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Letissia Molen : «Ce n’est pas normal que des jeunes choisissent la mort avec la drogue»

Elle a 25 ans, est Holistic Educator et une jeune engagée auprès des victimes d’addictions. Elle a travaillé sur le livret Ensemble, construisons une société axée sur le bonheur : sortir de l’addiction c’est possible. Elle nous raconte son engagement et nous livre son constat sur le terrain concernant la prolifération de la drogue auprès des jeunes.
 

Vous êtes une jeune engagée auprès des victimes d’addictions… Qu’avez-vous ressenti lorsque vous avez pris connaissance de la tragique histoire d’Amar Moonesamy, 17 ans, qui est mort d’une overdose de drogue synthétique ?

 

J’ai envie de dire que je me suis sentie encore une fois très mal dans ma peau. Parce qu’il s’agit encore d’un cas de trop. Il s’agit d’un jeune qui avait toute la vie devant lui. Quand on est jeune et quand on entend qu’un jeune qui a le même âge que vous s’en est allé à cause d’un problème de drogue, on ne peut que se sentir concerné, tout simplement parce qu’en étant jeune on vit la même réalité. Comme tous les jeunes, ce garçon qui est décédé, était à un âge où il construisait aussi sa vie, comme nous. Quand je parle avec des jeunes et qu’on discute de ces jeunes victimes mortes en ingurgitant de la drogue, on se pose alors mille questions. On se dit qu’il ne s’agit pas là de quelqu’un qui est décédé après un accident, par exemple. Ça fait réfléchir, ça interpelle.

 

C’est-à-dire ?

 

Devant ce qui se passe, je ne peux me demander à chaque fois : est-ce que tout ce qui doit être fait a été fait ? Est-ce qu’on s’attaque au problème de la bonne façon ? Je suis alors tourmentée de questions. J’éprouve un sentiment de tristesse, mais aussi de révolte et de colère. Il y a aussi un sentiment d’impuissance. On a l’impression qu’on livre une bataille qui est perdue d’avance contre ce fléau qu’est la drogue, qu’on se donne à fond sans qu’il y ait des résultats… On fait des formations, des causeries, des campagnes de sensibilisation mais que ce n’est pas assez et qu’on ne touche pas assez de jeunes. Je ne suis pas un superhéros, tous les jeunes qui sont engagés comme moi ne sont pas non plus des super héros. On est en effet en contact avec des jeunes. On ne peut pas être partout. Quand j’entend ce genre de nouvelle, je ne peux pas m’empêcher de me demander si les autorités font assez. Bien évidemment, cette bataille, c’est aussi la responsabilité de tout un chacun : des parents, des autorités ou encore des ONG mais c’est triste de le dire : il faut faire encore plus. Il y a encore tellement de choses à faire.

 

On vous sent passionnée par cette cause… Qu’est-ce qui vous a poussée à vous jeter dans ce combat ?

 

Tout a commencé il y a neuf ans. C’était en 2011. J’avais alors participé à un week-end organisé par le Groupe A et lors de cette rencontre, il y avait eu des échanges sur plusieurs sujets : la drogue ou encore sur le VIH-SIDA. Durant ce week-end, je me suis pris une claque en plein visage. J’ai pu échanger avec plusieurs jeunes et je me suis rendu compte de la réalité que vivaient ces jeunes. J’étais dans ma petite bulle, dans ma petite ville à Vacoas, où tout était OK, où tout était beau dans mon petit monde jusqu’à ce que je réalise qu’il y avait des jeunes comme moi qui vivaient des réalités et des situations difficiles. Alors que je menais ma petite vie tranquille avec ma maman qui nous a élevés et qui nous a tout donné, ma sœur, mon frère et moi, parce que mon père est décédé. Durant ce week-end, j’ai appris qu’il y avait des jeunes qui vivaient avec des parents qui étaient dans l’enfer de l’alcool, par exemple. J’ai réalisé que je me plaignais de choses et de situations super bêtes alors qu’il y avait pire dehors. C’est alors que je me suis dit que je devais essayer de contribuer à faire quelque chose, à mon niveau, avec mes possibilités. Quelque temps plus tard, j’ai participé à un deuxième week-end et là j’ai eu un autre choc quand j’ai vu des parents témoigner de leur détresse face à la situation qu’ils vivaient avec leurs enfants. De là, mon engagement pour cette cause s’est accentué.  Je n’arrive pas à concevoir le fait que nos jeunes se retrouvent en proie à ces fléaux alors que la vie autour est belle. Nous vivons dans une belle île. Nous vivons à l’ère de la technologie. Ce n’est pas normal que ces drames se produisent et que les jeunes choisissent la mort.

 

Qu’est-ce qui ressort généralement lorsque vous côtoyez ces jeunes qui sont dans l’enfer de l’addiction ?

 

Ils se retrouvent dans cet enfer parce qu’ils sont à la recherche, disent-ils, de plaisir. Beaucoup aussi vivent des situations difficiles et se tournent vers la drogue pour trouver un certain bonheur pour oublier ce qu’ils vivent. Mais dans bien des cas, ces jeunes sont en proie à bien des souffrances. Ils traînent tous des histoires, vivent tous des tristes réalités. Et la drogue se retrouve être une échappatoire. La souffrance dans une famille joue énormément sur l’équilibre d’un jeune qui se construit. Les drogues de synthèse font des ravages parce qu’elles sont facilement accessibles, elles sont produites localement et ne coûtent pas cher. Pou sertin zenn, amize se met nisa, fime, bwar, pour être cool. Il y a aussi là le besoin d’émuler : mo bizin fer couma lezot pour être accepté. Beaucoup de jeunes pensent souvent aussi qu’ils ont le contrôle, qu’ils peuvent fumer et s’arrêter quand ils le veulent mais hélas, tel n’est pas le cas parce qu’ils ne peuvent pas contrôler ce qui se passe dans leurs corps.

 

Est-ce possible de sortir de l’addiction ?

 

Bien évidemment que c’est possible. Cela peut se faire avec beaucoup de travail. Mais il faut que la personne ait la volonté de vouloir s’en sortir. La rechute fait partie de l’addiction. Le soutien autour est aussi primordial. Il faut être fort dans sa tête. C’est très difficile mais c’est possible. 

 

Avez-vous un message pour ces jeunes qui se retrouvent à vivre la réalité de la drogue ?

 

Je dirai d’abord qu’il faudrait valoriser davantage nos jeunes. Surtout ceux qui évoluent dans certaines régions, dans certains milieux. On entend souvent des critiques envers les jeunes qui traînent sur les gares lorsqu’ils quittent l’enceinte de l’école. Dans ces cas, je dirai qu’il faudrait leur proposer une alternative après l’école justement. Il y a un gros travail à faire de ce côté-là. Concernant mon message, je dirai à ces jeunes victimes de la drogue, de se battre. C’est difficile, je le sais, mais there’s a way out. Lavi mari zoli, lavi enn kado. Enjoy, konekte ek dimounn. Be your own star, shine. Aret fer kouma lezot. Nou ena enn sel lavi. Met enn serye. Nou pei zoli, nou ena lamizik, nou ena spor, entre autres.

 


 

Une «clé pour comprendre» la problématique de la drogue et des addictions

 

C’est un plaidoyer pour la construction d’une société axée sur le bonheur. Le livret Ensemble, construisons une société axée sur le bonheur, a été présenté le mercredi 19 févier. Ce recueil d’une vingtaine de pages est une «clé pour comprendre» la problématique de la drogue et des addictions. Plusieurs personnes, notamment, le père Gérard Mongelard, aumônier du Groupe A/Lakaz A, Cadress Rungen, diacre et son épouse Ragini, coordinatrice du Groupe A de Cassis, Jean Bruneau, ancien commissaire de prisons et Letissia Molen, engagée au sein du Groupe A de Cassis, ont participé à l’élaboration de ce document.  Le livre donne une historique et une évolution du commerce de la mort, une définition de la drogue qui provoque l’addiction et parle aussi de la prévention, de la réhabilitation de l’importance d’une collaboration entre État, familles, religions et ONG. Le livre peut être téléchargé sur le site de Coup de pouce à Mon Eglise : www.coupdepouceamoneglise.mu. Pour plus d’infos, ceux qui le veulent peuvent aussi se renseigner auprès de Lacaz A au 212 7541.