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Prem Koonjoo, un ministre qui prend l’eau…

… Mais qui tient bon ! Si au sein de son parti, ses propos ont fait rire jaune, le ministre de la Pêche ne sera, néanmoins, pas poussé vers la porte de sortie.

Des vagues d’indignation. C’est ce que Prem Koonjoo a provoqué en lâchant une phrase raz-de-marée alors qu’il était en sortie officielle, en début de semaine. Le ministre de la Pêche a osé un : «Valer di zour, pann trouv labalenn dan nou lamer. Lamer Moris mo pann trouv labalenn…» Il était interrogé sur la possibilité d’un nouvel accord de pêche avec le Japon (qui suscite de nombreuses craintes, fondées ou pas, sur la pêche aux baleines), annoncé par le ministre des Affaires étrangères, Vishnu Lutchmeenaraidoo, il y a quelques semaines. Du coup, le ministre de la Pêche s’est fait lyncher sur les réseaux sociaux (voir un petit condensé dans la rubrique «Hey toi…le» en page 19) et sur les radios privées. Mais Prem Koonjoo susciterait, au sein même de son parti, critiques et railleries, dommage direct de sa nouvelle «notoriété»…

 

Il y a quelque temps, le Premier ministre avait explicitement demandé aux membres de son équipe d’être au top, en mode role models quoi ; les «scandales», les sorties peu inspirées et les dossiers chauds s’amoncelant dans son lourd sac à dos de chef. À force d’éteindre les incendies provoqués par ses élus, la perspective d’une réélection facile sentait le roussi. Le big boss avait donc dû sévir, raconte un membre du MSM, qui fait partie de l’équipe décisionnaire du parti : «Nous lui avons dit, à plusieurs reprises, qu’il y avait des gens à recadrer. Le gouvernement fait du bon travail. Mais il y a des petites choses qui polarisent toute l’attention. Des choses bêtes.» Comme les propos du ministre Koonjoo, estime-t-il.

 

Un incident qui n’a aucun intérêt à ses yeux : «S’attarder là-dessus, c’est incompréhensible. Ce n’est pas ce que le gouvernement fait de plus important, non. Moi, je trouve que c’est du petty politics.» S’il est persuadé que le Premier ministre ne prendra pas de sanctions contre le ministre, il sait, dit-il, que Pravind Jugnauth trouvera les mots justes pour parler à ce dernier qu’il respecte beaucoup. Si, selon lui, l’incident est mineur, reste que le Conseil des ministres, le vendredi 5 octobre, a tenu à rassurer en rappelant que l’accord signé avec la Federation of Japan Tuna Fisheries Cooperative Associations en 2000 ne concerne que la pêche au thon et que, depuis 2017, aucune autre licence n’a été octroyée. Au passage, il y est précisé que Maurice interdit la pêche à la baleine dans ses eaux.

 

«Mal interprétés»

 

Lors de la conférence de presse du gouvernement, le samedi 6 octobre, Zouberr Joomaye a donné des précisions sur les Cabinet Decisions. Une communication multiple qui a de quoi faire sourciller les détracteurs de la pêche dans le lagon. Eux, qui ont multiplié sit-in et pétitions n’ont jamais eu autant de news aussi «rassurantes» (enfin, façon de parler). Certains d’entre eux se demandant même si Koonjoo n’a pas, du coup, aidé à y voir plus clair en forçant les autorités à noyer le poisson avec ses déclarations en répondant aux craintes de façon plus directe. Pour Prem Koonjoo, néanmoins, le retour sur ses propos n’a rien d’ultra-positif. «Il entend ce qui se passe mais il estime que ses propos ont été mal interprétés. Il s’expliquera quand le moment viendra», explique un de ses proches, qui ne veut pas en dire plus sur la manière de bien interpréter les propos du ministre.

 

Reste qu’au gouvernement, la sortie du député de Vieux-Grand-Port/Rose-Belle (circonscription n° 11) fait sourire un peu nerveusement. «Comment on peut donner l’impression qu’on roule le pays correctement si on n’est pas au courant de ce qui se passe dans les eaux territoriales du pays, alors qu’on est ministre de la Pêche ?» se demande un de ses «amis» élus. Notre interlocuteur estime que des ministres, qui ont un certain âge, devraient éviter de s’exprimer hors des discours programmés : «Pourtant, quand on écoute la bande-son, on comprend bien qu’il a appris sa leçon : il parle de respecter l’opinion des autres. Mais ensuite, il bascule.»

 

Selon lui, si le Parlement n’était pas en vacances, son collègue en prendrait pour son grade : «Déjà que certains l’appellent ‘‘la baleine’’ en ce moment derrière son dos. Mais tout ça va se répercuter sur nous. Bientôt, on nous appellera gouvernman labalenn.» Au-delà de l’humour puéril, il reste une réalité : «Oui, ça nous embarrasse ce genre de choses.» Il rappelle les déclarations d’Anil Gayan ou encore les envolées de Sanjeev Teeluckdharry. Mais n’égratigne pas le ministre mentor qui est, selon lui, le «sage du MSM» : «On peut tout lui pardonner.»

 

Si l’opposition réclame des sanctions contre Prem Koonjoo – le PMSD exige même sa démission –, le ministre de la Pêche n’aurait, toutefois, pas de souci à se faire de ce côté-là. Il n’est pas question de départ forcé. Mais uniquement d’une mission de damage control : «Il a eu des paroles peu avisées, c’est tout. Malheureusement, les gens se focalisent là-dessus et non sur le travail qu’il abat discrètement au sein de son ministère ; c’est dommage ! Et le PMSD qui réclame sa démission : quelle disproportion ! C’en est ridicule», confie un proche du Premier ministre.

 

Alors, pas d’iceberg en vue, Prem Koonjoo prend l’eau mais ne coule pas !