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Gian Panchoo, 80 ans, meurt dans un accident comme son frère il y a trois ans - Dev, son fils : «J’ai perdu mon roc, mon pilier»

Dev est bouleversé d'avoir perdu son père dans des circonstances aussi tragiques.

Tantôt assis au débarcadère, tantôt dans son bateau, en mer… Gian Panchoo, surnommé Gian Peser ou Gardien Debarkader dans sa localité, était une figure incontournable de la pêche dans le village de Pointe-aux-Piments. Amical, jovial, populaire aussi, il espérait réunir son entourage le samedi 26 novembre pour célébrer son 80e anniversaire. Il a cependant trouvé la mort avant de se rendre à la fête, victime d'un accident avec délit de fuite en face de sa maison, soit au même endroit où son frère a été fauché il y a trois ans. Dev, son fils, est anéanti. Il témoigne…

Il voulait que tout soit parfait. C’est pourquoi, Gian Panchoo préparait ses 80 ans depuis environ trois mois. La nourriture, la musique, les boissons, la décoration, les invitations… Il avait tout organisé au détail près, sans l’aide de personne. Il souhaitait rassembler tous ceux qui lui sont chers. D’ailleurs, Gian Panchoo l’avait confié à son entourage ; cette célébration aurait été sa première mais également sa dernière fête d’anniversaire. L’octogénaire, qui a eu 80 ans le 8 novembre, aurait soufflé ses bougies au Centre de Secours Mutuel, près de la plage publique de Pointe-aux-Piments, le samedi 26 novembre. Vêtus de leurs plus beaux habits, ses amis et proches s’étaient réunis sur place, prêts à faire la fête. Mais Gian Panchoo n’est jamais arrivé…

 

À cette fête d’anniversaire étaient présents ses amis et son entourage mais également les membres de l’Église adventiste de Pointe-aux-Piments et de Mahébourg, qu’il considérait comme sa deuxième famille. «Il n’avait jamais organisé de fête auparavant. Il voulait donner tout ce qu’il avait et ne voulait pas que l’on lui vienne en aide. Il voulait que tout soit parfait», confie Dev, l’un de ses fils. Après avoir déposé les bouteilles de champagne sur place et demandé à son frère de les mettre au frais, l’octogénaire s’est empressé de rentrer chez lui – sa maison étant située sur la route principale de la localité – pour se doucher, se glisser dans son smoking et rejoindre ses proches à la fête. Mais à peine est-il descendu de sa voiture après s’être garé devant son domicile qu’il a été heurté de plein fouet par un véhicule circulant en direction du Sud. Le choc a été tel qu’il a percuté violemment le pare-brise arrière de la voiture garée devant la sienne. Le véhicule impliqué, pour sa part, ne s’est pas arrêté.

 

C’est avec beaucoup de peine que Dev, qui habite à quelques mètres des lieux, revient sur ces événements qui lui glacent le sang. Il se souvient que ce soir-là, il était environ 19 heures lorsqu’il se dirigeait vers l’endroit où allait être célébré l’anniversaire de son père. «Mon épouse et moi étions en train de marcher pour rejoindre les autres invités à la fête lorsque j’ai reçu un appel m’informant d’un accident survenu en face de la maison de mon père. J’ai dit à la personne au bout du fil que je m’y rendrais dans quelques instants. Je venais à peine d’arriver au centre lorsque j’ai reçu un deuxième coup de fil m’informant qu’il s’agissait de mon père.»

 

Dev s’est aussitôt rendu sur place et a trouvé son père gisant sur l’asphalte avec de graves blessures. Il était encore conscient mais n’était pas en mesure de parler. Sans perdre de temps, d’autres proches et lui l’ont conduit à l’hôpital Sir Seewoosagur Ramgoolam, à Pamplemousses. «Après avoir confié mon père aux médecins, j’ai à peine eu le temps de laisser mon véhicule sur l’aire de stationnement que mon frère est venu m’annoncer que ‘‘papa finn ale’’.» En une fraction de seconde, son monde s’est écroulé. «Dieu avait d’autres plans pour lui. Mon père espérait tellement réunir ses proches pour célébrer sa naissance. Finalement, nous nous sommes tous réunis pour lui faire nos adieux.»

 

Dans le village de Pointe-aux-Piments, Gian Panchoo était très populaire. Tout le monde le connaissait sous le nom de Gian Peser. Comme son père et son grand-père, il a longtemps exercé le métier de pêcheur. Connaissant l’océan comme sa poche, l’octogénaire avait appris à ses quatre fils les métiers de la mer ; d’ailleurs, deux d’entre eux sont aujourd’hui skippers, le troisième est moniteur de plongée et le quatrième est, à son tour, devenu pêcheur. Dev, lui, garde de merveilleux souvenirs de son enfance avec son père. «Quand nous étions enfants, je me souviens que nos parents nous faisaient dormir avant de prendre le large. Le matin, en nous levant, j’étais toujours émerveillé devant leurs prises. Pa ti ena frizider, ti pe met pwason anba, lor goni. Mon père était l’un des meilleurs pêcheurs de la région. Avek lexperians li ti ena dan lapes, li pa ti bizin map, pa ti bizin GPS. Li ti pe met kazie dan fon lamer ek pa ti pe gagn difikilte pou retrouv li. C’est en grandissant qu’il nous a emmenés avec lui en mer. Nous avons eu la chance d’apprendre le métier avec lui pour en faire notre gagne-pain. Nous avons tout appris de lui. Il nous a donné le meilleur de lui-même, nous a mis sur le droit chemin. Nou finn vinn bann dimounn drwat.»

 

Dev ne tarit pas d’éloges sur son père. «Il était exemplaire, ponctuel, discipliné, amical, plaisantin et toujours jovial.» Malgré son âge, confie-t-il, l’ancien pêcheur était gaillard ; il allait faire son jogging tous les matins et pêchait toujours pour le plaisir. Même si le décès de sa mère l’a beaucoup affligé en 2015, pour Dev, la mort de son père est d’autant plus douloureux : «Il laisse un grand vide. J’ai perdu mon roc, mon pilier. Il n’a jamais cessé de veiller sur nous, de nous apporter ses conseils.» Dans son entourage, Gian Panchoo était tout aussi apprécié. «Kan li ti pe koze, tou dimounn ti kontan ekout li. Tou dimounn ek ki li ti pe zwenn, li ti pe koz parol Bondie.»

 

Mauvais souvenirs

 

En effet, Gian Panchoo était un homme pieux et même un membre fondateur du groupe adventiste de sa localité, composé d’une cinquantaine de personnes. Mahen Neeliah, pasteur de l’église adventiste de Pointe-aux-Piments, confie : «Mo ti pe apel li Bhai Gian, li ti touzour ankre dan kiltir oriantal mem si li ti kretien. Il était rempli d’ardeur pour son Dieu, très engagé envers la communauté de Pointe-aux-Piments et très connu dans la société des pêcheurs. De son vivant, Gian a eu l’occasion de prêcher un peu partout. C’est une grande perte pour les adventistes, pas seulement pour ceux de notre localité mais partout dans l’île.»

 

Ce qui bouleverse davantage la famille Panchoo, c’est que l’octogénaire n’est pas le seul à avoir trouvé la mort dans des circonstances aussi tragiques. Il y a à peine trois ans, son petit frère Indurman est également décédé des suites d’un accident de la route, qui plus est au même endroit où il a été renversé. C’était dans l’après-midi du 6 août 2019. Indurman Panchoo, 61 ans, rentrait de la boutique du coin lorsqu’il a été fauché par une fourgonnette se dirigeant vers Port-Louis. Hospitalisé, il a passé cinq jours aux soins intensifs de l’hôpital Sir Seewoosagur Ramgoolam, avant de rendre l’âme.

 

Le décès de Gian Panchoo est donc non seulement douloureux mais il ravive aussi tous ces mauvais souvenirs. Ce qui manquera le plus à son entourage, c’est sa générosité et sa bienveillance. Ses enfants se disent qu’ils ne recevront plus ses appels aux petites heures du matin, en train de veiller à ce qu’ils soient bien rentrés après leurs sorties en haute mer. Ils ne le verront plus assis tous les jours au débarcadère de la région, une habitude qui lui avait également valu le surnom de Gardien Debarkader. Ils ne le verront pas non plus leur apporter du poisson pour le dîner à chaque fois qu’ils rentrent tard du travail.

 

L’autopsie pratiquée sur le corps de Gian Panchoo par le Dr Prem Chamane, médecin légiste de la police, a conclu qu’il a succombé à une «fracture dislocation cervical verhave with resection of spinal cord». Les funérailles de l’octogénaire ont eu lieu le dimanche 27 novembre, en présence de ses amis, proches et connaissances. Il laisse derrière lui deux filles – l’une vit en Angleterre et l’autre en Afrique du Sud – et quatre fils dont l’un s’est installé à La Réunion. Les repas qui avaient été prévus pour son anniversaire, souligne Dev, ont été distribués parmi ses amis et au couvent.

 

Par ailleurs, la police de Trou-aux-Biches a conduit une enquête afin de remonter jusqu’au conducteur de la voiture impliquée. Les images des caméras Safe City ainsi que celles situées à proximité du lieu du drame ont permis aux enquêteurs de remonter jusqu’à son propriétaire. Néanmoins, celui-ci leur a déclaré avoir vendu la voiture à une habitante de Pointe-aux-Piments. Les forces de l’ordre sont allés à sa recherche mais ne l’ont pas non plus trouvée à son domicile. Ce n’est que ce lundi 28 novembre que la conductrice de 42 ans s’est présentée au poste de police accompagnée de son homme de loi, Me Ivan Collendavelloo. L’enquête suit son cours.