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Licenciement, protestation et manifestation - Brigitte Michel : pourquoi je me bats

«Aujourd'hui, je me retrouve à la porte avec toutes sortes d'allégations qui pèsent sur moi. Ce sont des fausses allégations», lâche Brigitte Michel.

«Nous comptons sur la présence et la solidarité des Mauriciens pour venir nous soutenir ce lundi 3 octobre à 11 heures, à la Rue Dauphine, à Port-Louis...» Fort de ce qu'elle vit en ce moment suite à son licenciement de l'ONG AILES, Brigitte Michel crie à l'injustice et a décidé de se battre tout en se ralliant à d'autres causes touchant les travailleurs du pays. Elle nous raconte son combat...

Les yeux pétillants de conviction, elle distribue des feuillets aux passants. Ce jeudi 29 septembre, à la Place d'Armes, Brigitte Michel affiche un sourire en donnant ses affichettes qui invitent qui le veut à venir la rejoindre, ainsi que d'autres personnes engagées comme elle, à une marche citoyenne et pacifique ce lundi 3 octobre, dans les rues de Port-Louis. Brigitte Michel sourit mais en son for intérieur, son cœur, dit-elle, saigne. «Je ne suis pas bien», lâche-t-elle. Elle a néanmoins choisi de s'accrocher même si l'émotion dans sa voix démontre à quel point tout ce qu'elle vit en ce moment l'affecte.

 

Son nom et son visage sont bien évidemment connus, elle, qui depuis plus d'une dizaine d'année milite au sein de l'ONG AILES – Aides, Info, Liberté, Espoir et Solidarité –, qui vient en aide aux toxicomanes et à leurs familles, aux séropositifs et aux enfants du quartier de Mangalkhan. Mais la voilà qui se retrouve au cœur d'un véritable conflit avec comme toile de fond son licenciement. «J'ai une grande et forte histoire avec l'association AILES. Aujourd'hui, je me retrouve à la porte avec toutes sortes d'allégations qui pèsent sur moi. Ce sont des fausses allégations», lâche Brigitte Michel. Le but de la manifestation symbolique et pacifique de ce lundi est, selon les organisateurs, d'en faire une journée de justice et de droits «pou proteksion kont violans dan travay, pou denons konplisite avoka dan komite disipliner, pou denons diskrimination kont dimounn non vaksine» et pour dénoncer les licenciements abusifs, comme Brigitte Michel en a été, dit-elle, elle-même victime.

 

Et pour faire entendre sa voix, crier sa vérité et empêcher que d'autres passent par le même calvaire, elle a décidé de se battre. «Après 13 ans à œuvrer pour l'ONG, à la faire grandir, on m'a virée comme une malpropre. Je ne dis pas que je suis parfaite à 100% mais il y a beaucoup de choses qui sont fausses. Certaines personnes sont en train de mettre des taches sur moi. Il y a beaucoup de mensonges dans ce qui a été dit. Il y a aussi beaucoup de violences dans la façon dont on m'a licenciée. Des bouncers m'ont accompagnée dans le board room où il n'y avait que des personnes contre moi. Il y a des personnes qui ne me connaissent même pas et qui se sont permis d'aller faire des enquêtes sur moi.  Les licenciements abusifs sont nombreux et cela peut arriver à n'importe qui. Le ministère du Commerce, qui tient aussi le portefeuille du ministère du Travail, ne peut rester passif devant la souffrance des travailleurs», nous confie une Brigitte Michel déterminée : «Comme je suis passée par là, j'ai vu comment cela se passe et j'ai maintenant envie de me mobiliser pour que certaines choses changent. Je suis allée au moins dix fois au bureau du travail. Je suis allée au moins quatre fois au poste de police pour faire des complaintes par rapport à mon cas. Rien n'a été fait jusqu'à présent...»

 

«Une passionnée»

 

Et qu'est-ce qu'on lui reproche ? «Quand je m'attends, suite à une tâche assignée, que les deadlines soient respectés et que je le rappelle souvent, on me reproche de harceler le staff. On m'accuse aussi de rebellion against the board», explique l'ex-directrice d'AILES, qui ne peut s'empêcher de revenir sur son histoire d'amour avec l'association. «J'aimais mon travail. Je suis une passionnée. Je ne faisais pas ce travail par hasard. Ça a commencé avec mon fils qui avait un problème d'addiction. Quand il s'en est sorti, j'ai voulu aider les autres. J'ai eu de très bons mentors comme Cadress Rungen, Nicolas Ritter, le père Piat, ou encore le père Souchon. Ils m'ont bien encadrée. Tout ce que j'ai fait, c'est un peu grâce à eux. Aujourd'hui, j'ai mal au cœur de par la façon dont on me traite. Je suis très affectée», témoigne cette mère de trois enfants.

 

Les accomplissements avec son équipe, sont, dit-elle, de belles récompenses. «Au fil des années, j'ai fait beaucoup de présentations pour lesquelles j'ai été primée. J'ai eu des prix, des awards. Je me souviens d'une initiative avec l'Union européenne. On avait travaillé sur un projet pour des gens vivant avec le VIH et je me rappelle de la première voiture que l'association a eue. C'était un vrai accomplissement, une vraie satisfaction. Ce sont des achievements», poursuit Brigitte Michel qui vit, dit-elle, un vrai cauchemar. «Je pense qu'on me doit une pincée de reconnaissance par rapport au travail que j'ai accompli depuis 13 ans. Je n'ai jamais eu de warning. J'ai toujours fait mon travail avec beaucoup de convictions et beaucoup d'amour. En ce moment, ce n'est pas facile, surtout quand à la fin du mois, on a des factures à payer et pas un sou. On vient d'acheter une maison, ma fille et moi. On se retrouve avec des dettes et des dettes et on ne sait pas comment faire. Ce qui m'attriste, c'est l'impact que cette épreuve a sur mes enfants et sur ma maman. Heureusement, il y a des personnes qui m'épaulent. Mes peer educators, ceux avec qui j'ai cheminé depuis le début me soutiennent.»

 

Du côté de l'ONG, les responsables affirment que tout a été fait dans les règles. «Further to the findings of the chairperson of the disciplinary committee, whereby some charges levelled against Mrs Michel have been proved, the board of AILES has decided to terminate the employment of Mrs Michel with immediate effect. We wish to reassure our partners and the public that, despite the frivolous allegations being made, the board of AILES has respected all provisions of the Workers’ Rights Act before reaching to such a decision and most importantly, had given an opportunity to Mrs Michel to answer those charges levelled against her. The board has acted in all transparency and in accordance with the provision of good governance», souligne la direction de AILES dans un communiqué.

 

Pour la marche de ce lundi, Brigitte Michel se rallie aussi à d'autres causes. «Le but de cette marche est de revendiquer les droits des femmes victimes de violences dans leurs lieux de travail et aussi de revendiquer les droits des travailleurs qui ont été obligés de prendre des congés  car ils ne désirent ou ne peuvent pas être vaccinés. Nous comptons sur la présence et la solidarité des Mauriciens afin de venir nous soutenir ce lundi 3 octobre à 11 heures, à la Rue Dauphine, à Port-Louis», ajoute Brigitte Michel avant de conclure : «Je ne vais pas rester les bras croisés. Je vais me battre...»