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Manifestation du 29 août : un cri d’amour et de révolte

La colère, les frustrations… Ce sont les expressions d’un cœur blessé. Et les Mauriciens qui se sont déplacés ont fait entendre le battement du leur.

À chaque pas, des bribes d’une histoire qui se crée. Dans chaque slogan, de la passion. De l’envie : celle du changement. Le désir d’une île Maurice en harmonie avec son peuple ; métissée, colorée. Intimement liée à sa nature, prête à se serrer les coudes face au drame (comme pour faire reculer la marée noire). De la révolte également. Celle qui vient d’un cœur blessé. D’une voix intérieure qui s’est trop longtemps tue. Des émotions, comme on en célèbre rarement, prises dans les quadricolores, symbole de ce mauricianisme qui s’exprime. Des drapeaux de toutes les tailles qui se balancent au gré du vent et qui s’accrochent au cœur. Et cette énergie collective fait frissonner, chanter Ras Kouyon de Kaya, danser sur le tube Jerusalema, battre les djembés, bouger la foule, marcher encore, malgré la chaleur, malgré la fatigue, circuler un immense quadricolore. Et hurler pour se faire entendre ! Dans tout ça, dans cette marée humaine qui a envahi la capitale, ce samedi 29 août, qui n’avait pas connu un tel rassemblement depuis des décennies, une vague d’amour. Pour son île, pour son océan, pour sa côte, pour son peuple. Un amour qui a besoin d’être entendu et respecté. Et c’est le message de ceux qui se sont déplacés, outrés par ce qu’ils considèrent comme l’incompétence du gouvernement, écœurés par des décisions et des actions qui leur semblent injustes. Leurs frustrations cristallisées autour du sentiment qu’on leur lacère le cœur quand on traite zot later mama Moris, ses ressources, ses dimounn, ses beautés, avec si peu d’égard…

 

Leurs espoirs d’un renouveau sont portés par le combat d’un homme. Bruneau Laurette sera applaudi, étreint, embrassé. Son nom sera scandé à la fin d’une marche… qui ne veut pas finir. Nombreux sont ceux qui rallieront à nouveau la cathédrale Saint-Louis (où tout a commencé) pour poursuivre la manifestation en musique, en slogans. «Nou pann fini ! Ena ankor dan nou», lance Maryse, même si Bruneau Laurette a promis que cette manifestation n’était qu’enn reklam. Il est l’homme qu’on attend, ce samedi 29 août. Celui dont la parole a le pouvoir de toucher, de mobiliser. Celui qui, de par ses actions en justice contre ce qu’il qualifie d’incompétence des autorités dans le naufrage du Wakashio, ses révélations et ses observations, a mobilisé tous les regards. Était de toutes les conversations. Il a été décortiqué, analysé… Ses actions ont été passées à la loupe. Le rendez-vous d’hier, dont il est l’initiateur, a provoqué, cette semaine, une désagréable vague de posts et de commentaires à relents communaux. Des avertissements. Des mises en garde contre des possibles épisodes de violence… Mais la révolte de Lepep n’était qu’amour.

 

Au-delà de l’homme – aucun de nos intervenants n’a parlé de manifester pour Bruneau Laurette –, ceux qui se sont déplacés ont décidé de briser leurs habitudes, de quitter leur confort. De sortir de leur douce apathie, bercée par le quotidien, pour faire déborder le trop-plein qui habite leur cœur. Au fil de la marche, les messages scandés ont donné le rythme : «Kriminel nou pa le», «Ar nou non», «Aret fer dominer». Les pancartes brandies, riches en imagination et en inventivité, ont volé la vedette (les politiciens de l’opposition sont passés inaperçus ; pa ti ena rol) : «Enough is Enough», «Pravind Jugnauth we order you out», «How did we get here ?», «Lev pake ale». Sur ces bouts de carton, de plywood, de tissu, il était  question de la mort des dauphins, de cette marée noire qui a donné la vague à l’âme, de ces histoires de corruption et de copinage qui n’en finissent pas. De ces scandales qui choquent. De ces millions qui s’envolent. De ces terres qui sont bradées.  Des T-shirts ont rappelé l’essentiel : #morisien, I love my country but i am ashamed of my government.

 

Et à chaque pas, l’Histoire s’est écrite. Et elle était teintée d’amour…

 


 

Bruneau Laurette : «J’ai encore plus de courage…»

 

 

Un début. Pour Bruneau Laurette, cette marche représente un pas en avant : «Nous ne nous arrêterons pas là. Se zis enn reklam», explique-t-il. Motivé à bloc, il ne lâchera rien, affirme-t-il. Les intimidations, les attaques personnelles ; il le dit et le redit, toute cette négativité ne l’atteindra pas. Encore moins après la manifestation pacifique : «Je m’attendais à une bonne foule mais je ne m’attendais pas à un tel raz-de-marée. La présence des Mauriciens qui se sont déplacés en grand nombre me donne encore plus envie de continuer. J’ai encore plus de courage. Leur message est clair. Ils veulent aller de l’avant, ils veulent la vérité, je vais être là pour ça.» Bientôt, un site en ligne sera disponible afin de recueillir des signatures pour ce qu’il qualifie de pétition-référendum : «Nous l’utiliserons afin d’entamer une action contre le gouvernement. Nous l'avons compris, les Mauriciens veulent un changement, nous l’apporterons.» Pour ne pas les fre, il donne rendez-vous le 12 septembre, pour la manifestation qui sera organisée par la plateforme Konversasion Solider à Mahébourg. Et le 19 septembre pour un concert contre l’injustice qui aura lieu à Petite-Rivière-Noire. Il promet également d’autres révélations en vidéo sur l’affaire Wakashio.

 

Projections à la cathédrale. Deux vidéos ont été diffusées au début de la manifestation pacifique. Une montrant le VB Cartier (remorqueur dont les allées et venues après le naufrage du Wakashio ont éveillé les soupçons) se rendre à Flic-en-Flac et à La Balise Marine. Et une autre montrant «des espèces de pétarades, des thunderbolts ou des explosions», explique Bruneau Laurette, à bord du MV Wakashio, quelque temps avant que le vraquier ne vienne s’échouer au large de Pointe-D’Esny.

 


 

Zarah et Ismaël ne pouvaient pas manquer ce rendez-vous avec l’Histoire, disent-ils. Ce jeune couple qui vient de Vacoas, avec son quadricolore en mains, a participé avec tout son cœur et sa frustration : «Nous avons l’impression qu’on nous cache des choses. Du Covid Bill en passant par le naufrage du Wakashio, nous trouvons qu’il y a un manque d’honnêteté. C’est pour ça que c’était important que nous soyons là.»

 

 

Sadish Kokilkisto de Petite-Rivière est venu avec tout son quartier, sa famille, ses amis. «Environ 25 personnes», confie-t-il, fier. Engagé dans le syndicalisme, ça fait plus d’une semaine qu’il encourage ceux qui l’entourent à manifester : «Il y a un sacré ras-le-bol. Il y a trop de problèmes et une gestion inadéquate de la part du gouvernement. L’affaire Saint-Louis, le naufrage du Wakashio, le Covid Bill…Vous imaginez combien de personnes perdent leur emploi en ce moment ? Combien de familles souffrent ?»

 

 

Jean Bosquet, avec sa perruque aux couleurs de Maurice, ne passe pas inaperçu ! Il est venu pour manifester dans les rues de la capitale avec son épouse Florence. Ces habitants de Grand-Baie avaient à cœur de faire la différence, d’apporter leur contribution à ce réveil citoyen : «On s’est dit : il faut qu’on se réveille ! Il faut qu’on s’unisse !»

 

 

Robert Yip Tong ? Son visage et son nom doivent vous être familiers. Surtout si vous avez suivi le monde du spectacle dans les années 90 : «Je suis plutôt l’homme tranquille. On ne me voit plus vraiment, je suis, on va dire, à la retraite.» Pour lui, il était important d’être là, ce samedi : «Nous ne pouvons continuer comme ça. Nous devons faire savoir au gouvernement que ce qu’il fait n’est pas correct. Bizin fer li kone !»

 

 

Quincy Lolotte vient de Mahébourg. Alors, cette marche, dit-elle, elle ne pouvait la manquer : «Je ne suis pas d’accord avec ce qui est arrivé à ma côte. Nou enn lil, zot pa inn pran ase kont.» Avec elle, deux copines serye, Deborah Perrine de Péreybère et Stessy Vincent de Phoenix, qui sont venues dire non au manque d’humanité, à l’incompétence et à la tentative dangereuse de museler la liberté d’expression.

 

 

Laetitia Latouche, avec son bébé de quelques mois paisiblement endormi contre son cœur, n’a pas hésité à sortir de son quartier à La Tour Koenig, à prendre son enfant avec elle et à arpenter les rues de la capitale. Pour la jeune femme, il n’y avait pas de choix possible ; il fallait bouger. Il fallait joindre sa voix à celles d’autres Mauriciens : «C’est pour l’avenir de mon enfant que je suis là.»

 

 

«Ase !» Quand on demande à Angel Madanamootoo pourquoi elle s’est déplacée, ce samedi, ce qu’elle répond ne tient qu’à un mot. Deux syllabes qui ont le pouvoir de résumer toute sa frustration. Quand on lui demande d’en dire plus, celle qui vit entre Rose-Belle et Floréal et est maman de trois enfants, ajoute : «Nounn plin. Bizin aret pran nou pou kouyon. C’est tout ! Ça résume bien ce que je pense.»

 

 

Pratibha Joymungul est là. Là où elle savait qu’elle devait être en ce samedi 29 août. Elle est venue avec son fils, son frère, des amis. Elle s’est drapée du quadricolore qu’elle aime tant. Elle est venue, comme tant d’autres, pour demander la vérité, la transparence : «Le naufrage du Wakashio, la marée noire, la mort des dauphins ; depuis le début, il n’y a que des mensonges. Aucune transparence. Et ça, ce n’est plus possible, nous ne l’acceptons plus.»