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Le bénéfice du doute accordé aux tortionnaires présumés d'Iqbal Toofanny ] Sa veuve : «Cela ne veut pas dire que ces policiers sont innocents»

Amiirah Toofanny veut connaître la vérité sur le décès de son époux.

La cour intermédiaire a décidé d’accorder le bénéfice du doute aux trois policiers poursuivis pour torture suite au décès d’Iqbal Toofanny. «Monn gagn enn sok terib», avoue Amiirah, l’épouse de ce dernier, qui a appris la nouvelle à travers son beau-père. Toutefois, elle garde espoir que le Directeur des poursuites publiques fera appel de cette décision. Témoignage.

La tristesse, la colère, la déception. Un mélange d’émotions habite Amiirah Toofanny et ses filles Shaninah, 24 ans, Elaiya, 21 ans, et Anzariya, 12 ans. Car le 3 août, la cour intermédiaire a accordé le bénéfice du doute aux trois policiers accusés de torture après le décès d’Iqbal Toofanny. «Mo ti pe al pran taxi pou desann Porlwi kan mo boper inn anons mwa ki sa trwa la polis la inn gagn zot case. Monn gagn enn sok terib», confie la mère de famille, qui a du mal à cacher sa souffrance.

 

Malgré tout, son combat pour obtenir justice pour son mari continue, soutient-elle. «Nou pa pou bes lebra. Trwa la polis-la inn gagn benefis di dout me sa pa ve dir zot inosan. Nou gard lespwar ki DPP pou fer lapel. Nou pa konpran kouma inn kapav mank prev. Lotopsi ti konklir ki ti ena 14 blesir lor kadav mo misie. Dokter Gungadin ek dokter Gujjalu ti dir dan zot rapor ki lamor Iqbal pa natirel. Lanket preliminer osi ti konklir ki ena foul play. Mo misie ti sou responsabilite la polis. De ofisie ERS inn dir dan la kour ki zot ti remet li an bonn sante a CID Rivier-Nwar. Ki prev la kour bizin ankor ?» se demande Amiirah. Pour elle, «li pa lozik ki la polis fer lanket lor la polis. Se enn lekip indepandan ki ti bizin okip sa case-la».

 

Iqbal Toofanny est mort le 2 mars 2015. Le rapport d’autopsie indique qu’il a succombé à un œdème pulmonaire. Mais pour sa famille, son décès est dû à des brutalités policières. Iqbal Toofanny portait plusieurs ecchymoses sur le corps. Le Dr Gungadin, médecin légiste en chef de la police, le souligne dans son rapport d’autopsie de même que le Dr Gujjalu, ancien médecin légiste de la police, qui a assisté à l’autopsie. Des photos du cadavre portant des bleus à divers endroits avaient circulé sur les réseaux sociaux, à l’époque. Et cinq policiers avaient été arrêtés. Il s’agit du sergent Persand et des constables Laboudeuse, Gaiqui, Numa et Raggoo.

 

La lutte continue

 

En décembre, l’enquête préliminaire a conclu à un foul play et les policiers ont été poursuivis pour torture. Deux policiers sont toutefois décédés depuis. Il s’agit des constables Laboudeuse et Gaiqui. L’épouse de ce dernier est également décédée en avril. «Lundi-la, mo ti down net me zordi (Ndlr : le mercredi 5 août), mo gonfle a blok dan mo ket de verite. Ti aret mo misie le 1er mars. Se so kadav kinn rant lakaz so lendemin. Eski Iqbal bizin resisite pou rakonte kouma linn gagn bate ? Nou fami extra desu. Fer 5 an nou pe fight. Nou finn fer la grev ek la mars. Mo anvi kone kifer temwin vedet pann depoze la kour. Li ti fer enn afidavi a lepok ek ti fourni bann eleman troublan. La décision de la magistrate nous a terriblement affectées. Mes filles sont frustrées. L’état de santé de ma belle-mère n’arrête pas de se détériorer. Elle est alitée. Elle ne se remet toujours pas du choc du décès tragique de mon époux qui était fils unique. Mon beau-père Yousouf, qui est, lui, cardiaque, tient également difficilement le coup», confie Amiirah.

 

Si c’était son époux le gagne-pain de la famille, depuis la mort de ce dernier, elle a dû chercher du travail, car sa pension de veuve et la pension d’orphelin de sa benjamine, qui est en Grade 7 au collège Lorette de Quatre-Bornes, ne suffisent pas pour faire bouillir la marmite. Heureusement, ses deux aînées, qui ont pris de l’emploi, l’aident à joindre les deux bouts. «5 an inn pase… Lamor mo misie kouma dir hier sa. Pa fasil amenn rol mama ek papa. Mo misie mank mwa. Bel soufrans pou la fami. Aswar mo plore. Mo pa les mo bann tifi kone. Mo montre mwa for divan zot. Nou pou bizin kone ki sann-la inn bat mo misie», lâche Amiirah. Entre tristesse, colère et déception…

 


 

Le comité de soutien envisage une marche pacifique

 

Jahmeel Peerally compte organiser une marche pacifique après la décision de la cour intermédiaire d’accorder le bénéfice du doute aux trois policiers accusés de torture sur Iqbal Toofanny. Les membres du comité de soutien à Iqbal Toofanny et lui veulent maintenir la pression avant l’expiration du délai de 21 jours dont dispose le DPP pour faire appel du jugement de la magistrate Niroshini Ramsoondar.

 

Gavin Glover, avocat des trois policiers : «Nous n’allons pas faire un tam-tam»

 

Répondant aux questions de la presse après le verdict prononcé contre ses clients, Gavin Glover, avocat du sergent Persand et des constables Numa et Raggoo, les trois policiers poursuivis pour torture après le décès d’Iqbal Toofanny, a fait la déclaration suivante : «Nous n’allons pas faire un tam-tam. Quelqu’un a perdu la vie et il faut respecter cela», précise le Senior Counsel. Et d’ajouter : «Ce n’est pas un moment de joie, nous prenons cela avec beaucoup de sérénité.»

 

Erickson Mooneapillay : «Le public finira par ne plus avoir confiance en notre police»

 

Erickson Mooneapillay, avocat et responsable de l’ONG Dis-Moi, qui milite pour le respect des droits humains, n’a pas mâché ses mots après la décision de la magistrate Niroshini Ramsoondar d’accorder le bénéfice du doute aux trois policiers accusés de torture sur Iqbal Toofanny : «La famille Toofanny a le sentiment que justice n’a pas été faite. Des questions sont restées sans réponses. Une fois de plus, les coupables courent toujours. Le public finira par ne plus avoir confiance en notre police qui était supposé apporter des preuves en cour.»

 

Pourquoi la magistrate a accordé le bénéfice du doute aux trois policiers ?

 

C’est quoi le bénéfice du doute ? Nous avons posé la question à l’avocat pénaliste Rama Valayden. «Dans le droit criminel, la poursuite doit prouver la culpabilité d’un suspect en cour. La présomption d’innocence peut toutefois conduire à une décision d’acquittement si aucune preuve tangible de culpabilité ou de responsabilité ne peut être apportée pendant le procès. Le suspect obtient le bénéfice du doute lorsque la poursuite n’a pas apporté suffisamment de preuves pour prouver sa culpabilité. Les trois policiers ont obtenu le bénéfice du doute car la poursuite n’a pu prouver leur culpabilité. C’est très rare qu’une Senior Magistrate de la cour intermédiaire fasse une erreur à ce niveau.»