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Problèmes d’eau à Bambous-Virieux, manifestations et arrestations polémiques : témoignages d’un difficile quotidien

Une manifestation pacifique a eu lieu dans la capitale  cette semaine.

Plusieurs semaines que les robinets sont à sec et que des familles s’échinent à maintenir une qualité de vie… 

Dans les voix, il y a la trace d’une fatigue trop longtemps tue. Ce trop-plein qui fait qu’il est désormais impossible de rester dans le silence. Les mots, la colère, la frustration doivent sortir. Doivent se frayer un chemin pour continuer à nourrir l’espoir. L’espoir que les choses changent. L’espoir que ce qui devrait être (ce qui serait juste et bon) le soit, enfin. Sous le soleil de la capitale, elles sont là, debout, convaincues et souhaitant être convaincantes, sans souhaiter aller à la confrontation, ce mercredi 5 janvier. Elles veulent être visibles, comprises, entendues, surtout. Elles, ce sont les femmes de Bambous-Virieux. Petit village qui a été brusquement mis sous le feu des projecteurs le 26 décembre dernier, quand des familles ont manifesté, au lendemain de Noël, pour dénoncer leur difficile accès à l’eau potable.

 

Depuis, l’eau n’a pas coulé dans les robinets pour autant. Par contre, des habitants qui avaient dit leur colère sur l’asphalte ont été arrêtés puis relâchés contre une caution de Rs 3 600 (il a également été nécessaire de signer une reconnaissance de dette de Rs 10 000). Des travailleurs sociaux de la région, dont Georges Ah-Yan, ont apporté leur soutien. Ivann Bibi s’est également affiché aux côtés des manifestants : «Ce gouvernement a été élu sur la promesse d’eau 24/7, il a failli dans cette tâche. Je félicite les habitants qui ont fait entendre leur voix. Ne pas rester tranquille, c’est participer à une meilleure île Maurice.» Sur Facebook, une demande s’est propagée afin d’aider aux frais des cautions (pour en savoir plus, contactez Julie Vranckx, citoyenne engagée, via message privé sur la planète bleue).

 

Nombreux sont ceux/celles qui dénoncent ce déploiement de force de la part des autorités, les inculpés pointent du doigt ces «arrestations arbitraires», alors que l’accès à l’eau potable est un droit fondamental. Au niveau de la CWA, on parle d’un problème qui dure depuis quelque temps. Et sur Radio Plus, le responsable de communication de l’organisme a évoqué les nappes phréatiques de la région qui sont à sec et a assuré que les autorités se penchent, actuellement, sur une solution à court terme. L’installation d’un réservoir de 30 mètres cubes est à l’étude. Pour les habitantes de Bambous-Virieux, qui manifestent au soleil, ce mercredi-là, c’est bien tout ce qu’elles souhaitent : une solution. Un soulagement pour que le calvaire prenne fin.

 

«Ki nou le ? Delo !»

 

Cela fait des semaines que les robinets sont à sec, que le quotidien est ardu, qu’il faut «faire avec», même si ce n’est pas humainement possible. «Ki nou le ? Delo !» crient-elles. Le message est simple. Il n’est pas politique. Il s’agit d’un cri du cœur. Geeta Sookhur le dit : «Nounn bien siporte, nounn bien soufer. Mais on n’en peut plus. Pena enn gout dilo dan robine.» Tous les jours, c’est un combat afin qu’elle s’assure que ses six enfants vivent dans des conditions hygiéniques. Même si c’est le strict minimum.

 

Pour s’en sortir, les familles sont obligées d’utiliser de l’eau de mer pour les toilettes et, parfois, pour le petit bain. Les moyens sont limités et les bouteilles d’eau potable coûtent chères. Les camions-citernes promettent de venir mais ne viennent pas toujours. Les coups de fil ne suffisent pas et «nou pas nou letan atann delo», confie madame Ah Chuen, 77 ans. Et quand elle arrive, c’est parfois à des heures indues, 1 heure, 2 heures du matin. Là, il faut s’armer de bouteilles et de cuvettes, et faire la marche de l’eau, si le camion ne peut pas remplir le réservoir familial. Madame Ramphul le dit : «Une heure d’eau dans le robinet par jour : on n’en demande pas plus. Nou pou kapav debrouye si pa kapav fer plis pou nou.» Les témoignages se poursuivent avec cette aura de tristesse.

 

Kamla Etwaree raconte son quotidien avec une personne handicapée, avec pudeur : «Ou kone kan enn dimounn dan sa leta-la, bizin delo.» Elle n’est pas la seule dans son cas, explique-t-elle. Elle, elle prend soin d’un époux, d’autres ont la charge d’un enfant, d’un proche âgé et alité, et quand le robinet se tait, les jours sont encore plus difficiles. Des familles vivent à l’étage, dans des impasses où les camions ne peuvent passer, certaines n’ont pas de réservoir, des personnes n’ont plus l’âge de transporter jusqu’à chez elles seo ek touk. Alors, s’il y a de l’entraide, de la solidarité, tous les jours, cela n’empêche qu’il est temps que la situation s’améliore. Que les habitants de la région puissent vivre correctement. Et pour ça, explique-t-elle, ils ne demandent qu’une chose : que l’eau coule enfin. Que les robinets fassent entendre leur mélodie pour que la fatigue et le désespoir s’en aillent.