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Ukraine : au rythme de la guerre

«Je n'ai jamais ressenti plus de peur que maintenant. C'est l'enfer sur Terre. C'est un génocide», nous confie l'Ukrainien Anton Morozov, en parlant de la situation dans son pays.

Il est question d'une forte amitié entre Maurice et l'Ukraine. C'est en travaillant sur un bateau de croisières que la Mauricienne Rachel Jacob a côtoyé l'Ukrainien Anton Morozov. «Je suis en contact avec des gens qui sont actuellement dans des bomb shelters en Ukraine. Ils souhaitent s'ouvrir au monde et surtout que le monde sache ce qui se passe actuellement. Comment vivent ces personnes, comment se passe leur quotidien...» nous déclare notre compatriote en nous présentant à Anton qui souhaite raconter ce qui se passe dans son pays au monde entier. Il tenait plus que tout à nous ouvrir son coeur pour nous parler de ce que tout un peuple vit depuis plus d'un mois au moment où la guerre là-bas continue. Confidences...

Le début du cauchemar : «Le 24 février, je dormais dans mon appartement quand ma copine m'a réveillé en me lançant : “Ça a commencé.... Ta maman appelle, réponds à l'appel.” Alors, j'ai répondu et j'ai entendu : “Réveille-toi Anton, la guerre a commencé.” Bien sûr, j'ai d'abord pensé que ce n'était pas aussi grave et que ma mère avait juste très peur parce que quelque chose s'était passé. J'ai lu les nouvelles et j'ai vu qu'il y avait des tirs de roquettes partout dans le pays, même à Dnipro, où je vis maintenant. Le père de ma copine est un militaire de la réserve. En 2015, il s’était porté volontaire pour protéger le pays à l'Est, Donetsk et Luhansk, et les districts où la guerre se déroulait. Je lui ai dit : “Appelle ton père, prends un taxi et rentre chez toi.” J'ai préparé un “alarm bag” avec des choses nécessaires comme des documents, des médicaments, des vêtements chauds, de la nourriture et de l'argent. Après cela, j'ai décidé d'aller à la Philharmonie pour récupérer ma trompette, l'une des choses les plus importantes de ma vie. Je l'ai ramassée avec le saxophone de mon ami – je lui avais proposé de le faire. Puis, j'ai vu la panique dans les rues : les files d'attente autour des guichets automatiques, des pharmacies, des magasins, des voitures qui partaient. Idem à la gare. Je vérifiais les nouvelles chaque minute...»

 

Au coeur de la guerre : «J'ai décidé d'aller dans ma ville natale et de m'entraîner. Mon train a été suspendu cinq fois. Une fille m'a demandé de l'aide. Elle avait entendu dire que je parlais à mes parents et avait pensé que je rentrais à la maison en voiture. Je lui ai dit que mes parents l’aideraient, même sans leur demander. Nous sommes arrivés et mes parents ont effectivement aidé la fille à aller chez son amie. Elle était de Kharkiv. J'ai commencé à penser à rejoindre l'armée. En fait, j'y pense encore, c'est une décision difficile. Pas par manque de courage. Il faut être prêt à changer totalement son mode de vie en une seconde. Alors, je me suis imposé une limite psychologique : si ma ville est attaquée, j'y vais.»

 

Une nouvelle réalité : «Par la suite, j'ai rencontré des amis. Nous avons commencé à faire du bénévolat. Premièrement, nous avons aidé l'escouade partisane secrète. Nous avons fabriqué environ 500 cocktails Molotov. Ils fabriquaient également des fusils antichars. Durant les jours qui ont suivi, Kharkiv et Kiev étaient bombardées par les Russes, surtout Kharkiv. Toutes mes amies ont déménagé de là après quelques jours dans les refuges. Je n'ai jamais ressenti plus de peur que maintenant. C'est l'enfer sur Terre. C'est un génocide. Nous avons aussi réalisé, ces derniers temps, que l'armée ukrainienne est plus forte que ce que le monde entier pensait. Nous leur avons botté le cul !»

 

Au fil des jours : «Pendant les deux premières semaines, nous avons, avec des amis, conduit tout le long des positions ukrainiennes les plus proches de Zaporizhya – aidant à creuser des tranchées et à fabriquer des sacs de protection avec du sable. On apportait aussi aux soldats des vêtements chauds, de la nourriture et des cigarettes. Nous savions que les Russes bombardaient même les hôpitaux et avons commencé à faire des murets de protection autour des hôpitaux. Ensuite, j'ai commencé à être traducteur pour Eleonora et Patrick, des journalistes italiens. Ils sont indépendants et ont travaillé pour Der Spiegel et Stern. Eleonora écrivait également pour un journal religieux en Italie. Son histoire sur la religion raconte comment différentes organisations religieuses en Ukraine sont impliquées dans l'aide aux soldats et aux réfugiés ukrainiens. Nous avons pris quelques interviews de soldats avec leurs histoires incroyables. On a aussi été dans le camp de réfugiés organisé par Caritas.»

 

La désolation : «Sur la ligne de front, dans le district de Zaporizhya, j'ai vu de mes propres yeux des maisons ainsi qu’une boutique et une école en ruine dans le village, le tout détruit par les missiles des occupants russes. À Zaporizhya et Dnipro, il y a des missiles stratégiques qui frappent l'infrastructure de ces villes chaque semaine.»

 

Un peuple uni : «Nous n'abandonnerons jamais. Nous ne laisserons jamais un pays détruire notre culture et notre peuple. Nous ne laisserons personne nous dire quoi faire, comment vivre. Nous ne pardonnerons jamais la destruction de Kharkiv, Kiev, Marioupol, Irpin, Volnovakha, Avdiivka, avec des milliers de civils tués, notamment des enfants et des soldats ukrainiens. Nous tiendrons jusqu'au dernier soldat. Nous résisterons jusqu'au dernier citoyen. Nous protégerons nos maisons, notre terre et notre démocratie...»