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Grossesse précoce : Christelle, 23 ans, devenue mère de triplés à 16 ans

Les grossesses chez les mineures ne cessent de faire l’actualité à Maurice. Et ce, malgré les nombreuses initiatives menées par le gouvernement et les ONG sur le terrain afin d’informer nos jeunes sur la sexualité. Christelle*, aujourd’hui âgée de 23 ans, fait partie de celles dont le destin a été chamboulé à un très jeune âge. Tombée enceinte de triplés à l’âge de 16 ans, elle nous livre son parcours du combattant.

Christelle est, à première vue, une jeune femme comme les autres. Mais lorsqu’elle se confie, on a l’impression qu’elle endosse sur ses épaules tout le poids du monde. À tout juste 23 ans, à l’âge où beaucoup de jeunes s’évertuent à se construire professionnellement, elle mène une vie complètement différente. Elle a à sa charge trois enfants, des triplés, qu’elle a mis au monde alors qu’elle n’était qu’une adolescente. N’étant pas en mesure de trouver un emploi décent, vu qu’elle avait été contrainte d’abandonner ses études, elle dépend financièrement de ses parents pour les élever car le père des enfants l’a abandonnée.

 

Jusqu’à ses 16 ans, Christelle menait une vie simple, comme presque toutes les jeunes filles de son âge. Elle était alors étudiante en Form IV dans un collège d’État des Plaines-Wilhems. Elle rêvait de faire carrière dans le domaine de la cuisine car c’était l’une de ses plus grandes passions. Elle était alors «une adolescente très studieuse. J’étais toujours présente en cours et je ne répondais jamais à mes professeurs. J’avais des parents très sévères et protecteurs et il était évidemment hors de question que j’aie un copain». La sexualité, raconte-t-elle, «était un sujet tabou à la maison. Je ne savais que ce que j’avais appris au collège». C’est la raison pour laquelle, dit-elle, que du jour au lendemain, sa curiosité a été attisée. Et elle est passée à l’acte avec un jeune homme de deux ans son aîné, habitant sa localité.

 

Quelque temps plus tard, les doutes commencent à envahir son esprit. Une semaine après la date prévue, Christelle n’a toujours pas ses règles alors qu’elle est toujours très régulière. Elle se confie alors à un ami, qui lui recommande de faire un test de grossesse. Et là, elle apprend ce qu’elle redoutait le plus : elle était bel et bien enceinte. «Je n’ai pas pu le cacher bien longtemps à mes parents car une semaine après avoir appris la nouvelle, ma maman m’a soumis à un feu roulant de questions car je n’avais toujours pas eu mes règles. Et j’ai été obligée de lui dire la vérité.» L’avortement n’était, pour elle, pas une option envisageable et elle finira par abandonner ses études deux mois plus tard.

 

À six mois de grossesse, Christelle tombe des nues en apprenant qu’elle attend des jumeaux – elle qui n’était déjà pas préparée à devenir maman. Deux semaines plus tard, elle perd les eaux et est admise à l’hôpital pour accoucher par césarienne. À son réveil, c’est un nouveau choc ! «Il y avait eu une erreur de diagnostic. Je n’avais donc pas mis au monde deux mais trois enfants.» Malgré les joies de la maternité, les problèmes la poursuivent jusqu’à présent. Bien qu’elle bénéficie d’un soutien familial, elle a dû faire une croix sur ses rêves. «Je pense souvent à reprendre mes études, mais avec trois enfants il est difficile de concilier éducation et vie familiale. Je suis épuisée moralement et physiquement, et il m’est difficile de joindre les deux bouts car je n’arrive pas à trouver un emploi correct qui me donne le temps nécessaire de m’occuper de mes enfants.»

 

Aujourd’hui, Christelle ne peut plus reculer. «Je ne regrette pas de les avoir dans ma vie. Mon seul regret est de les avoir eus aussi tôt et ne pas avoir attendu d’être indépendante financièrement. J’aurai tant voulu avoir attendu jusqu’à mes 25 ans, qui est pour moi l’âge idéal pour être mère !» D’ajouter que «lorsqu’on est adolescent, on pense toujours que cela n’arrive qu’aux autres et on ne mesure pas les conséquences de nos actes. J’étais pourtant consciente des différents moyens de contraception.» Son conseil aux adolescentes : «Ne soyez pas pressées. Élever un enfant est difficile ; attendez d’être financièrement indépendantes et ne prenez pas de risques inutiles. Si j’avais la chance de reprendre mes études, je l’aurais fait. Mais ma nouvelle vie ne me le permet pas ; du moins, pas pour le moment et pas avant longtemps. Soyez conscients de la chance que vous avez d’étudier et de l’importance que peut avoir une bonne éducation sur votre avenir.»

 


 

Monique Dinan, du Mouvement d’Aide à la Maternité (MAM): «Parler de sexualité à son enfant dès qu’il a 4 ans»

 

Cela fait des années que Monique Dinan vient en aide aux filles-mères par l’intermédiaire de son association MAM. Elle explique que de nos jours, la grossesse précoce est très fréquente parce que «nos jeunes veulent tout connaître trop tôt et ne savent pas apprécier ce temps qu’est l’adolescence pour se découvrir. Ceux qui ont manqué d’amour pendant leur enfance – les enfants dont les parents sont divorcés par exemple – sont plus exposés que les autres.» Elle ajoute que «la pornographie et les faux amis qui veulent tout expérimenter très jeunes passent des messages négatifs.»

 

Elle explique que la grossesse précoce peut être prévenue «en ayant une attitude et un langage très positif quand on parle de sexualité. Il faut commencer dès que son enfant a 4 ou 5 ans, en prenant le temps de lui expliquer dans une ambiance très affectueuse l’histoire de la vie de tout humain. Le papa est celui qui vient donner la vie dans le corps de la maman. Vers 7 ou 8 ans, il est temps d’entrer dans plus de détails sur la différence des organes sexuels ; comment il faut savoir se protéger des amis curieux et des grandes personnes qui veulent toucher. À l’âge de la puberté, garçon et fille doivent tout connaître au sujet du cycle menstruel, de la masturbation, des dégâts de la pornographie, de l’importance de se garder en bonne santé, et de s’aimer pour vivre une vie saine d’adulte.»

 


 

Dr P. Ramdaursingh, gynécologue: «Les grossesses précoces sont à risque»

 

Lorsque l’on tombe enceinte très jeune, les risques sont multiples, aussi bien pour le fœtus que pour la maman. Le Dr Praveen Ramdaursingh, gynécologue, explique que chez les mineures, « il y a plus des risques de développer des infections pendant la grossesse, plus de risques de fausses couches, d’accouchement prématuré, d’anémie et de ne pas suivre le traitement prénatal pendant la grossesse. Les jeunes mamans risquent également de développer l’hypertension pendant la grossesse».

 

Durant cette période, dit-il, le bassin (pelvis) n’est pas bien développé et cela peut entraîner des difficultés pour un accouchement normal car le bébé risque de ne pas se développer comme prévu. Il ajoute que «psychologiquement, la jeune fille n’est pas prête à vivre la grossesse et cela pourrait causer de gros problèmes, surtout si elle ne reçoit pas assez de soutien de sa famille.» Après l’accouchement, «une adolescente a plus des risques de faire une dépression ou d’avoir le baby blues. »