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School Certificate : Avis d’anciens lauréats sur les quatre «credits» obligatoires

Incertitude pour l’avenir, c’est le lot de beaucoup de parents et d’étudiants depuis l’annonce des résultats du School certificate (SC). Pour cause, le nombre de credits pour monter en Grade 12 est passé de trois à quatre. Et le sujet fait débat ! Nous avons demandé à d’anciens lauréats ce qu’ils pensent de cette décision des autorités…

Shanny Ramsamy, lauréate de la filière technique de la cuvée 2015

 

 «Le débat est délicat. Je pense qu’il faut d’abord évaluer la nature des trois credits. Il y a une grande différence entre obtenir quatre ou six unités dans une matière. Un élève avec trois credits, ayant une valeur de quatre unités ou inférieure, peut passer en Grade 12. Contrairement aux élèves et aux parents qui s’inquiètent concernant ce changement, moi je pense que cette décision prise par le ministère est positive. Il y a un monde de différence entre la Grade 11 et les Grades 12 et 13. Si un élève n’a que trois credits faibles en Grade 11, je vois difficilement comment il pourra gérer le niveau de difficulté et le volume de travail qui l’attend en HSC.

 

Le mieux pour lui serait de refaire la Grade 11 et d’améliorer ses résultats, afin d’être mieux equipé pour la prochaine étape. Ainsi, cela fera que l’élève prenne la Grade 11 plus sérieusement et fournisse un maximum d’efforts. Au cas où il n’obtiendrait toujours pas les quatre credits après un second attempt, la solution sera simple. L’élève devra s’incrire à une école technique telle qu’une école de cuisine, d’hôtellerie, de dessin, de musique, d’artisanat, etc.

 

Un autre problème que causent les trois credits est la saturation du marché du travail. Les trois credits sont généralement obtenus dans des matières faciles, ce qui pousse une masse d’élèves vers les mêmes sujets en HSC et les mêmes cours à l’université. Les parents et les élèves doivent accepter que l’éducation académique ne définit pas le succès. Si un élève est doué dans un autre domaine, il faudrait l’encourager à s’y consacrer.»

 

Rony Busviah, lauréat de la filière économie de la cuvée 2016 

 

«Quand on regarde la situation dans sa globalité, cette mesure vient résoudre beaucoup de problèmes sur le long terme. On met un frein à cette culture de facilité qui décourage l’élève à donner son maximum. Cet élève n’a besoin que de trois credits pour accéder à l’étape supérieure. Du coup, il ne ressent pas la nécessité de travailler dur.

 

Il faudrait peut-être rappeler que la transition entre le SC et le HSC n’est pas toujours facile, sachant que le niveau de difficulté augmente exponentiellement et que l’élève a besoin d’une bonne base. Et vu que l’éducation tertiaire est de plus en plus accessible, le parcours académique secondaire sera aussi un facteur déterminant dans le choix des employeurs. Il faut se demander si sur le long terme, un employeur serait disposé à employer quelqu’un qui a seulement trois credits ?

 

Mais je peux aussi comprendre que pour certains parents, cette mesure peut être dure car si leurs enfants redoublent, il faudra trouver de  l’argent pour payer les examens. Donc, je pense qu’au lieu de permettre à l’élève d’accéder en Grade 12, il serait peut-être mieux que le gouvernement offre une deuxième chance à l’élève en repayant les examens, mais seulement pour ceux qui ont eu trois credits. Il faut voir comment cette mesure influencera la performance !»

 

Hugo Bienvenu, lauréat de l’Art Side de la cuvée 2014

 

«On ne peut pas être insensible à la colère et l’incompréhension des élèves et de leurs parents devant le refus d’admission en Grade 12. D’autre part apparaissent des conséquences d’ordre pratique dans certains collèges dont les salles de classe menacent à présent de se vider. Toutefois, au-delà d’une simple histoire de credits, toute cette agitation autour de la réforme est révélatrice d’une certaine conception sociale bien ancrée à Maurice. Le problème, plus profond, est peut-être celui de l’obsession générale autour du «tout académique» où l’admission en HSC est sans cesse présentée comme le graal ultime, un passage obligatoire pour quiconque aspire à devenir quelqu’un. Hors, notre société est composée d’individus singuliers aux talents et aptitudes très divers qui mériteraient d’être mieux exploités. Pour beaucoup d’élèves, le parcours du HSC n’est sans doute pas la meilleure option pour leur épanouissement personnel. L’écart de difficulté entre le SC et le HSC est conséquent et sans vouloir généraliser des cas particuliers, le fait de pouvoir accéder en Grade 12 avec seulement trois credits a bien souvent des allures de cadeau empoisonné. Je ne crois pas que c’est encourager un système élitiste que de simplement constater cela. Pourquoi les élèves dans cette situation, une fois les savoirs fondamentaux acquis jusqu’au SC, ne seraient-ils pas encouragés à se rediriger vers d’autres parcours professionnels ? Cette idée peine à être acceptée parce que cette voie continue, à tort, d’être dévalorisée par tout un chacun à Maurice.»

 

Nabeel Khodabux, lauréat de l’Art Side de la cuvée 2012 

 

«Tout d’abord, est-ce que ce changement de trois à quatre credits est une mauvaise chose ? Pas du tout ! Je pense qu’il était grand temps d’hausser ou plutôt d’hausser à nouveau la qualité de l’éducation à Maurice. Pourquoi ? Avec un nombre de matières aussi limité, certains élèves n’ont malheureusement pas beaucoup de choix. D’où leur échec. Du coup, avec ce nouveau système de quatre credits, il y aura sans doute un nouveau dynamisme avec plus de choix des matières à l’école. Ainsi cela peut augmenter le taux de réussite !

 

De plus, si un employeur doit faire le choix entre un candidat qui a quatre credits et un autre qui en a trois, qui va-t-il embaucher ? Je pense que le choix est évident ! Mais au-delà de cette histoire de trois vs quatre credits, je pense que les questions fondamentales qu’on devrait se poser, c’est comment en sommes-nous arrivés là ? Comment et pourquoi l’éducation s’est-elle appauvrie autant à Maurice ? Il faut évidemment attendre le rapport du Mauritius Examination Syndicate pour confirmer le nombre de candidats qui ont obtenu trois credits au SC et qui ont également réussi aux examens du HSC pour en savoir plus. La Quality Assurance and Inspection Division sous la tutelle du ministère de l’Éducation a-t-elle bien fait son travail d’inspection pédagogique pour assurer la qualité de l’éducation ? Le Mauritius Institute of Education a-t-il fait preuve d’efficacité dans son exercice de formation des professeurs ?  Y a-t-il eu des classes de rattrapage pour les élèves suite aux fortes averses torrentielles de janvier à mars 2018 ? Était-ce un bon système de permettre aux élèves de Grade 7 à 10 de passer à la classe supérieure en dépit des manquements et des échecs ? Ne faudrait-il pas introduire des remedial classes de quelques jours pendant les vacances scolaires ? Ne faut-il pas réglementer le nombre d’élèves permis dans une séance de leçon particulier afin que certains professeurs ne fassent pas comme dans une usine ? Car l’élève peut facilement se perdre !» 

 

 

Luciano Azor, lauréat de l’Art Side de la cuvée 2017

 

«En tant que lauréats, nous avons toujours mis la barre très haute parce que nous avions des buts bien définis : devenir lauréats et obtenir une bourse pour nos études supérieures, de préférence à l’étranger. Mais tout le monde n’a ni les mêmes objectifs, ni les mêmes rêves. Cependant, je dirais que je suis d’accord avec le gouvernement concernant le nombre de credits pour accéder en Grade 12 mais à une condition ; que chaque élève puisse choisir les matières qu’il aime. Quand on aime ce qu’on fait, on finit toujours avec des résultats extraordinaires. Donc, il faut donner plus de choix aux élèves. J’ai beaucoup d’amis qui se sont vus dans l’obligation d’opter pour une matière qu’ils n’aiment pas parce qu’ils n’avaient pas d’autre choix. Résultat, ils ont fini par échouer et ne sont pas arrivés à décrocher un credit.»