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Jenny Leroy : «Les gamins mauriciens ont des compétences extraordinaires»

Dans le cadre d’une semaine anti-harcèlement, la Tale L du Lycée La Bourdonnais a réalisé un court-métrage sur ce sujet très d’actualité dans milieu scolaire. Jenny Leroy, prof d’anglais qui compte 23 ans de carrière dans le domaine, nous invite dans les coulisses de la réalisation de cette vidéo.

Pourquoi un projet autour du harcèlement scolaire ?

 

C’est un sujet qui m’interpelle depuis très longtemps en tant qu’enseignante. Il se trouve que cette année, nous avons voulu participer à un concours organisé par l’Agence de l’Enseignement français à l’étranger (AEFE). Ce concours est ouvert à tous les établissements français de partout et la thématique cette année est le harcèlement scolaire. C’est un sujet qui inquiète beaucoup en France métropolitaine.

 

Est-ce aussi une réalité à Maurice ?

 

C’est bien évidemment une réalité à Maurice aussi. Bien moindre cependant parce que nous sommes encore protégés. Cela dit, et là, je vais sauter du coq à l’âne, c’est assez insidieux. Ce n’est pas la même violence qu’on peut retrouver en France, dans les banlieues ou autres endroits. Aujourd’hui, avec l’avènement des réseaux sociaux notamment, nos enfants sont victimes de bullying littéralement. L’AEFE organise ce concours qui est ouvert à tous les établissements et on a décidé, avec ma classe de terminale – ils ont 17 ans –, de participer à ce concours.

 

Comment vous êtes-vous préparés à participer à ce concours ?  

 

Suivant les règlements du concours, il fallait faire une vidéo de 2 minutes maximum. C’était très difficile pour nous. Puis, on pouvait aussi faire une affiche. On a décidé de faire les deux. On a fait une affiche et on a fait une petite vidéo de 2 minutes pour parler du harcèlement dans l’enseignement.

 

Et quelle a été la réaction des étudiants face à ce sujet ?

 

On a projeté la vidéo à des petits, c’est-à-dire, des gamins de 10 à 11 ans, qui ont très bien réagi. Cela a littéralement libéré la parole parce que les petits n’ont pas encore autant d’inhibitions que les grands et donc ils parlent très ouvertement de ces choses-là. C’est une très bonne chose et c’est ce qu’on voulait atteindre. Chez les plus grands, il y a une forme de prise de conscience de ce qu’ils voient. Ils ne sont pas forcément des auteurs de harcèlement mais ils le voient parfois et ne le reconnaissent pas comme tel. Là, ça nous a permis de dire que ça, ça s’appelle du harcèlement. Donc, on est contents.

 

Quel objectif voulez-vous atteindre avec la vidéo ?

 

L’objectif est double. Le premier est de vraiment parler du harcèlement scolaire sous toutes ses formes. Ça peut être du cyber harcèlement, de la discrimination tout simplement, de la ségrégation parfois. Ça peut être de la violence, de la violence des mots, la violence des gestes. Le deuxième objectif, qui est plus le mien que celui de mes élèves, c’est de dire que nos enfants, des gamins mauriciens, ont des compétences extraordinaires, ils ont des talents extraordinaires et que, de temps en temps, si nous adultes, on leur donne l’opportunité d’exprimer ces talents, on pourrait être surpris. Je tiens beaucoup à dire cela. Ils sont bons, ils sont vraiment bons. Ils sont intéressés contrairement à ce qu’on dit qu’ils ne s’intéressent plus à rien, ce n’est pas vrai. Ils peuvent faire des choses très bien.

 

Par la suite, il y a eu tout le buzz autour de la vidéo et celle-ci sera utilisée dans une campagne en France. Comment vivez-vous cela avec vos élèves ?

 

On ne s’y attendait pas vraiment mais c’est bien. Je suis très fière de leur travail. Ils ont tous très bien travaillé et je trouve que c’est mérité. On tape souvent sur les enfants quand les choses ne sont pas bien. On leur dit, ça, ce n’est pas bien, il faut faire ceci, il faut faire cela. On ne leur dit pas suffisamment quand les choses vont bien. Quand les choses vont bien, il faut le leur dire. Ceux qui ont participé à la réalisation de la vidéo peuvent être fiers. Sans l’accord de notre administration, nous n’aurions rien pu faire du tout : je tiens donc à remercier mon administration pour sa confiance et son soutien à nos différents projets.

 

L’ampleur n’est pas la même mais le harcèlement en milieu scolaire existe. Avez-vous pu trouver des solutions pour combattre cela ?

 

Devant ces cas, on dit souvent aux enfants, aux jeunes : il faut parler aux adultes. Il faut y aller. Parfois, les adultes ne sont pas forcément réceptifs pour X raison. Parce que ce jour-là, la personne est très occupée, etc. Il ne faut jamais abandonner. Il faut repartir plusieurs fois, parler à d’autres adultes s’il le faut, et peut-être même revenir vers la même personne. Mais en tout cas, il faut toujours se faire attendre. L’ennemi principal des victimes, c’est le silence. Leur propre silence et celui des camarades autour qui voient, qui ont peur, qui ne disent rien. Le silence des institutions, le silence de l’adulte qui va lui dire : ce n’est pas grave finalement. Tout cela n’est pas acceptable. Parce que le message qu’on envoie dans ces cas-là, c’est : tu n’as qu’à accepter la souffrance, reste comme ça, tu géreras quand tu seras grand. Je ne suis pas d’accord avec cette façon de faire. En tant que prof, je dirai donc que tout est une question d’éducation. Ceci dit, je pense que l’arme fatale est le manque de communication.

 

À la maison, à l’école ?

 

Partout ! Si l’enfant parle et si surtout il est entendu, encore faut-il qu’il soit entendu bien évidemment, c’est qu’il a déjà gagné 50 % de la bataille. S’il ne dit rien, on ne peut pas l’aider. Les gamins doivent parler. Pas seulement les victimes mais également les témoins. Parfois, les harceleurs eux-mêmes ont besoin d’exprimer quelque chose. En général, un enfant n’est pas violent gratuitement. Il est violent parce qu’il y a quelque chose qui ne va pas. S’il arrive à exprimer cela, nous, les institutions, pouvons alors travailler. Si on n’entend rien, si on ne sait pas, on ne peut rien faire.

 

Quelles sont les raisons qui ont été mises en avant pour expliquer le harcèlement en milieu scolaire ?

 

L’ignorance. Beaucoup d’enfants ne savent pas que ce qu’ils font est mal. Ils ne savent pas que ce qu’ils font blesse l’autre. C’est une incapacité d’empathie. Quand je parle à mes gamins, je leur dit : mettez-vous deux secondes à la place de la personne. Vous venez de dire : ah, t’es moche ! Je leur demande alors si cela leur aurait fait plaisir qu’on leur dise ce genre de chose. Ils réalisent alors et comprennent immédiatement. C’est juste ce déplacement dans la vision de l’enfant qu’il faut provoquer. S’ils se rendaient compte de ce qu’ils faisaient, ils ne le feraient pas. J’en suis convaincue. Il faut expliquer. Puis, il y a aussi l’effet de groupe. On sait tous que, quand on est enfant, on est influençable. On a besoin d’appartenir à un groupe. On n’a pas envie d’être tout seul. Et l’effet d’un groupe peut être assez destructeur.

 

Qu’est-ce que cette vidéo a changé à l’école où vous travaillez ?

 

Ça a généré beaucoup de questions de la part de beaucoup d’élèves. Pas uniquement au niveau de la classe. En discutant et en communiquant avec les autres, ils ont partagé leur vision, ils ont partagé ce qu’ils ont compris et la façon dont ils ont travaillé. Ça passe beaucoup mieux d’un adolescent à un autre adolescent. On avait aussi travaillé sur un autre projet en novembre dernier sur les fake news et la désinformation. Nous avions créé un canular et nous avions mené pendant trois semaines, toute l’école, tout le lycée et les parents, sur des mensonges et de la fausse information, pour sensibiliser les enfants à la désinformation.

 


 

«On ne peut plus détourner les yeux, il faut en parler !»

 

 

Le harcèlement en milieu scolaire. Un sujet qui touche beaucoup d’étudiants. Dans le cadre de la semaine anti-harcèlement, un groupe d’étudiants du Lycée La Bourdonnais, la Tale L, a réalisé un court-métrage sur le sujet. «Nous avons considéré que le harcèlement est un sujet  grave qui doit être porté à l’attention de tous. Le but du court-métrage est de briser les tabous et la loi du silence pour les victimes, les témoins, les parents et même, peut-être, de déclencher une prise de conscience chez les harceleurs. On espère aussi que ce projet permettra à tous de reconnaître et de détecter ces comportements sous toutes leurs formes : cyber harcèlement, harcèlement physique ou moral ; et de prendre conscience de la gravité de leurs conséquences», expliquent les étudiants qui ont participé au projet.