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Pradeep Roopun et Eddy Boissezon au château du Réduit : Regard d’observateurs sur des nominations qui suscitent de vives réactions

Sangeet Jooseery, Kris Valaydon et Shafick Osman nous livrent leurs analyses.

C’est ce lundi 2 décembre que Pradeep Roopun a prêté serment comme le septième président de la République, alors qu’Eddy Boissezon accède, lui, au poste de vice-président. Ces nominations n’ont pas manqué de susciter des réactions diverses. Analyses d’observateurs politiques…

Il y a du nouveau sur l’échiquier politique avec les mouvements, cette semaine, de deux pions qui ont, du coup, attiré toute l’attention. Le château du Réduit a, depuis le lundi 2 décembre, de nouveaux locataires. Il s’agit de Pradeep Roopun, qui est devenu le septième président de la République, alors qu’Eddy Boissezon a été intronisé vice-président. Mais il n’a pas fallu longtemps pour que ces nominations fassent l’objet de critiques. Selon les dires de certains, ce serait à cause du passé politique des deux personnes qui occupent dorénavant les plus hautes fonctions à la tête de l’État.

 

Pour le leader de l’opposition, Arvin Boolell, le président de la République et son adjoint sont perçus comme étant des «partisans» d’un parti politique. Et c’est lors d’une conférence de presse, le lundi 2 décembre, qu’il a commenté cette actualité : «Nous n’avons rien contre ces deux personnes (...) Mais la population est choquée, notamment à cause d’un manque de respect envers des institutions. Eski sa gouvernman-la pa finn gagn enn kandida de swa pou la prezidans ? Nou kone ki bann dimounn ki zot inn aprose inn refrwadi. De kandida finn ena politik partisann.» Arvin Boolell a également lâché : «Mo espere ki pa pou ena tirani de Parlman. Avan nou finn trouv la prezidans trenn sous la controverse et sous ce même gouvernement.»

 

Est-ce que les craintes du leader de l’opposition sont fondées ? Shafick Osman, docteur en géopolitique et chercheur associé à la Florida International University (Miami), nous livre son analyse. «Je n’ai ni entendu cela, ni lu cela d’Arvin Boolell, mais étant à 15 000 km du pays, il y a des choses qui m’échappent, bien évidemment», avoue-t-il. «J’ai lu que le leader de l’opposition s’est dit contre la manière de faire du gouvernement pour le choix du président et du vice-président de la République et j’ai aussi lu qu’il a trouvé qu’Eddy Boissezon ne devait pas être proposé à la vice-présidence car il y a une pétition électorale en cour s’agissant du no 17 où l’ex-membre du ML avait perdu aux dernières législatives. Cela dit, j’ai entendu le nouveau président ainsi que le nouveau vice-président dire, juste après leur prestation de serment, qu’ils ne se mêlaient plus à la politique et j’ose ajouter qu’ils parlaient de politique partisane. Je ne crois pas qu’ils vont faire le contraire de ce qu’ils ont dit et de ce que leurs fonctions leur imposent comme limites et restrictions.»

 

«Une connaissance de la politique»

 

Il souligne que les personnes qui ont déjà occupé ces postes dans le passé ont aussi été des politiciens. «Tous les présidents et vice-présidents de la République que Maurice a eus depuis 1992 sont d’anciens politiciens, à l’exception d’Ameenah Gurib-Fakim qui a été la plus mauvaise du lot, soit dit en passant. Et tous ces anciens politiciens présidents et vice-présidents ont fait honneur à leurs fonctions à l’exception de Gurib-Fakim qui, justement, n’avait aucune expérience de la politique. Permettez-moi, par ailleurs, d’avancer qu’un président ou vice-président doit absolument avoir une solide expérience de la politique car la fonction, demande, exige même, une solide connaissance de la politique mauricienne. Quand on est au sommet de l’État, on doit absolument maîtriser la chose politique et avoir des ex-politiciens à ces postes aide grandement.»

 

Xavier-Luc Duval, leader du PMSD, s’est aussi exprimé au cours de la semaine écoulée sur la façon dont cette nouvelle a été annoncée : «Je suis très en colère par la manière de faire du gouvernement. Il y a eu un secret absolu entourant les noms proposés pour le poste de président et celui de vice-président. Ce qui n’a pas permis à l’opposition de délibérer (...) Je suis très en colère que cela se soit passé ainsi dans une démocratie.» Cette façon de faire interpelle aussi Shafick Osman : «Oui, c’est vrai que c’est un peu choquant que les noms du président et du vice-président aient été connus qu’à la dernière minute mais je suppose que le Leader of the House avait une bonne raison pour cela. Il faudrait le lui demander.»

 

Le Dr Sangeet Harry Jooseery, consultant en communication politique, estime, lui, que «le temps nous dira si le président Roopun pourrait réconcilier son ‘‘droit’’ et son ‘’devoir’’ ou sera-t-il un président ‘‘tampon!». Il espère ainsi que les nouveaux locataires de la State House sauront assurer leurs fonctions en toute indépendance : «Qui parmi nos anciens présidents n’a pas été partisan ? La nomination du président et du vice-président ne me dérange pas. Nous les connaissions pour leurs performances comme ministres et comme nos représentants au Parlement. Ils se débrouillaient pas mal ou bien ! Ils embarquent maintenant sur des rivages inconnus ! Ce qui m’inquiéterait peut-être, c’est la capacité de ces personnes à assumer leurs fonctions en toute indépendance et dans un esprit non partisan.»

 

Selon le consultant en communication politique, même si le président a un rôle essentiellement cérémoniel en tant que chef de l’État, il a aussi, souligne-t-il, des prérogatives et des devoirs de réserve : «Il a un rôle, surtout dans des situations d’urgence. En temps normal, il exerce ses prérogatives sur les conseils des ministres qui, eux, sont responsables devant le Parlement. En pratique, les prérogatives du président sont exercées sur les conseils du Premier ministre à qui est accordée une audience hebdomadaire avec le président. Ce dernier a le droit d’exprimer son opinion mais il a le devoir constitutionnel d’accepter les décisions de son Premier ministre et du cabinet. S’il campe sur son droit et n’accepte pas ces décisions, il doit démissionner, comme l’avait fait Cassam Uteem.»

 

«Le PM a les pleins pouvoirs»

 

Kris Valaydon, avocat et observateur politique, nous a aussi donné son avis sur les réactions autour de la nomination de Pradeep Roopun et d’Eddy Boissezon : «Je ne connais personne, à part Ameenah Gurib-Fakim, qui n’a pas été politicien. Sinon, c’est comme une règle, il faut  être un loyal d’un parti pour occuper ce poste ! Les postes sont devenues des sinécures, grâce à nos élites politiques, de tous les partis politiques traditionnels, une récompense de la loyauté partisane. Évidemment, on peut faire la différence entre les personnes nommées car il y a celles qui, hier à 4 heures, comme on le dit chez nous, étaient sur le terrain en train de vilipender leurs adversaires politiques, de les accuser de tous les maux et à qui, aujourd’hui, on demande de jouer les saints et d’être des parangons de l’objectivité, de l’indépendance, du fair-play. Mais quelle différence avec ceux qui ont délaissé le terrain politique pendant un certain nombre d’années et qui sont choisi pour occuper ces postes ? Est-ce qu’en prenant leurs distances de leur parti cela leur a donné les qualités pour être le président ou le vice-président de toute la population ? Ont-ils perdu la mémoire de leurs convictions antérieures ?»

 

Il émet cependant une interrogation : «Il faut se demander, après tout, ce qui a changé dans le fond de l’exercice de nomination, que la personne ait été un politicien ou pas. Activiste ou pas. C’est là la vraie question à se poser : qu’est-ce qu’on peut atteindre en mettant un non-partisan à  la présidence, plutôt qu’un partisan ? Le système nous dit : pas de différence ! Autre chose, un détail peut-être : on ne comprend pas la déclaration de Boolell : il était bien à la State House, si je ne me trompe pas, pour l’exercice de prestation de serment de M. Roopun. Sa présence est emblématique de notre élite politique qui sait opérer la différence entre discours pour plaire à la masse et action réelle…»

 

Et que pense-t-il des questionnements sur le fait que le Premier ministre ait gardé sa décision pour lui jusqu’au dernier moment ? «La Constitution donne pleins pouvoirs au Premier ministre d’agir dans le secret dans plusieurs cas. On l’a vu pour la date de dissolution du Parlement et celle des élections générales. Par ailleurs, notre élite politique depuis 50 ans a marqué sa satisfaction que le système soit ainsi : que l’exercice du pouvoir se fera selon le bon vouloir de la personne titulaire du poste de Premier ministre. Ceux qui ont aujourd’hui une légitimité de dénoncer cet état de choses pourront évoquer le fait que la Constitution soit dépassée pour un État démocratique. La raison est que la Constitution était écrite pour des personnes qui comprennent que, dans tout texte juridique ou constitutionnel, il faut surtout consacrer l’esprit et non pas prendre le texte au pied de la lettre pour satisfaire une ambition contraire aux valeurs démocratiques.»

 

Quant à la déclaration d’Arvin Boolell sur le choix de Pravind Jugnauth pour le poste de vice-président qui, selon le leader de l’opposition, n’a pas été sensible au fait qu’Eddy Boissezon, ayant été candidat à Curepipe/Midlands (no 17), est directement concerné par la pétition électorale déposée par Adrien Duval, Kris Valaydon estime qu’il n’y a pas de problème : «Sur le plan strictement juridique, je pense que cela ne pose pas problème. Il y a peut-être ici une question d’éthique mais je crois que l’argument qu’il ne peut être nommé à ce poste à cause de la pétition est quand même léger. Mais ce qui est, par contre, important comme argument, c’est le fait qu’un candidat battu à une élection soit nommé. Nous avons, à la tête du pays, une personne rejetée lors d’un scrutin, qui n’est autre qu’un test de démocratie, un test de l’acceptation de quelqu’un par le peuple.»

 

Ces mouvements sur l’échiquier politique n’a pas manqué d’alimenter l’actualité…

 

Bio express

 

Père de quatre filles, Pradeep Roopun a débuté en politique en 1983.  Il se présente comme candidat à des élections générales sous la bannière du MSM en 1995. Il est élu pour la première fois au sein de l’alliance MSM-MMM en 2000 dans la circonscription n° 14 (Savanne/Rivière-Noire). Il a été Deputy Chief Whip, Deputy Speaker et a été dans plusieurs  ministères, comme celui des Arts et de la Culture qu’il a occupé jusqu’à tout récemment. Pour le poste de vice-président, c’est à l’ancien ministre de la Fonction publique, qui a aussi occupé le poste de secrétaire général du Muvman Liberater et qui est également un candidat battu de la circonscription no 17 (Curepipe/Midlands) aux législatives du 7 novembre 2019, que Pravind Jugnauth a confié cette mission.

 

Dessine-moi un président de la République

 

Quel devrait être, selon vous, le profil des personnes qui doivent devenir président et vice-président de la République de Maurice ? L’observateur Kris Valaydon nous livre quelques pistes… «Il faut voir ce qu’on attend d’un président, le rôle qu’il doit jouer selon la Constitution. Et là, nous sommes confrontés à une réalité : le président n’a pratiquement aucun rôle significatif, effectif ; ce n’est qu’une exigence symbolique. Toute discussion sur son rôle substantif n’est qu’académique. La même chose peut être dite pour le vice-président, sinon que, pour celui-ci, la population, dans les médias sociaux, s’est exprimée, et que pratiquement personne n’a trouvé d’arguments en sa faveur. Dans l’opinion publique, c’est un gaspillage de l’argent du contribuable ! C’est un poste dont l’abolition est souvent évoquée… Mais puisqu’on ne peut y échapper, compte tenu de la Constitution, nous devons trouver un profil. Je pense que le plus important, c’est qu’il faut que la personne choisie puisse être quelqu’un en qui le peuple peut se retrouver, auquel il peut s’associer, avec une certaine fierté. Ameenah Gurib-Fakim, lors de sa nomination en 2014, était une de ces personnes-là, tout comme Uteem et d’autres», nous déclare Kris Valaydon.

 

 

Ils ont dit…

 

Pradeep Roopun, président de la République : «C’est une grande responsabilité. Je vais faire de mon mieux pour satisfaire l’exigence de cette grande position qu’est la présidence.»

 

Eddy Boissezon, vice-président : «J’espère que je serai à la hauteur de la confiance que le gouvernement a placée en moi.»