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Fam ape zwenn : un collectif féminin pour faire résonner la voix des Mauriciennes

Pouba Essoo, Jasmine Toulouse, Jane Ragoo, Ragini Runghen et Marlène Ladine sont convaincues qu'un changement en profondeur est nécessaire.

S’unir et marcher main dans la main vers un même objectif : que la voix des femmes soit entendue, écoutée et prise en considération. C’est la mission de Fam ape zwenn, un collectif 100 % féminin, qui compte faire des propositions concrètes pour un vrai changement. 

Se rassembler et combattre côte à côte pour que la voix des femmes soit enfin entendue et écoutée. C’est l’idée derrière Fam ape zwenn/Woman meet, collectif qui regroupe plusieurs citoyennes engagées qui ne souhaitent plus rester les bras croisés alors que tant reste à faire par rapport à la parité sur le plan social, économique, politique, cela dans n’importe quelle sphère de la société et que des progrès doivent encore être faits quand il s’agit de droits des femmes qui restent avant tout des droits humains. Après trois mois de rencontres, de discussions et d’échanges, une grande rencontre a eu lieu le samedi 10 décembre au collège Lorette de Rose-Hill, à l’occasion de la Journée internationale des droits humains. Un événement qui a vu la participation d’une centaine de femmes issues de différents domaines, de différents combats et dont l’objectif est de dégager une stratégie pour faire évoluer les choses dans le bon sens. 

 

Derrière ce mouvement 100 % féminin, plusieurs citoyennes engagées qui ont souhaité se mobiliser pour la cause féminine, sa situation et ses conditions de vie. Car aujourd’hui, le constat est clair. La parole de la femme, son regard, ses opinions, ses réflexions etses propositions sont absentes de l’opinion publique et donc très peu prises en considération. C’est pour briser cette invisibilité que Fam ape zwenn a pris naissance. Si l’initiative revient d’abord à Sheila Bunwaree et Joceline Minerve, elles ont été vite rejointes par Shirin Aumeeruddy-Cziffra, Nalini Burn, Anne-Lise Louis Coralie, Saffiyah Edoo, Marie-Michèle Étienne, Pouba Essoo, Alix Inassee, Marlène Ladine, Anuradha Nunkoo, Lovania Pertab, Chamilah Rugony, Priscilla Sambadoo et Geneviève Tyack. Ensemble, elles forment le comité scientifique et administratif de ce collectif.

 

Depuis septembre, explique Pouba Essoo, membre de Fam ape zwenn, elles ont sillonné l’île, allant à la rencontre des Mauriciennes aux quatre coins du pays pour les écouter et prendre conscience des difficultés qu’elles rencontrent. «À travers ce collectif de femmes engagées, nous voulions créer un espace pour donner la parole aux femmes, pour donner la voix aux sans voix, à ces femmes invisibles qui luttent quotidiennement et que personne n’écoute. Nous nous sommes rendus à Lakaz A pour écouter la souffrance des mamans dont les enfants sont victimes de la drogue. Nous sommes allées à la rencontre des victimes du Wakashio, qui sont affectées et qui luttent encore pour leur survie. Nous avons entendu les femmes de Bambous-Virieux qui ont un gros problème d’eau, à Rivière-Noire, où cela fait des années qu’elles militent pour l’accès au logement, à Cité-La-Cure, où elles se débattent contre la pauvreté. Nous avons aussi écouté les Chagossiennes qui revendiquent un retour sur leur terre et les femmes syndicalistes qui se battent contre la discrimination et des conditions de travail injustes.»

 

La grande rencontre de samedi était donc l’occasion, poursuit-elle, de discuter sur différents thèmes afin de mieux comprendre leur réalité et de faire un constat réel de la situation. «Nous voulons une action par les femmes, avec les femmes et pour les femmes. Cette rencontre, c’était aussi pour savoir ce qu’elles attendent de nous, des autorités.» Plus qu’une utopie, il s’agit, à travers cette plateforme, de jeter les bases d’une réflexion en profondeur sur ce qui ne marche pas et de venir de l’avant avec des propositions concrètes pour générer un vrai changement. «Aujourd’hui, il y a urgence à mobiliser les voix des femmes car tout se fait sans prendre en considération leurs besoins et ce qu’elles pensent. Nous savons qu’elles sont invisibles dans les instances de prises de décision et il faut que ça change», affirme Pouba Essoo.

 

Déséquilibre

 

Après 18 ans à Chrysalide, Marlene Ladine poursuit aujourd’hui son engagement social auprès des démunis, un secteur où la place de la femme, estime-t-elle, doit encore évoluer. «Je suis aux côtés des familles qui sont exclues de leur propre pays et de leurs semblables. Reloger une famille ou une mère célibataire est un parcours du combattant. Mon engagement dans ce groupe Fam ape zwenn est motivé par ce qui a toujours fait partie de ma vie depuis que j’ai 12 ans. Dans ce monde, dans ce pays en décadence, la femme, les femmes ont une parole et un agir. Trop longtemps, il n’y a eu qu’une partie de l’humanité qui dirige nos pensées et nos actes.» Pour la travailleuse sociale, le déséquilibre est bel et bien présent. «Il y a eu, au cours de l'histoire, des femmes qui ont osé se manifester mais cela n'a pas beaucoup progressé. Le déséquilibre, selon moi, vient de l’absence des femmes dans le decision making. Pas nécessaire de mentir en faisant croire, le 8 mars, que les femmes sont présentes dans différents métiers. Si vous entendez ce que les femmes vivent au quotidien pour réussir leur vie, la vie de leur famille. Il est temps que les femmes mettent les choses au clair pour continuer à progresser en tant que femmes.»

 

Jane Ragoo, syndicaliste de longue date, a aussi pris part à cette initiative qu’elle qualifie de «noble» et de nécessaire. Avant de se rendre à la grande rencontre de Fam ape zwenn, la CTSP a d’abord organisé une réunion avec une vingtaine de femmes du monde syndical pour un premier partage. «Nous nous sommes rendu compte qu’au niveau du syndicat, on s’attarde forcément beaucoup sur le travail, les conditions, le salaire, alors qu’à côté, il y a beaucoup d’autres problèmes auxquels les femmes font face.» Selon Jane Ragoo, c’est grâce à la lutte acharnée des femmes Cleaners que le salaire minimum a été introduit. Cependant, il ne faudrait pas, estime-t-elle, s’arrêter là. «Elles se sont mises debout sur leurs propres pieds afin de militer pour l’introduction du salaire minimum mais savons-nous vraiment comment est-ce qu’elles vivent avec ça ? Beaucoup nous ont parlé à cœur ouvert de leur difficulté à s’en sortir parce qu’il ne reste plus rien quand elles ont tiré les sous pour la nourriture et le logement.» De plus, de nombreuses femmes se heurtent à des conditions de travail pénibles, à des mauvais traitements et à une certaine humiliation sur leur lieu de travail. «Comme elles sont au bas de l’échelle, elles subissent beaucoup d’humiliation, de critiques, de reproches, ce qui n’est pas acceptable. Il y a aujourd’hui une vraie souffrance chez les femmes qui font beaucoup de sacrifices. Elles doivent être capables de s’exprimer et ces souffrances doivent être entendues.»

 

Ragini Runghen de Lakaz A, qui a animé un atelier sur la drogue lors de Fam ape zwenn, se réjouit aussi de cette initiative qui va, dit-elle, bien au-delà de la politique et qui sert à améliorer la condition des femmes à Maurice. «C’est une initiative très forte et très osée. Bien souvent, nous regardons le problème dans son ensemble, sans s’attarder sur son individualité, alors que la réalité des femmes et des hommes n’est absolument pas la même. La femme a ses propres états d’âme, ses propres souffrances, ses propres difficultés, ses propres ambitions mais dans la société d’aujourd’hui, elle reste toujours incomprise. Avec cette rencontre, on s’est toutes rejointes en tant que femmes. Nous étions de différentes sphères, de différents milieux, de différents horizons mais avec un objectif commun : être la voix des sans voix.»

 

Pour Jasmine Toulouse, engagée socialement sur plusieurs fronts, Fam ape zwenn a permis de libérer la parole des femmes, qui reste aujourd’hui en sourdine. «On a vu les femmes de différents milieux, de tous bords, ce qui est très intéressant. On peut avoir des opinions différentes mais on se rejoint sur une chose, c’est que nous vivons des difficultés qui sont plus ou moins les mêmes. Que ce soit le problème d’eau ou l’accès à la terre, ce sont tous des thèmes qui concernent la femme.» Si la condition féminine a pas mal évolué au cours de ces dernières années, il reste, souligne Jasmine Toulouse, encore du chemin à faire. Après cette première grande rencontre, le comité de Fam ape zwenn s’apprête désormais à évaluer, analyser et comprendre ce qui a été dit lors de ces discussions pour travailler et proposer un plan d’action dans différentes régions du pays.