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Urvashi, 21 ans, poignardée en pleine rue par son ex-petit ami : les témoignages bouleversants des proches de la victime et du présumé meurtrier

Les parents d'Urvashi et sa soeur Pragati sont effondrés.

Sa jalousie maladive et son mauvais caractère, elle les avait supportés pendant deux longues années. Mais il y a trois semaines, Urvashi, 21 ans, a pris son courage à deux mains et a décidé de mettre un terme à cette relation qui ne faisait que la rendre malheureuse. N’ayant pas supporté de la perdre, Sanjeev Nurkoo, 28 ans, son ex-petit ami, l’a poignardée en plein centre-ville le dimanche 31 janvier. Partagés entre choc, douleur et tristesse, leurs proches respectifs témoignent.

Cela faisait environ trois semaines qu’elle avait décidé de mettre un terme à leur relation. Depuis, son ex-petit ami ne cessait de la harceler pour qu’elle le reprenne. Mais Shrutee Awotar, plus connue comme Urvashi, 21 ans, était bel et bien décidée à aller de l’avant après avoir, à maintes reprises, essayé de faire fonctionner les choses avec Sanjeev Nurkoo, 28 ans. Pour expliquer cette rupture, certains de ses proches avancent que c’était «parce qu’il était jaloux et avait mauvais caractère», alors que d’autres affirment que c’était «parce qu’il n’était pas quelqu’un de sérieux. Il n’avait aucune ambition, aucun projet d’avenir. Il ne pensait qu’à faire la fête avec ses amis. Et lorsqu’elle le lui reprochait, il se fâchait». Urvashi avait donc fini par trouver le courage de passer à autre chose après deux années tumultueuses avec ce jeune homme. Et puis, est arrivé ce 31 janvier tragique.

 

Ce dimanche-là, il est environ 12h45 lorsque Sailesh Nurkoo reçoit un appel de son petit frère Sanjeev. Ce dernier a l’air tourmenté. «Je savais que ça n’allait pas très fort pour lui ces derniers temps. Il m’a demandé s’il pouvait passer me voir à la maison. Je m’étais dit qu’il voulait sûrement parler de ses problèmes avec Urvashi et je l’ai attendu.» Des minutes, puis des heures ont passé sans que Sanjeev n’arrive. Finalement, bien plus tard, Sailesh Nurkoo apprendra d’un ami que son frère avait été appréhendé pas longtemps après leur coup de fil pour le meurtre de celle qu’il voulait à tout prix reconquérir. «Mo pa ti atann sa nouvel-la. Mo pa ti kone li ti ena sa lespri-la. Mo pa kone kinn kapav pas par so latet», lâche-t-il, terriblement confus. Car selon lui, «Sanjeev ti extra kontan sa tifi-la».

 

Le drame s’est joué en pleine rue, à Curepipe, aux alentours de 14 heures. Alertée par des membres du public, la police de la localité s’est rendue à la rue René Maigrot où elle a trouvé Urvashi, une habitante de Résidence Malherbes, gisant inerte sur l’asphalte. Elle avait déjà rendu l’âme. Son ex-petit ami, passé à tabac par des badauds, a été remis aux forces de l’ordre et conduit au poste de police, où il a avoué avoir tué la jeune femme. L’arme tranchante a été récupérée. Sanjeev a expliqué aux enquêteurs qu’Urvashi, chez qui il vivait, l’avait chassé de sa maison quelques semaines plus tôt parce qu’elle ne voulait plus de lui. «Linn dir mwa ale, ki li nepli kontan mwa. Monn aprann ki linn gagn enn lot. Monn al get li pou dir li pardonn mwa me li pann reponn. Monn ankoler, lerla monn pran enn kouto ki mo ti ena ar mwa monn pik li.» Il soutient que son intention était uniquement de blesser Urvashi et qu’il regrette son geste. Une accusation provisoire de meurtre a été logée contre lui. D’après l’autopsie pratiquée par le médecin légiste de la police, le Dr Shaila Prasad-Jankee, la jeune femme a succombé à un stab wound to the chest.

 

Pour la famille Awotar, cette terrible nouvelle est douloureuse à encaisser. Elle l’est davantage car ce jour-là, Sunita, la mère d’Urvashi, célébrait son anniversaire et avait prévu de passer un bon moment entourée des siens. Mais cette journée qui s’annonçait joyeuse a viré au cauchemar et laissé place aux larmes amères. Lorsqu’on lui a appris que son aînée avait été tuée, Sunita n’a pas voulu y croire. Pour cause, cette journée avait démarré comme toutes les autres. «Le dimanche, comme d’habitude, ma fille s’est levée un peu tard. Elle n’avait jamais à se presser car à son réveil, ses vêtements pour le travail étaient toujours déjà repassés et son thé était prêt.» Elle travaillait comme caissière dans la boutique de la station-service Shell, à Curepipe. Durant la journée, Urvashi a contacté ses proches à plusieurs reprises. «Elle voulait savoir ce qu’on prévoyait pour l’anniversaire de maman. Elle avait appelé pour nous demander s’il lui fallait acheter quelque chose», se souvient Pragati, sa jeune soeur de 20 ans.

Descente aux enfers

 

Après son service, aux alentours de 13h30, Urvashi avait prévu d’aller effectuer un retrait à la banque pour ensuite faire des achats dans le cadre du dîner prévu pour sa mère mais elle est malheureusement tombée sur Sanjeev à quelques mètres de son lieu de travail. Une heure plus tard, n’ayant toujours pas eu de nouvelles de sa soeur, Pragati a commencé à s’inquiéter : «J’ai essayé de la joindre sur son cellulaire parce qu’elle est habituellement déjà rentrée à cette heure mais elle n’a pas répondu. J’ai pensé que c’était parce qu’elle avait laissé son téléphone au fond de son sac à main et qu’elle n’avait pas entendu mon appel.» Mais peu après, des habitants de la localité ayant eu vent du drame sont venus annoncer la mauvaise nouvelle aux proches d’Urvashi et les ont conduits sur les lieux.

 

Durant leurs deux années de relation, raconte l’entourage de la jeune femme, celle-ci a beaucoup encaissé. «Ils venaient à peine de se mettre ensemble lorsqu’elle a été témoin, pour la première fois, de sa jalousie excessive. Il refusait qu’elle ait des amis du sexe opposé. Au cas contraire, il l’accusait de lui être infidèle.» Après avoir obtenu un emploi à Curepipe, Sanjeev avait emménagé chez la famille Awotar pour ne pas avoir à faire de longs trajets. Cela avait été le début de la descente aux enfers. «Ena fwa, li ti pe al bwar avek so bann kamarad. Kan li vini, li koz enn ta. Li ti pe kriy ar li, zour li.» Certains proches d’Urvashi avancent même qu’il consommait, par moments, de la drogue.

 

Après avoir pris son courage à deux mains pour mettre un terme à cette relation toxique, Urvashi avait dû prétendre, selon ses proches, qu’elle avait quelqu’un d’autre dans sa vie. «Sanjeev ti dir mo ser ki si linn gagn enn lot dimoun, li pou ale trankil, li pou les li», confie Pragati. Mais elle était loin de se douter que cela attiserait davantage sa jalousie. D’ailleurs, le mercredi précédant le drame, son ex-petit ami s’était rendu sur son lieu de travail pour y faire un scandale. En arrivant sur place, il avait vu Urvashi au téléphone mais ne savait pas qu’elle parlait à sa petite soeur. Il lui avait arraché le téléphone des mains et pris la fuite.

 

Bien que Sanjeev ait un caractère explosif, les proches de Urvashi ne s’étaient pas imaginés qu’il ferait une chose pareille. «Nous avions même célébré le Nouvel An ensemble. Devant les autres membres de notre entourage, il avait toujours projeté l’image d’un garçon sympathique qui ne lui voulait que du bien.» Son frère Sailesh abonde dans le même sens : «Tou dimounn ti kontan Sanjeev. À chaque fois que nous avions besoin de lui, il répondait présent. Il était parfois un peu colérique mais je n’aurais jamais imaginé qu’il puisse commettre un tel acte. Il se confiait pourtant à moi et à ses amis lorsque cela n’allait pas.»

 

Victime de menaces à plusieurs reprises depuis sa rupture, Urvashi n’avait, toutefois, jamais porté plainte. «Sanjeev ti deza dir li pou pik li. Mon père lui avait demandé de consigner une déposition au poste de police mais elle refusait à chaque fois. Elle ne voulait pas qu’il ait des ennuis. Li ti pe sagrin li, li ti pe dir sa pou vinn lor so moralite ek ki li pa pou gagn travay, me Sanjeev de so kote pann sagrin li. Pou pran so lavi li pa finn ena okenn pitie», regrette amèrement sa famille.

 

La mort d’Urvashi laisse un grand vide dans son entourage. Ses proches la décrivent comme une jeune femme forte, amicale, souriante et appréciée de tous. «À chaque fois qu’elle n’était pas présente à nos célébrations familiales, nous l’appelions pour savoir où elle était. Lorsqu’elle devait travailler et que nous faisions la fête sans elle, elle nous appelait sans cesse pour nous reprocher de nous y être rendus sans elle. Sa famille était toute sa vie.» C’est avec les siens qu’elle passait le plus clair de son temps libre. Particulièrement proche de ses soeurs, elle partageait tout avec elles. «Tou nou zafer nou ti fer ansam. Nou ti bien konplis. Kan li ti pe fer swar, nou ti pe atann li sorti travay pou nou dinn ansam. Dan la zourne, kan li al travay, mo al ansam ek li Curepipe. Lorsqu’elle terminait tôt, j’allais la rejoindre sur son lieu de travail pour que nous puissions aller faire les magasins ensemble», confie Pragati, le coeur lourd. Elle regrette que les autorités ne soient pas plus dures avec les criminels : «La lwa pa ase sever. Se pou sa ki dimounn pa per pou fer krim.»

 

Ce vendredi 12 février, Urvashi aurait célébré son 22e anniversaire. Mais elle ne dînera pas avec sa famille et ne sortira pas avec ses soeurs, comme elle l’avait initialement prévu. Elle ne concrétisera pas non plus son rêve de voyager pour aller rendre visite à ses anciens camarades du collège Mauritius. Avec son départ soudain et tragique, c’est une lumière qui s’est éteinte dans le coeur de tous les membres de la famille Awotar.