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Enceintes et positives à la Covid-19 : l’incroyable et difficile histoire de leur accouchement

La jeune femme, son époux Jean-Pierre et leurs cinq enfants : Kenzo, 11 ans, Blaze, 4 ans, Alezia, 3 ans, Ezra, 15 mois, et Maritza, née le 13 septembre.

Ces jeunes femmes, renvoyées d’une clinique privée après qu’elles ont été testées positives, se sont retrouvées dans la même isolation ward, du même hôpital, pour mettre au monde leur enfant après des heures sombres d’incompréhension. 

Les cauchemars ne s’en vont jamais totalement. Même dans la chaleur du bonheur, leur présence hante les moments heureux. Le pire a pu être évité et le plus dur est passé pour Aurélie Fleurie et Mehzabeen Ramjan. Elles sont rentrées à la maison et voient leur nouveau-né s’éveiller à la vie. Mais elles n’oublient pas l’épreuve de ces derniers jours. Ces deux jeunes femmes positives à la Covid-19 ont vécu des heures de détresse avant de pouvoir accoucher. Elles se sont rencontrées, soutenues, épaulées, dans une chambre d’isolation de l’hôpital Jeetoo, ont accouché presque au même moment et racontent, à quelques détails près, la même histoire (à découvrir ci-dessous) : renvoyées d’une clinique privée, le pire aurait pu leur arriver à elles et à leur enfant à naître, s’il n’y avait pas eu d’heureux concours de circonstances.

 

Elles ont souhaité témoigner pour prévenir celles qui vont accoucher : «L’accouchement est supposé être un moment extraordinaire. Mais là, rien ne s’est passé comme prévu et il faut que les futures mamans soient au courant», confie Aurélie. Parce que, comme l’explique Mehzabeen, «on ne dit rien» : «Ni mon médecin, ni les cliniques que j’ai contactés pour préparer mon accouchement ne m’ont prévenue.» Entre les douleurs des contractions, les complications de santé pour la maman et l’enfant à naître, la peur de perdre leur bébé et l’angoisse qui entoure l’épreuve qu’est l’accouchement, les deux jeunes femmes ont, néanmoins, trouvé un rayon de soleil : le soutien du personnel de l’hôpital Jeetoo qu’elles remercient chaudement. «Ce sont des anges. Ils font avec les moyens du bord et travaillent très dur», confie Aurélie, rejointe dans ses propos par Mehzabeen…

 

Aurélie Fleurie d’Albion : «J’étais submergée par une onde de panique»

 

Un risque. Son gynécologue l’a prévenue : Aurélie, qui a déjà quatre enfants, risque d’accoucher en avance. Sa grossesse a été difficile et elle a mis au monde une demoiselle l’année dernière, en plein confinement. Le mardi 7 septembre, ne se sentant pas trop bien, elle se rend dans la clinique où elle souhaite accoucher. Tout est OK et pas de test Covid.

 

Un dimanche interminable. À 22 heures, le 12 septembre, Aurélie ressent des contractions et s’inquiète pour le bébé. Elle dépose les enfants chez sa sœur et file vers l’établissement privé, accompagné de son époux Jean-Pierre. Le protocole a changé, ils vont être testés. En attendant les résultats, une sage-femme vérifie le cœur du bébé et l’ausculte rapidement : «Elle m’a dit que je n’étais pas en travail.» Puis, la nouvelle tombe ; Aurélie est positive à la Covid-19 : «Je suis submergée par une onde de panique. Je n’arrive pas à y croire, j’ai pris toutes les précautions…» Ce qui se passe ensuite, elle ne l’oubliera jamais : «C’est le côté inhumain. On m’a mise à la porte dans mon état : merci, au revoir et n’oubliez pas de passer à la caisse.» On lui conseille de se diriger vers une autre clinique. Contacté, l’établissement fait savoir qu’il faut un rendez-vous.

 

Une panne. Aurélie se remet en question : «Suis-je vraiment en train d’accoucher ?» Dans sa tête, tout se bouscule, s’entrechoque : «On décide de rentrer, la sage-femme a été claire.» Et là, la voiture tombe en panne : «Il pleut à verse. Je m’inquiète pour bébé. J’ai peur. Mais je pense que c’était un signe de Dieu.» Un voisin vient les dépanner et lance : «Allons à l’hôpital, on ne sait jamais.» Aurélie, fébrile, se laisse porter mais l’angoisse, elle la ressent dans chaque fibre de son corps : «Je ne suis jamais allée à l’hôpital pour me faire soigner et avec tout ce qu’on entend...»

 

Une bénédiction. La prise en charge à l’hôpital Jeetoo est rapide et bienveillante, raconte-t-elle : «Je suis positive mais on ne me traite pas comme une pestiférée. C’est une vraie chaîne d’humanité et de solidarité qui se met en place. Au cours des prochaines heures, il y aura tellement de gentilles attentions…» À l’isolation ward, elle rencontre Mehzabeen qui vient aussi de vivre des heures difficiles (voir ci-dessous) : «J’apprends que je suis dilatée à 3 cm. Le travail a déjà commencé.» Dans cette «jolie chambre», elle est traitée comme «une reine» : «Ce sont des anges. Tout est fait avec professionnalisme et chaleur.»

 

L’arrivée de Maritza. Au petit matin, la princesse arrive trop vite : «J’étais en route pour la salle de travail et j’ai accouché dans le fauteuil roulant !» Un moment surréaliste pour Aurélie mais elle est immédiatement entourée, cajolée : «Ces personnes, ce sont des amours !»

 

La rencontre. Maritza, qui n’est pas tout à fait à terme, file en couveuse. Il faudra qu’Aurélie patiente 48 heures : «C’était vraiment difficile. Je me sentais perdue. Je n’avais pas mon enfant, mon mari. J’ai même craqué, j’ai pleuré. Trop d’émotions, trop de stress...» Afin que Maritza, négative à la Covid-19, puisse rentrer à la maison, c’est Jean-Pierre, négatif aussi, qui doit la récupérer. Quand il la lui présente, c’est un moment d’émotions : «De voir mon mari enfin, avec ma fille, comme si c’était lui qui avait accouché, c’était un sentiment inexplicable. Je me suis sentie enfin complète…»

 

De retour à la maison. Avec ses enfants, Aurélie est en isolement depuis son retour à la maison. Les quatre frères et sœurs, raconte-t-elle, sont «en amour» devant la petite dernière. La jeune femme suit les règles pour allaiter et s’occuper de son bébé : «Port du masque et utilisation de sanitizer.»

 

Mehzabeen Ramjan de Pailles : «J’ai vraiment eu peur de perdre mon enfant»

 

Une poche fissurée. Jeudi 9 septembre, Mehzabeen, maman d’une petite de 4 ans et enceinte, se réveille avec une drôle de sensation : elle a perdu son mucus plug mais ne panique pas. Le lendemain, la jeune femme constate «une perte» : «Aux petites heures du matin, samedi, j’ai ressenti quelques contractions fortes. Ce qui m’a poussée à aller en clinique.» Son gynécologue confirme que la poche a une «petite fuite» et lui propose d’attendre ou de pratiquer une césarienne : «J’ai préféré ne pas attendre. Pour ma fille, j’ai fait une césarienne en urgence après 20 heures de travail.»

 

Un problème ? Pour l’admission, un test antigénique est nécessaire. Mehzabeen est positive, lui annonce-t-on, sans ménagement. Elle doit se diriger vers un autre établissement : «Ils m’ont demandé de partir sans même m’aider. Mais pas sans oublier de préciser qu’il fallait passer à la caisse.» La jeune femme, testée positive à nouveau dans l’autre clinique,  contacte son médecin qui lui dit de rentrer, de faire un test PCR dans sept jours… Alors qu’elle a des contractions et que sa poche est fissurée : «Je ne sais pas comment je fais face mais j’écoute, je fais confiance.»

 

Un deuxième avis. Dans la nuit de samedi, les contractions sont de plus en plus intenses. Mehzabeen contacte un autre médecin qui se demande pourquoi elle n’a pas reçu des antibiotiques : «Il y avait des risques d’infection pour bébé.» Son mari essaie de la faire admettre dans un des deux établissements privés, sans succès. Plus tard, un docteur chargé du suivi des personnes positives à la Covid-19 l’appelle. Elle lui raconte la situation, il en comprend la gravité et fait venir une ambulance, direction Jeetoo : «J’ai vraiment eu peur de perdre mon enfant.»

 

Bébé arrive. À l’hôpital, Mehzabeen est vite prise en charge : «C’est un service VIP. Tout le monde est gentil. On croit que les gens à l’hôpital sont des sauvages, ce n’est absolument pas le cas.» Au matin du lundi 13 septembre, bébé arrive sans césarienne : «C’était une vraie fierté pour moi.» Et 24 heures plus tard, Mehzabeen peut enfin le ramener à la maison : «Attendre de le voir, de savoir qu’il allait bien, c’était une vraie torture. Mais j’ai tenu bon et quand j’ai pu le tenir dans mes bras, c’était un réel soulagement. Au final, c’est Dieu qui décide de tout.» Le retour à la maison s’est fait sans heurt et Mehzabeen, qui a désormais une peur bleue de la Covid-19, s’isole avec sa famille, tout en cherchant le prénom de son fils.

 


 

Le directeur de la clinique  : «On ne demande à personne de s’en aller»

 

Contacté, le responsable a fourni l’explication suivante : «On ne demande à personne de s’en aller ! On les transfère vers une clinique qui a le matériel et la structure nécessaires – des respirateurs et des lieux isolés – en cas de décompensation du patient positif. On ne peut pas prendre de risque.» Si la patiente est sur le point d’accoucher, précise-t-il, elle sera prise en charge : «Si le risque du transfert est plus important que la Covid-19…» Concernant le cas d’Aurélie Fleurie, il a avancé que «3 cm de dilatation, c’est peu».

 


 

Au 8924  : Un coup de fil à la hotline de la Covid-19 et une doctoresse explique : «Tous les traitements des personnes positives à la Covid-19 se font à l’hôpital, même les accouchements.»