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Gare Victoria : «Special route» du changement

Un bâtiment en pierre majestueux, une «rivière» venue des toilettes, des aubergines jetées : instantanés de  la Victoria.

Le ballet des autobus devrait s’offrir une pause dans cette mythique bus station. Le temps des travaux de l’Urban Terminal. Alors voici un dernier regar lor lagar.

Koh-Lanta… ou presque. Pour rejoindre l’arrêt de bus qui a bougé de quelques mètres, là où elle doit prendre so transpor pour aller à Petite-Rivière, elle prend un peu son élan. Calcule la distance à parcourir, le saut à effectuer. Dans la jungle de béton, autobus et fumée des pots d'échappement pour la faune, klaxons et murmures de la foule pour la flore, il y une anomalie qui la sépare de son objectif. Et au milieu coule une «rivière» d’eau qui sort directement… des toilettes publiques. Charmant ! Ridwantee Bonamaly s’en étonne. Elle n’est pas une habituée des lieux, habite à Rose-Belle et découvre cette gare plus en désordre que d’habitude. Résultat des aménagements de fortune à cause des travaux en cours.

 

Mais bientôt, elle tombera sur une toute nouvelle bus station ; la construction de l’Urban Terminal, qui devrait commencer fin novembre, appelle la démolition de l’actuelle gare, selon la National Transport Authority. Du coup, la Victoria devrait être déplacée en attendant que les travaux soient complétés. Où ? Il n’y a pas encore de réponse définitive à cette question, même si la possibilité des Salines revient avec insistance. En attendant les infrastructures modernes, la perdition d’eau qui ne sent pas très bon incommode les usagers de la gare : «Mo travers la toulezour. Sa santi move. Li bien vilin», explique un monsieur excédé par ce problème récurrent. Deux vieilles dames bien pressées nous diront : «C’est difficile, c’est sale. En plus, il faut marcher plus.» Elles font allusion au changement de lieu du bus stop pour les routes menant à Albion et à la gare du Nord.

 

La cleaner des WC, Claudinette Jean, confie que cela fait plusieurs semaines que cette situation «santi pi» perdure : «Li fer bien malang. En plus, on ne peut pas utiliser les toilettes.» Question malang, il n’y a pas que le pipi-room qui fait des siennes. De nombreuses brinzel ont été jetées non loin de là. La gare, c’est un peu une poubelle à ciel ouvert. Restes de pains fourrés, emballages et bouteilles poussent ici et là sans engrais. Le vieux bâtiment en pierre (qui sera conservé dans le projet de modernisation), majestueux de l’extérieur, n’est pas en reste. Grâce à une feuille de tôle défoncée (utilisée pour barricader les ouvertures), on peut découvrir la magie de l’intérieur : haut plafond, charpente superbe et murs d’époque. Mais aussi une odeur nauséabonde et de la saleté qui jonche le sol. La violence des contrastes !

 

«Manz ar li !»

 

Lors de cette balade sur cette gare qui n’existera bientôt plus telle quelle est actuellement, nous croisons Roselyne Ramen, «contrôleuse» depuis 15 ans et qui habite Roche-Bois. Le changement, elle l’accueille avec positivité malgré les désagréments actuels : «Ce n’est pas évident mais il faut faire avec, surtout si c’est pour qu’il y ait des améliorations.» Mais aussi un usager, Anand Manohur de Plaine-des-Papayes, qui avance péniblement sur ses béquilles. Il a rendez-vous à l’hôpital : «C’est vrai que c’est un peu plus compliqué en ce moment. Mais si ça change pour le meilleur, tant mieux.» Un chef de gare, Prem Kitaruth, et un conducteur d’autobus, Soonderen Arnachellum, sont bien de cet avis : «Nous attendons de voir le changement.» Si pour l’instant, ils sont «dans le flou» concernant la relocation, ils estiment que, de toute façon, ils vont manz ar li !

 

Reste à savoir comment ça se passera dans la pratique pour les usagers : de la gare temporaire au centre de la capitale, y aurait-il des navettes ? C’est bien ce qui est prévu ! Mais ça, ça n’intéresse pas cet habitant de Port-Louis qui nous dira sa façon de penser mais pas son nom. En cette chaude fin de matinée, il kas sa poz à l’ombre d’un grand arbre et s’émeut qu’au nom du développement, d’autres merveilles vertes ont été sacrifiées : «Deux beaux arbres ont été coupés. Ce n’est pas ça se moderniser !» Il aurait certainement une conversation longue et fructueuse avec Ikhlas Mahomet-Khan. Chauffeur de taxi et habitant de Plaine-Verte, il ne souhaite pas freiner la modernité : «Nous ne pouvons dire “non”au développement. Nous pensons au pays.» Une gare moderne équivaudra également à plus de confort pour tout le monde et des toilettes en bon état !

 

Pour l’instant, la relocalisation des chauffeurs de taxi est aussi à l’ordre du jour. S’ils profitent d’une localisation idéale à Victoria, il faudrait, donc, qu’ils soient proches des clients dans leur nouvelle et temporaire baz : «Nou pa le asize pa gagn travay. Nous ne pouvons pas opérer à perte.» À quelques pas de la plas taxi, il y a des petits commerces. Un fouillis de choses à acheter et à manger. Ça grouille de monde. On se cogne, se bouscule, se regarde dan blan lizie. Et à la mythique tabagie Victoria, on ne s’inquiète pas vraiment de la relocalisation : «Oui, il y aura moins de monde. Mais je suis persuadé qu’il y aura du passage», confie le boutiquier. Chez L’Oasis, où on achète boulettes et minn, David Lee est plus pessimiste : «Je crois qu’on aura une baisse de 50 %. Les habitués viendront mais il y aura définitivement moins de passage.» Pense-t-il suivre le mouvement en ouvrant son snack là où sera relocalisée temporairement la gare ? Pas du tout. À un moment la gare reviendra bien !

 

En attendant, les changements qui viennent restent encore dans le domaine de l’imaginaire. Tant qu’ils ne seront pas là, il sera difficile de se projeter. «Si ça se passe comme à Rose-Hill, ça va être l’enfer», confie un chef de gare qui ne souhaite pas dire son nom. Bon, Victoria n’a pas non plus des allures de paradis, pour l’instant. On parlerait plutôt de Koh-Lanta…