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Révocation d’Ivan Collendavelloo : Pravind Jugnauth en plein calcul

Pravind Jugnauth parle d'un «ancien partenaire».

Un Premier ministre qui agit ne le fait pas innocemment. Que voit le PM actuellement ? Éléments de réponse… 

Un coup de foudre. Et un Ivan Collendavelloo un peu consterné est tombé. Pourtant, il devait entendre les orages qui menaçaient au loin depuis deux semaines. Il espérait certainement éviter le gros de la tempête électrique qui touche le Central Electricity Board (CEB) depuis la publication d’un communiqué de la Banque africaine de développement (BAD) parlant de malversations dans l’octroi d’un contrat pour l’achat de turbines pour la centrale de Saint-Louis (voir hors-texte). La semaine dernière, il avait avancé explications, documents. Il avait tenté de convaincre. Néanmoins, il n’a visiblement obtenu qu’un sursis en attendant que le rapport de l'Office of Integrity and Anti-Corruption de la BAD arrive dans le champ de vision de Pravind Jugnauth ; là où son nom mais aussi celui de Paul Bérenger ont été cités. Face aux allégations, le compteur de sympathie d’Ivan Collendavelloo a arrêté de tourner ; il est devenu, semble-t-il, un simple pion dans la stratégie du Premier ministre dont le premier acte a été de révoquer son no 2, le jeudi 25 juin, dans une fin de journée riche en points de presse (voir hors-texte).

 

Depuis, dans les couloirs du pouvoir, ça discute, ça tente de convaincre, ça tente aussi… d’apaiser. Car celui qui n’a pas hésité à accepter la démission d’autres élus, avant de limoger Collendavelloo, souhaite encore une fois apporter une tendre lumière d’unité et de cohésion sur son gouvernement, avec lui en chef de file digne et irréprochable, contraint à une décision difficile. «Je suis très triste qu’un ancien partenaire qui était avec nous ne soit plus là», lâche Pravind Jugnauth, lors d’une sortie publique le vendredi 26 juin, en évoquant l’absence de son ex-DPM au Conseil des ministres. Le chef du gouvernement s’imagine peut-être en illusionniste, se demandent ses détracteurs ? Car malgré tout ce que la majorité veut faire comprendre, elle est durement secouée par les récents événements. Mais pour que le scénario se déroule comme prévu, il semblerait que le but soit de faire d’Ivan Collendavelloo une pièce négligeable dans l’équation gouvernementale : «Je crois qu’il est conscient de ça, de ce que veut faire le Premier ministre, c’est pour cela qu’il est prudent. C’est un homme très intelligent. Il ne va rien faire qui lui portera préjudice. Il va danser sur la musique qu’on lui joue et se préparer à jouer la sienne au moment venu», confie un de ses proches, assuré de son innocence.

 

«Touzour solider avek nou leader Ivan»

 

Désormais, l’électron libre (et certainement pas très content), c’est Ivan Collendavelloo. Si lors de son point de presse, il n’a pas voulu partager ses états d’âme concernant cette révocation, il a, sans subtilité, ressorti l’affaire Medpoint (en l’apprenant, Pravind Jugnauth a eu l’air bien surpris ; on peut l’apercevoir lors des premières minutes du live de la MBC avant sa conférence de presse, alors qu’il discutait avec ses ministres). Si le leader du ML confie à l’express qu’il est toujours un partenaire de l’Alliance Morisien, un ancien de ses camarades de parti estime, lui, que cette «douceur» ne durera qu’un temps. L’ex-DPM ne va pas rester tranquille alors que l’on ternit son honneur, estime un ancien du ML : «Sa réputation est essentielle à ses yeux.»

 

Au niveau du MSM, le défi – qui n’en est pas un, laisse-t-on entendre – est de convaincre les deux novices, Ismael Rawoo et Zahid Nazurally, Deputy Speaker, de se rapprocher du soleil. Ce qui est déjà le cas, assure-t-on du côté de la majorité gouvernementale : les députés faisant partie du ML... pour la forme. Les deux principaux concernés sont, eux, restés injoignables.

 

Reste l’épineux cas d’Eddy Boissezon, vice-président de la République et fidèle d’Ivan Collendavelloo jusqu’à preuve du contraire. Suivra-t-il les consignes de son leader, si jamais il y en a, de quitter son poste constitutionnel afin de protester contre l’affront que ce dernier a subi ? Ou verra-t-il en Pravind Jugnauth son nouveau chef de file, en affichant une neutralité à toute épreuve ? Au MSM, on vote pour la deuxième option : «Le gouvernement est un peu en dérangement, si je puis dire ; je ne pense pas que Pravind Jugnauth souhaite que cette peccadille touche la présidence», confie un die-hard orange, qui refuse de parler de séisme suite à la révocation d’Ivan Collendavelloo.

 

Le vice-président, lui, semble aller dans le même sens. Interrogé sur ses intentions suite à la révocation d’Ivan Collendavelloo, il dira : «Moi, j’ai démissionné du ML quand j’ai accepté le poste de vice-président. Je suis en dehors de la politique. Il y a une démarcation claire entre le législatif, le judiciaire et l’exécutif. Aujourd’hui, il s’agit d’un problème politique, je ne peux m’inférer dedans ; c’est pour cela que je ne répondrai à aucune question à ce sujet.» Qu’adviendra-t-il de la mairie de Beau-Bassin/Rose-Hill, qui a un maire ML, Ken Fong ? Le premier magistrat des villes-sœurs  apporte, lui, tout son soutien à son leader : «Touzour solider avek nou leader Ivan.» Pour l’instant, laisse-t-on également entendre du côté du gouvernement, aucun chamboulement n’est prévu à ce niveau.

 

Liste noire

 

Opération séduction en marche donc pour les «biens placés» du ML, pour faire oublier Ivan Collendavelloo (pour les autres, comme les conseillers de Collendavelloo, c’est une autre histoire). Pravind Jugnauth, lui, est prêt à retirer tout le capital politique de cette révocation en étoffant son image de leader intègre et courageux prêt à prendre des décisions qui s’imposent quand elles s’imposent (et pas quand l’opposition le décide), s’élevant en chantre de la lutte anti-corruption pour faire oublier la fameuse liste noire de l’Union européenne sur laquelle se trouve Maurice actuellement, explicite une observatrice de la chose politique. Profitant, au passage, d’une manne inattendue, l’implication, par le document de la BAD, de Paul Bérenger et de l’ancien régime travailliste dans la danse des malversations autour de la centrale de Saint-Louis, Pravind Jugnauth assure sur tous les fronts. «Qui peut le pointer du doigt désormais ?» s’interroge notre interlocutrice.

 

Autre défi ? Le Premier ministre doit s’assurer également de l’adhésion d’une certaine partie de la population après la révocation d’Ivan Collendavelloo, estime un déçu de la Plateforme militante. Avec Steven Obeegadoo en nouveau no 2 de son gouvernement, le Premier ministre a donc pris une décision lumineuse, en se basant sur les calculs propres à des politiciens, estime notre interlocuteur. Sauf que celui qui se confie n’est pas certain que le nouveau ministre du Tourisme, qui conserve également le portefeuille des Terres et du logement, arrive à rassurer ceux que le Premier ministre souhaite amadouer. Sur les réseaux sociaux, sa gestion du dossier des squatters, en plein confinement, est apparue sous une lumière encore plus criante ces derniers jours.

 

S’il avait pensé que le temps et le déconfinement fonctionneraient comme un abat-jour, tamisant ses actions, il s’est trompé. Et avec lui, Pravind Jugnauth, poursuit notre interlocuteur. Sauf si, bien sûr, un autre élément entre dans la danse politique. Et depuis la révocation d’Ivan Collendavelloo, une rumeur fait grésiller les relations sur l’échiquier. Sous les feux de la rampe, prêt à faire une entrée fracassante sous les flashes ? Le PMSD… qui tenterait de s’offrir un come-back dans la majorité gouvernementale. Du côté des Bleus, ce retour sous le soleil, assure-t-on, n’est pas d’actualité. Mais Xavier-Luc Duval, en conférence de presse ce samedi 27 juin, s’est montré virulent envers Ivan Collendavelloo… mais pas forcément envers Pravind Jugnauth. Laissant ainsi les petites lumières des spéculations s’allumer les unes après les autres. 

 

Un nouveau coup de foudre est-il à prévoir entre les deux anciens partenaires ? Tout dépendra de la stratégie de Pravind Jugnauth, le seul qui détient le pouvoir d’allumer ou d’éteindre cette lumière-là.

 

Pour situer

 

Des achats de turbines par le CEB. En 2014, le CEB lance un premier appel d’offres. Le but est de permettre l’installation de turbines de 15 MW à la centrale de Saint-­Louis. Burmeister & Wain Scandinavian Contractor (BWSC), qui vient du Danemark, décroche le contrat. Le Bid Evaluation Committee rejette l’appel d’offres. Quand la Banque africaine de développement (BAD), soutien financier du projet de Saint­-Louis, demande de relancer un tender, en 2015, c’est la BWSC qui est encore choisie. Elle obtient le contrat de ce projet de Rs 4,3 milliards en mars 2016.

 

Des allégations de pots­-de­-vin. C’est la BAD qui en parle. Elle a initié une enquête sur l’allocation du contrat suite à une information d’un whistleblower en 2018 (BWSC a également initié une enquête interne). Les conclusions ? La BAD les a publiées dans un communiqué le 8 juin : il est suspecté que des officiels mauriciens ont reçu des bribes afin que des informations secrètes soient transmises à la firme danoise et pas aux autres soumissionnaires. Son action ? Disqualifier BWSC pour 21 mois : l’entreprise est exclue de toute participation de projets que financera la BAD pendant cette période. L’entreprise, elle, a reconnu des pratiques frauduleuses parmi son personnel dans cette affaire et a licencié ceux qui ont été impliqués. Deux des personnes concernées ont été référées à la police.

 

Un jeudi intense

 

Ivan Collendavelloo révoqué… Et une vague de points de presse. Ce jeudi 25 juin ne sera pas oublié de sitôt. Revenons sur les points importants de ces exercices de communication, dans l’ordre dans lequel ils ont eu lieu.

 

Ivan Collendavelloo. Il ne pouvait pas, dit-il, démissionner sur ce qu’il qualifie d’allégations farfelues : «Il n’y a rien qui dit que l’argent a été accepté par Paul Bérenger ou par moi.» Lors de son point de presse, il a fait son point ; si la BWSC a donné de l’argent à des entités locales pour que ces dernières en versent à des politiciens mauriciens dans le but d’aider la firme danoise pour l’obtention du contrat, cela ne veut pas dire qu’il en a obtenu. Il a tenu à préciser ceci : c’est suite à une condamnation dans l’affaire Medpoint que Pravind Jugnauth avait pris la décision de step down : «Il n’y a toujours pas de preuves contre moi dans mon cas.» Le leader du ML n’a pas souhaité partager ses «états d’âme» et n’a pas répondu aux questions concernant son soutien au gouvernement. Il a, néanmoins, précisé qu’il poursuivra sa lutte parlementaire de là où le speaker estimera qu’il peut s’asseoir au Parlement. Il a également ajouté qu’il décidera de son avenir politique après consultation avec son parti.

 

Pravind Jugnauth. Le chef du gouvernement a d’abord explicité les raisons de cette révocation. Selon lui, il a demandé à Ivan Collendavelloo de step down le temps que l’ICAC boucle son enquête. Face au refus de ce dernier, il a dû agir, au vu des informations contenues dans le résumé du rapport d’enquête de l'Office of Integrity and Anti-Corruption de la BAD. Il a également ajouté que deux noms de politiciens étaient cités ; celui de son ancien DPM et celui de Paul Bérenger. Il a également confirmé que le CEB était impliqué. Il y a d’autres noms, de contracteurs et de sous-contracteurs, dans ce document, mais il n’a pas souhaité les rendre publics. D’autre part, il a déclaré que cette correspondance expliquait qu’il y avait des irrégularités dans les deux tenders : celui de 2014, sous le gouvernement PTr, et celui de 2015, sous le régime MSM. Le chef du gouvernement a affirmé qu’il a fait suivre une copie du document à l’ICAC. Et il a précisé qu’il n’a, en aucun cas, évoqué une cassure avec le ML.

 

Paul Bérenger. Sa première réaction était attendue depuis que son nom a été cité dans le document de la BAD, information révélée par Ivan Collendavelloo, puis par Pravind Jugnauth. Et c’est celle qui a clôturé cette fin d’après-midi et début de soirée de points de presse. Il s’exprime après la réunion de la régionale du no 19. Le leader du MMM estime que c’est une «tentative pour détourner l’attention des autres scandales» : «Ena enn trik ladan. Nous, nous dénonçons tout cela. On vient inventer des choses. C’est dégoûtant.» Il a demandé l’institution d’une full commission of enquiry et a lancé un défi à Ivan Collendavelloo : qu’il démissionne en tant que député.

 

Que contient le résumé ?

 

C’est la question qui est sur toutes les lèvres : de quoi est fait le rapport de l'Office of Integrity and Anti-Corruption de la BAD ? Qui sont les courtiers qui auraient reçu les pots-de-vin à transmettre aux politiciens ? Ni le Premier ministre, ni Ivan Collendavelloo ne veulent dévoiler ces identités. Pravind Jugnauth, en sortie publique le vendredi 26 juin, a précisé qu’il devait respecter une clause de confidentialité : une des conditions pour qu’il reçoive le document. Lors du point de presse du gouvernement, le vendredi 26 juin, Maneesh Gobin a, lui, déclaré que les informations seront vite dévoilées avec les avancées de l’ICAC. Néanmoins, nombreux sont ceux qui demandent, pour le principe de transparence, que toutes les informations soient communiquées à la population.

 

Le gouvernement : «Paul Bérenger est devant ses responsabilités !»

 

Opération de com’ pour les désignés du gouvernement. Face à la presse, le vendredi 26 juin, Joe Lesjongard, Maneesh Gobin et Bobby Hureeram ont défendu la stratégie de Pravind Jugnauth et appuyé lourdement sur la crédibilité de la BAD, livre à l’appui. Autre point central pour cet exercice : Paul Bérenger. Joe Lesjongard estime que «Paul Bérenger est devant ses responsabilités» et a évoqué le temps où il a n’a pas cessé de brandir la menace d’un black-out. Bobby Hureeram s’est demandé quelle serait l’attitude de l’opposition au Parlement, ce mardi, rappelant que lors de la prise de parole d’Ivan Collendavelloo, elle avait porté un masque noir et demandé la démission de l’ex-DPM : «Dès que le Premier ministre a eu le rapport, il a agi en ce qui concerne son gouvernement. Maintenant, l’opposition fera quoi ? Est-ce que les membres de l’opposition vont suivre leur logique jusqu’au bout et demander la démission de Paul Bérenger comme ils réclamaient celle d’Ivan Collendavelloo?» Le leader du MMM, lui, a répliqué à ses détracteurs lors d’un point de presse, le samedi 27 juin.

 

L’ICAC en mode descente et interrogatoire

 

Les informations transférées par le Premier ministre ont activé la machinerie. Le samedi 27 juin, l’ancien directeur général du CEB, Shamshir Mukoon, a été interrogé par l’ICAC. En fin de semaine, la commission anti-corruption a opéré plusieurs descentes. Chez Bernard Lagesse, consultant – il a également été entendu par l’ICAC, le samedi 27 juin. Mais aussi à Padco et dans la résidence de son directeur. Et également chez un haut cadre du département Procurement du CEB.