sont les hommes qui se présentent.»

 

Pourquoi les villageoises ? «Le groupe s’est formé, il m’a approchée. J’avais eu le temps de réfléchir, de voir qu’il y avait de nombreux problèmes en suspens dans le village. Pas de bâtiment officiel pour une maternelle. Un manque de loisirs. Le problème de la drogue qui provoque l’insécurité et l’angoisse au sein des familles. Et puis, il y a cette question écologique qui me touche : nous habitons près de la mer, nous vivons de la mer. Il y a des pêcheurs, des plaisanciers. Comment la protéger ?»

 

Si je suis élue ? «Nous avons pensé, au sein du mouvement, à rencontrer chaque mois les habitants pour voir où ils en sont avec leurs doléances, pour faire le suivi. On entend souvent qu’on ne voit plus les élus après les élections, nous voulons changer ça. Nous voulons être à l’écoute des gens. Moi, j’ai une mesure qui me tient à cœur, en tant que maman de deux garçons, j’aurais souhaité qu’il y ait plus d’activités et de loisirs. Même si nous avons un super centre de jeunesse, des terrains de foot et de basket, il n’y en a pas vraiment. Faire revivre le sport, ce serait quelque chose de bien pour les jeunes et pour la santé de tous.»

 

Yashmeeta Jugoo Rughoobur : «Je serai la voix des femmes»

 

Avec le Muvman Citoyen Ecroignard, elle souhaite apporter de la modernité à son village de l’est de l’île. Un premier pas dans la politique pour celle que certains de ses amis appellent «la presque sosie de l’actrice Vidya Balan».

 

Qui je suis ? «Je me suis mariée à Ecroignard mais je viens de New-Grove. À 21 ans, alors que je faisais mon BA Journalism and Communication, j’ai fait le grand saut. Je vis avec mon beau-père et ma belle-mère. Cette dernière est un vrai pilier dans ma vie, elle est d’un grand soutien, s’occupe de mon fils de 2 ans et demi, et me permet ainsi de poursuivre mon Master et mes activités sociales et professionnelles. Je suis journaliste et, depuis peu, je suis l’attachée de presse de Jean-Michel Lee Shim.»

 

Pourquoi les villageoises ? «C’est un premier pas pour ma carrière politique. Depuis que j’ai 13 ans, je fais du social. J’ai continué en changeant de village : leçons gratuites, accompagnement des personnes âgées… J’ai envie de fusionner la politique et le social. D’ailleurs, la politique n’est pas synonyme de pouvoir pour moi, il s’agit de se donner les moyens de pouvoir toucher le maximum de personnes, de pouvoir leur venir en aide.»

 

Si je suis élue. «Je serai la voix des femmes du village, celles qui sont vulnérables, celles qui ont besoin d’aide, celles qui veulent lancer une petite entreprise. J’aimerais aussi pouvoir aider tous ceux et celles qui veulent poursuivre leur scolarité et qui n’ont pas eu cette chance. Permettre aux personnes âgées, par exemple, de se former à l’informatique. Dans notre groupe, nous avons la même vision : celle de moderniser Ecroignard. Dans notre équipe de neuf personnes, six personnes sont diplômées, c’est une première ! Alors, nous voulons mettre nos compétences au service des habitants de la localité.»

 

Jessica Vurdapa Naicken : «Je serai aux côtés des villageois»

 

Candidate indépendante à Chamouny, elle brave ces élections sans un groupe politique et décide de faire entendre sa voix ; une suite logique de son combat pour ceux qui sont dans le besoin depuis la naissance de son fils autiste.

 

Qui je suis ? «Je suis Jessica, je ne suis pas un personnage très connu, du moins pas encore. Ma profession ? Je suis comptable. Je suis mariée, maman de deux garçons. Le dernier est autiste. C’est son arrivée dans ma vie qui m’a poussée à aider les gens à ma façon, je me suis engagée pour défendre les personnes qui en ont besoin. Avec un petit groupe, je fais du social.»

 

Pourquoi les villageoises ? «Je trouve que nous avons beaucoup de difficultés à avoir accès à des facilités qui sont là pour les villageois et les villageoises. Un exemple : j’organisais avec d’autres personnes une levée de fonds pour un petit garçon malade et malgré le fait que nous ayons rempli toute la paperasserie, on nous a refusé l’accès au terrain de foot pour des raisons banales. Alors, je me suis dit qu’il fallait que je sois dans le système pour savoir comment ça se passe. Pour être un porte-parole pour les habitants. Je veux qu’il y ait plus de transparence…»

 

Si je suis élue. «Je ne vais pas promettre ceci ou cela ; je ne connais pas les procédures, je ne suis pas encore dans le système. Mais je sais qu’il y a des choses que je pourrais faire. Je serai là pour orienter les citoyens et citoyennes. Je mènerai un combat au quotidien pour eux, je serai à leurs côtés dans leurs démarches, dans leurs interrogations. Je veux continuer à aider les seniors : leur rendre visite, comprendre ce qu’ils attendent. Côté infrastructure, nous n’avons pas à nous plaindre. Mais il manque des Abribus. Ou encore – et surtout ! – des activités pour les jeunes. Alors, je souhaite travailler avec les ONG pour tenter d’éradiquer ce fléau qu’est la drogue. Plus on donnera de quoi faire à nos jeunes, moins ils auront du temps et l’opportunité de se diriger vers ce qui n’est pas bien.»

 


 

Ils refuseront leur rémunération si jamais ils sont élus

 

 

«Nous, les candidats du Mouvement Civique Citoyen Mauricien, confirmons à notre électorat que nous verserons notre rémunération en tant que conseillers de village et/ou président de notre village et/ou représentant de notre village au district de Rivière-du-Rempart dans les fonds communautaires pour être utilisée au profit des régions suivantes : Calodyne, St-François, Cap-Malheureux, Pavillon, Pavé et Bain-Boeuf.»

 

C’est dans un document signé de leurs noms que les membres du Mouvement Civique Citoyen Mauricien (MCCM) et candidats aux prochaines villageoises font savoir à leur électorat qu’ils n’accepteront pas leur rémunération si jamais ils sont élus lors des élections du 22 novembre. Leur objectif : «Faire autrement et avec le cœur.» C’est ce qui guide chacun des pas qu’ils font durant cette campagne dans laquelle ils se sont jetés avec motivation, portés par l’amour qu’ils ont pour leurs régions, soulignent-ils.

 

Si cette démarche est considérée par certains comme une arme de persuasion pour rallier le maximum de personnes, eux, défendent leurs convictions en mettant en avant la fibre sociale qui les habite et les guide depuis de nombreuses années. Et en attendant le jour J, c’est sur le terrain, à la rencontre des villageois pour les écouter et surtout, précisent-ils, pour connaître leurs doléances, que ces candidats qui en sont pour la plupart à leur baptême du feu dans l’arène politique passent en ce moment la majeure partie de leurs soirées. Et en ce mercredi 11 novembre, à presque 21 heures, c’est à des exercices de porte-à-porte que s’adonnent les membres du MCCM. Entre deux arrêts chez des familles, c’est avec le sourire et la motivation chevillée au corps, malgré l’heure tardive, que les adhérents de ce parti acceptent de partager leurs expériences quelques minutes avant la réunion quasi quotidienne entre tous les membres du mouvement.

 

«La campagne se passe très bien. L’accueil des habitants est chaleureux. Ils sont réceptifs et attentifs à nos messages», nous confie Nadess Samoo qui, fort de ses longues années dans le social, a décidé de briguer les suffrages pour la première fois : «Nous organisons plusieurs activités avec la contribution de nos membres au sein de notre plateforme sociale. Nous avons toujours fonctionné avec nos propres moyens. Voilà de longues années que nous organisons des initiatives diverses et variées pour les habitants de la région. En entrant au Conseil du village, nous voulons donner une autre dimension au travail que nous faisons déjà.»

 

Parmi ce que ses amis et lui mettent en avant dans leur programme, c’est surtout ce désir, dit-il, de montrer aux habitants que tous les membres du parti sont surtout habités par l’envie de se mettre au service de l’électorat. «Nous ne sommes absolument pas motivés par l’argent. À travers notre “pledge”, que nous avons tous signés, nous voulons surtout faire savoir que notre seul but est d’œuvrer pour l’avancement de tous ceux qui habitent dans les localités avoisinantes», poursuit Nadess Samoo. Il explique aussi que le MCCM se veut un parti différent qui ne fonctionne pas comme les autres : «Nous ne voulons pas d’une structure figée. Nous ne sommes pas pour que le président du village reste en poste pendant six ans, par exemple. Tout le monde aura sa chance.»

 

Alors qu’elle aurait pu être chez elle avec ses enfants, Marie Thérèse Duval, elle aussi candidate, est présente ce soir-là. Le terrain, c’est ce qu’elle aime le plus : «Être en contact avec les gens...» Elle aussi a la fibre sociale : «Je suis souvent à des réunions pour des causes humanitaires et en me lançant dans l’aventure des villageoises, j’ai l’impression de faire la même chose. La raison principale de mon engagement, c’est d’apporter ma contribution pour essayer d’améliorer les conditions de vie dans la région. C’est ma passion.»

 

À ses côtés, son amie Reedhima Nugessur ne cache pas son enthousiasme de faire partie de cette équipe. «Nous partageons tous la même vision et c’est cela notre force», dit-elle, avant de retourner à ses occupations qui rythment ces derniers temps sa vie de candidate aux prochaines villageoises.

 

Textes : Yvonne Stephen et Christophe Karghoo