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Vassen Kauppaymuthoo : «La situation va se dégrader dans les jours à venir»

Face à cette crise écologique, l’océanographe et ingénieur en environnement Vassen Kauppaymuthoo nous donne son analyse de la situation actuelle. Pour lui, les autorités ont failli en plusieurs occasions. 

En tant qu’expert, quelle est votre analyse de la situation ?

 

La situation est celle d’une catastrophe écologique qui a dégénéré et qui continuera à avoir des impacts dans les jours à venir. C’est très triste, surtout pour le parc marin de Blue-Bay, l’Île-aux-Aigrettes et la zone humide de Pointe-d’Esny, ainsi que les kilomètres de plage de sable fin qui seront souillés. Le milieu marin sera fortement touché et, dans certains cas, de façon irréversible.

 

Selon vous, cette catastrophe aurait-elle pu être évitée ?

 

Les autorités ont gravement failli à leur devoir de protéger nos océans et cet oasis de vie dans la région du sud-ouest. Comment expliquer qu’un bateau de cette taille puisse entrer dans nos eaux territoriales sans être inquiété et se poser sur les récifs avec les moyens que nous avons installés : radars et système AIS ? Pourquoi les autorités ont-elles pris la situation à la légère malgré les avertissements lancés ? Il a fallu 13 jours pour que les choses puissent commencer à s’activer. Avons-nous si peu de moyens pour un pays qui a mis en place un National Oil Spill Contingency Plan ? Où sont passés les flotteurs et le matériel ?

 

Le gouvernement aurait-il pu, selon vous, mieux gérer la situation ?

 

Nous parlons de séquences d’événements aussi dramatiques les uns que les autres. Nous avons failli en quatre occasions.

 

1) Le bateau sort de sa route maritime. Il n’est pas intercepté par les autorités mauriciennes qui auraient pu le saborder ou forcer le capitaine à jeter l’ancre au large s’il représentait une menace pour le pays, avec l’aide de nos commandos de marine. Cela pose aussi un problème de sécurité nationale car le bateau aurait pu être utilisé pour une attaque terroriste sur le territoire mauricien comme ce fut le cas à Mumbai.

 

2) Le bateau reste 13 jours au gré du vent et des houles, affaiblissant sa structure et menaçant de plus en plus l’environnement. Il semble alors que les autorités attendent que le temps s’améliore pour agir. Ce temps aurait pu être utilisé pour pomper le carburant, beaucoup plus facile à récupérer des cuves que dans la mer.

 

3) Quand des flaques d’hydrocarbure commencent à être détectées, les informations officielles «rassurent» alors que la situation devient critique et que des dispositions auraient pu être prises pour faire évacuer la zone, et enclencher les procédures de remorquage et de pompage du carburant avant que la salle des machines ne soit inondée.

 

4) Le déchargement de carburant dans la mer devient évident et l’équipage doit être évacué en urgence car le château du bateau (partie arrière habitée) menace de se casser. Les quelques mètres d’oil booms dont nous disposons sont clairement insuffisants pour limiter les dégâts.

 

Chacun des points ci-dessus aurait pu être évité si les gardes-côtes avaient arraisonné le navire, si le fioul avait été pompé immédiatement quand le bateau a échoué sur les récifs, si le public et les utilisateurs avaient été avisés du risque réel et, finalement, si le gouvernement s’était assuré que nous avions une quantité suffisante d’oil booms pour contenir le déversement.

 

Face à cette crise écologique, quels sont les risques environnementaux pour Maurice ?

 

Ils sont majeurs dans une zone environnementalement sensible, avec un parc marin qui contient 38 espèces de coraux, 72 espèces de poissons, des oiseaux migrateurs, des mangliers, des herbiers. Tout cela est aujourd’hui menacé de disparition, ce qui va entraîner une augmentation des risques par rapport au changement climatique, à l’érosion, aux inondations côtières, car ces écosystèmes ne pourront plus jouer leur rôle. De plus, les impacts sociaux et économiques seront majeurs. La nappe de pétrole va poursuivre sa route vers le Sud et le Nord, vers Trou-d’Eau-Douce et l’Ile-aux-Cerfs avec les courants, et la situation va se dégrader dans les jours à venir.

 

Quels sont, à votre avis, les moyens pour limiter les dégâts ?

 

Il est trop tard pour cela. La catastrophe est là. Par contre, nous devons mettre la main à la pâte pour nettoyer ce désastre, panser les plaies de notre mer, démontrer un peu de compassion envers notre océan qui n’aura plus jamais la même couleur. Nous avons perdu notre joyau bleu et nous en sommes responsables.