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Joël Toussaint, fondateur de l’Association des Journalistes de Maurice : «Changer les rapports de la profession avec les pouvoirs publics»

Une réunion constitutive a eu lieu cette semaine afin de lancer une association qui est appelée à regrouper les journalistes d’ici. Le fondateur nous en dit plus. 

Une Association des Journalistes de Maurice. De quoi s’agit-il et pourquoi est-elle importante dans le paysage médiatique local ?

 

De nombreuses professions sont régulées par des pratiques codifiées et une orientation éthique. Qu'il s'agisse des avocats, des médecins, des ingénieurs ou des comptables, il y a un ensemble de règles qui régissent leurs pratiques et qui font l'objet d'une régulation par les pairs. Jusqu'ici le journalisme mauricien opérait dans un désert et, de temps à autre, le pouvoir politique est tenté de s'engouffrer dans cet espace. Il en est ainsi dans de nombreux pays où la presse est perçue comme le quatrième pouvoir, car c’est l’instance qui s’assure que nos gouvernants soient comptables de leurs actions envers la population. Ce qui n’est pas toujours au goût des gouvernants, surtout quand ils s’engagent dans des pratiques déviantes.

 

On se souviendra qu’en 1984, le gouvernement a essayé de restreindre la presse par le biais de mesures scélérates dans le Newspapers and Periodicals Bill. C’est l’unique moment où le corps journalistique mauricien s’est réuni pour s’y opposer et cela avait mené à l’arrestation de 43 journalistes.

 

Notre démarche est importante dans le paysage médiatique local, car les membres de notre profession pourront adhérer à la Charte d’Éthique Mondiale des Journalistes, ce qui ouvre la voie à une carte professionnelle reconnue mondialement puisque la FIJ est un ensemble professionnel qui regroupe 140 pays. Cela n’a rien à voir avec l’accréditation de la Government Information Service (GIS) qui autorise le flicage des journalistes avant l’octroi de la carte, longtemps confondue avec la carte professionnelle. Cela va donc changer les rapports de la profession avec les pouvoirs publics, la direction des entreprises de presse et les instances politiques en particulier. Nous aurons ainsi une phase pédagogique et je suis persuadé que Mélanie Valère-Ciceron, notre secrétaire-générale, saura rassurer ces différentes instances pour que nous ayons des rapports constructifs et bénéfiques à la démocratie locale.

 

Une réunion constitutive a eu lieu cette semaine ; cela implique quoi et quelles sont les prochaines étapes ?

 

Lors des évenements de 1984, Harish Chundunsing était le plus jeune à être arrêté, et au cours de notre réunion constitutive, il nous a rappelé comment la Fédération Internationale des Journalistes (FIJ) était intervenue afin que cette situation soit connue, non seulement dans toutes les rédactions du monde, mais aussi des instances internationales. Je ne saurais expliquer pourquoi nous n’avons pas adhéré et entretenu des liens avec la FIJ durant tout ce temps, mais il m’a semblé que c’était par là qu’il fallait commencer. Nous en avons discuté, Vel Moonien et moi-même, avec nos confrères de La Réunion, de Madagascar et des Comores et même si Vel exerce désormais aux Seychelles, il est, dans les faits, un de nos membres fondateurs.

 

La réunion constitutive est nécessaire pour établir l’association dans les règles. Nous aurons maintenant à formaliser les actes administratifs qui permettent à l’État de reconnaître l’association comme une entité légale. C’est cette entité qui soumet ensuite son dossier au Conseil d’administration de la FIJ à Bruxelles et l’association mauricienne intègrera enfin notre grande famille professionnelle. Je dis «enfin» parce que nous sommes le deuxième pays avec la plus longue tradition de presse. Je peux vous dire que le secrétaire-général du Congress of African Journalists (CAJ) s’est, lui aussi, mis en rapport avec moi pour me dire que les portes étaient grandes ouvertes. C’est inouï, il fallait, simplement, oser frapper à la porte pour réaliser que nous étions attendus. Je suis enchanté d’avoir à mes côtés quelques seniors comme Ram Etwareea, qui est le journaliste mauricien qui a eu une belle carrière au sein du journal suisse Le Temps, ou encore Harish Chundunsing, qui a été un de mes concurrents dans le champ de l’investigation et qui est revenu à la presse par le biais de la radio. Ce sont des personnes avec qui j’ai démarré dans les années 80 et nous sommes investis dans cette démarche, car nous sommes conscients que nous devons léguer quelque chose à nos plus jeunes confrères, surtout en ces temps où la profession est soumise à des pressions.

 

On se rappelle le cas de Murvind Beetun, qui a été pris à partie sur son lieu de travail. Aujourd’hui, on évoque le licenciement de Al Khizr Ramdin… En quoi cette association professionnelle pourra-t-elle aider les journalistes qui ont besoin d’aide/de soutien ?

 

Dans le cas de Murvind Beetun, les voies de fait à son encontre sont établies. Il s’agit là d’un délit pénal et nos lois prévoient la prison pour les agresseurs. Or, ceux-ci courent toujours dans la nature et aux Casernes centrales. La responsabilité du commissaire de police est donc engagée et par extension, celle du ministre de l’Intérieur. Murvind Beetun a engagé des procédures en justice au plan personnel. Au niveau de l’association, nous nous ferons le devoir d’aviser le FIJ et notre secrétaire-général va traiter de cette affaire avec son homologue de Bruxelles, mais aussi avec celui du Congress of African Journalists. Si je peux vous parler du cas de Murvind Beetun, en revanche, je ne suis pas en mesure de commenter le cas d’Al Khizr Ramdin à ce stade, en tant que président de l’association. Maintenant que l’existence de cette association est portée à la connaissance publique, il pourrait éventuellement nous faire part de son cas, mais je ne peux présumer de rien.