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Funérailles de la reine - Mauriciens en Angleterre : «Adieu à Elizabeth II, longue vie au roi Charles III»

Nicolas Kee Mew Bcav, Neel Dourgah, Kovila Mareemootoo et Rhena Bunwaree, des compatriotes vivant au Royaume-Uni, nous racontent cette semaine  de deuil.

Des compatriotes qui se retrouvent au coeur d'un rythme de vie bouleversé par le décès de la reine Elizabeth II nous racontent les jours de deuil écoulés, comment ils ont rendu hommage à la souveraine – dont certains en se rendant au Buckingham Palace – et ce qu'ils souhaitent au nouveau roi...

Ils ressentent comme un mélange de nostalgie et de tristesse. Pour de nombreux Mauriciens installés en Angleterre, comme pour beaucoup de sujets de Sa Majesté, il est impossible de ne pas participer au grand élan d'hommage qui règne actuellement dans leur pays d'adoption pour saluer la mémoire de la reine Elizabeth II, décédée le jeudi 8 septembre après 70 ans de règne. Depuis, c'est tout le Royaume-Uni qui vit au rythme d'une dizaine de jours de deuil dont le point d'orgue sera les funérailles historiques ce lundi 19 septembre. Des obsèques royales et d'État sans communes mesures durant lesquelles de nombreux Anglais et autres fans de la monarchie diront un ultime adieu à la souveraine, tout en étant en communion avec le monde entier pour ce triste événement planétaire.

 

Et c'est en étant conscients qu'ils vivent un grand moment de l'Histoire que des Mauriciens qui vivent au pays de Sa Majesté depuis plusieurs années ont tenu à partager la tristesse de tous ceux qui pleurent cette reine qu'ils ont toujours connue. C'est donc en étant plongés dans une atmosphère très particulière – entre certaines activités qui sont à l'arrêt et d'autres tournant au ralenti, sans compter l'affluence des foules à Londres, les différentes cérémonies officielles (ou pas) et les hommages rendus un peu partout, dans les médias ou à chaque coin de rue sous différentes formes, entre autres – que nos compatriotes résidant en Angleterre ont traversé ces derniers jours.

 

Kovila Mareemootoo a voulu coûte que coûte se rendre devant le palais de Buckingham pour honorer la mémoire de la monarque pour qui elle avait beaucoup de respect mais aussi pour lui dire un  adieu. La Mauricienne s'est déplacée plus d'une fois au cours de la semaine écoulée pour participer à différentes étapes des protocoles déployés menant aux funérailles d’Elizabeth II. «Je me devais d'être partie prenante de ce triste événement. La reine faisait partie de nos vies et j'avais même participé aux festivités dans le cadre de son jubilé de platine pour célébrer ses 70 ans de règne en juin. Je devais aller devant le château pour la saluer», nous confie Kovila.

 

En tenue de circonstance de couleur noire, un bouquet de fleurs à la main, elle s'est retrouvée devant les grilles du Buckingham Palace où, aux côtés de nombreuses personnes, elle a adressé une prière pour celle qui est considérée comme une reine très populaire en Angleterre comme dans le monde. Elle pense maintenant aux jours qui vont suivre : «Tout va changer. On vient d'acheter des timbres en souvenir. Même les billets de banque vont changer. Après 70 ans, on s'apprête à vivre un grand changement.»

 

«Pensées émues»

 

Notre compatriote a d’ailleurs également des pensées émues pour le nouveau roi Charles III à qui elle souhaite, bien évidemment, une longue vie. C'est avec beaucoup d'émotion qu'elle a pu, raconte-t-elle, voir le souverain à quelques mètres d'elle, dans une ambiance solennelle, lors de la procession très officielle qui accompagnait le cercueil de la reine du palais de Buckingham au Westminster Palace Hall, ce mercredi 14 septembre. Procession à laquelle participaient également, à pieds, les princes William et Harry, et les autres enfants de la reine. «Il y avait énormément de monde, beaucoup de contrôles policiers, de nombreuses restrictions, mais je suis contente d'avoir vécu cela. C'était pour moi un grand moment», ajoute Kovila qui, une rose blanche à la main, en signe de respect et toujours accompagnée de son quadricolore pour faire rayonner Maurice dans ce genre d'événement – comme elle l’avait fait pour le jubilé en juin –, n'est pas passée inaperçue. «J'ai été interviewée par la chaîne SBS de l'Australie. Je suis contente d'avoir pu partager mon ressenti», confie notre compatriote qui, le temps de sa présence dans les foules, a pu constater que ceux présents étaient de toutes les nationalités, d'Angleterre et d'ailleurs, mais aussi de toutes les générations. Tous venus dire au revoir à la défunte reine bien-aimée et souhaiter une longue vie au nouveau roi.

 

Caellia, la fille de Kovila, âgée de 10 ans et fascinée par la monarchie, est aussi touchée par la disparition de la reine. «La reine a été la cheffe des pays du Commonwealth et a dirigé le Royaume-Uni pendant sept décennies. Elle était aussi drôle. Je me souviens notamment de sa rencontre avec Paddington lors de son jubilé de platine. Je me souviendrai toujours du jour où nous l'avons vue au balcon du château durant le week-end du jubilé», témoigne Caellia.

 

Un autre de nos compatriotes, Nicolas Kee Mew (détenteur d’un British Citizen Award for Community and Voluntary Work in the Community), installé en Angleterre depuis 2006, ne manquera pas, ce lundi, d’aller faire ses adieux à la reine pour qui il avait beaucoup d'admiration. «Je suis un Award Winning Care Home Manager (dementia/elderly). En juillet 2022, j'ai reçu un prix de citoyen britannique et je suis allé au Palais de Westminster. Mon rêve était de rencontrer la reine car j'ai consacré mon temps à des œuvres caritatives et à la démence, et j'ai toujours voulu recevoir mon Member of the Order of the British Empire (MBE) de la reine elle-même», raconte-il tristement.

 

C'est sous le signe du deuil que Nicolas a traversé la semaine écoulée. «Nous avons tous été profondément touchés par la mort soudaine de notre reine. Nous avons récemment célébré le Queen Platinum Jubilee et c'est un souvenir que je chérirai toujours. Nous avons décoré la maison de retraite avec l'Union Jack et avons également installé un espace commémoratif où les résidents, le personnel et les visiteurs peuvent rendre hommage et écrire leurs sympathies», raconte le Care Home Manager. Ce fan de la monarchie ne croit pas que le roi Charles III pourra remplacer sa mère mais il lui souhaite tout de même le meilleur. «Il sera un bon roi car il a attendu longtemps et s'est bien préparé pour», avance le jeune Mauricien qui a aussi une affection particulière pour le prince William.

 

Si tous les regards seront désormais tournés vers le nouveau roi et sa façon de régner, certains arrivent difficilement à tourner la page, tant leur affection pour la reine est grande. Neel Dourgah, autre Mauricien vivant en Angleterre, Cabin Crew chez British Airways, en fait partie. «Sa Majesté a été une source d'inspiration pour de nombreuses générations. Elle nous a appris à y aller et à ne jamais abandonner, et elle l'a fait jusqu'à son dernier souffle. Quelques jours à peine avant de mourir,  elle a nommé son nouveau Premier ministre. Elle a refusé d'abandonner. Et pour moi, c'est une source d'inspiration», nous confie avec émotion Neel Dourgah.

 

Rhena Bunwaree, qui vit aussi au Royaume-Uni, se dit surtout touchée par la tristesse suscitée par le décès d'Elizabeth II. «Partout dans le monde, les gens sont unis dans le deuil et unis pour célébrer sa vie. Cette complicité est un rappel des valeurs partagées qu'elle véhiculait. Alors que la grande époque élisabéthaine touche à sa fin, je me souviendrai des valeurs de service public qu'elle incarnait», témoigne Rhena Bunwaree qui pense aussi au nouveau roi. «Malgré la pluralité du public britannique s'attendant à ce qu'il fasse du bon travail, il y a toujours un soutien pour que le roi Charles se retire pour permettre au prince William de devenir le prochain monarque. Selon les rumeurs, Charles III serait le roi du changement climatique», conclut-elle, entre nostalgie et tristesse à un jour des funérailles historiques d'une reine qui restera définitivement dans les mémoires...

 


 

Quand le monde regarde l'Angleterre

 

Ces derniers jours de deuil en Angleterre ont été riches en émotion avec les différentes activités en vue de rendre hommage à la défunte reine. Les obsèques qualifiées d'historiques d'Elizabeth II auront lieu ce lundi 19 septembre – cette journée a également été déclarée fériée par le roi Charles III – en l’abbaye de Westminster, à Londres. De par la stature de la souveraine et de par sa popularité, près de 2 000 personnes y ont été invitées par la famille royale, dont quelque 500 chefs d’État et monarques du monde entier. Tous les dispositifs nécessaires ont été pris pour assurer la sécurité lors de la grande mobilisation – y compris dans les rues – lors de cette cérémonie d'adieu à Elizabeth II.

 

La semaine écoulée a été marquée par des cérémonies auxquelles ont participé les membres de la famille royale, comme quand la dépouille de la reine a quitté Buckingham Palace, ce mercredi 14 septembre, lors d’une procession solennelle à laquelle participaient les soldats britanniques, Sa Majesté le roi et la famille royale jusqu’au Westminster Hall, où le cercueil de la souveraine, orné de la couronne impériale, a été exposé pour permettre un hommage public jusqu’aux funérailles. Une perspective «absolument terrifiante», un événement «sans précédent» ou encore un «défi colossal»... C'est ainsi que les médias anglais décrivent cet événement qui sera aussi planétaire. Selon les estimations du gouvernement, un million de personnes pourraient se rendre à Londres pour assister aux premières funérailles royales en plus de 60 ans.

 


 

Pourquoi je suis contre la monarchie

 

Si ces derniers jours, beaucoup ont exprimé leur tristesse suite au décès de la reine Elizabeth II ainsi que leur amour et leur fascination pour la monarchie, d'autres, ici comme ailleurs, ont aussi exprimé leur opinion, notamment sur les réseaux sociaux, autour de cette institution qui a favorisé le colonialisme pendant longtemps. Certains semblent même se réjouir du décès de la reine d'Angleterre, comme certains Irlandais qui ont «célébré» l’événement, notamment lors du match de Ligue Europa Conférence entre les Shamrock Rovers et Djurgarden.

 

La royauté ne fait donc pas l'unanimité. Ce n’est pas Fabrice Shampive qui dira le contraire. Selon lui, il existe une certaine hypocrisie chez les défenseurs de la couronne. «Je vis très bien tout ce qui se dit autour de la reine, de la proclamation du nouveau roi et je ne suis pas étonné des commentaires négatifs à leur sujet par ceux dont les ancêtres ont été oppressés, ceux qui sont toujours oppressés et ceux qui sont justement des alliés des minorités oppressés sous le règne de cette dernière. Je note aussi une certaine hypocrisie par les défenseurs de la couronne puisque quand ce sont deux Afro-Américaines qui expriment leurs sentiments sur le sujet, on leur demande de taire leurs émotions mais quand c’est un stade entier en Irlande qui fête la mort de cette dernière avec des feux d’artifices, on n’entend personne. La reine a fait la muette sur plusieurs incidents produits en dehors ou au moment de son règne et les gens sont toujours en colère sur sa non-réaction. Certaines personnes disent “oui, ce n’est pas la fautive mais ses ancêtres”. Oui, peut-être, mais en reprenant ce pouvoir, elle profite de la fortune construite sur le dos des esclaves, des guerres, etc. et il est logique qu’elle soit accusée à son tour», confie-t-il.

 

Et pourquoi il n'aime pas la monarchie ? «Partant du principe que dans la plupart des monarchies, il y a le droit de veto des souverains, qui peut influencer des décisions d’un gouvernement sous l’indépendance d’une République, on peut se dire qu’il y a un souci. Après tout, une monarchie, c’est bien un régime politique où le pouvoir est détenu par un seul chef. Celui-ci peut avoir les aptitudes et compétences comme pas du tout. Et la plupart des successions se faisant de façon héréditaire, certaines personnes mal intentionnées peuvent devenir une menace avec un grand pouvoir comme la direction d’un pays. Je trouve qu’avec la mort de la reine Elizabeth, on aurait dû mettre un terme à cette monarchie en Angleterre, sans pour autant enlever les titres des personnes concernées. On aurait tout simplement dû cesser la passation de pouvoir et se dire qu’enfin tout ça c’est fini et qu’on le laisse derrière nous. Comment ne pas créer de la frustration si nous continuons à vivre avec ce système archaïque qui porte sur ses épaules un poids très lourd ?» se demande le jeune homme.