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Emilie Duval : «On doit tous, que ce soit l’Église catholique ou autre, se sentir concernés par les abus sexuels sur mineurs»

Le cardinal Piat a présenté, le mercredi 13 mars, un protocole diocésain indiquant les procédures à suivre par toute personne en présence d’allégation d’abus sexuels sur mineurs par des personnes en responsabilité auprès de ces derniers. Emilie Duval, docteure en psychologie clinique et responsable de l’Équipe de Discipline en Psychologie, qui a travaillé sur le document, nous en dit plus.

Quelle est l’importance d’un protocole diocésain indiquant les procédures à suivre par toute personne en présence d’allégation d’abus sexuels sur mineurs par des personnes en responsabilité auprès de ces derniers ?

 

Je pense qu’avec tout ce qu’on voit et entend sur le plan international, il est grand temps que l’Église catholique prenne position. Ce qui est intéressant, c’est que, depuis 2012, au niveau du diocèse de Port-Louis, on a commencé à se réunir et à réfléchir à la question. Comme monseigneur le souligne, c’est une question qui a longtemps été taboue, qui a longtemps été étouffée. Nous voyons et nous sommes très peinés de la souffrance des victimes aujourd’hui. Cette semaine encore, il y a eu la condamnation d’un prêtre impliqué dans une affaire, quelqu’un de très haut placé.

 

Sur le plan international encore, nous avons aussi entendu une victime qui est morte par overdose et une autre qui est en grande difficulté. Nous sommes vraiment dans l’empathie pour elles. Il est clair qu’il est important, non seulement d’avoir des procédures, mais aussi une manière d’être dans l’Église qui est celle d’être auprès des victimes, de les écouter, de les inviter à parler et à libérer la parole et le silence qui entourent souvent ces agressions sexuelles. Il y a aussi les lignes de conduite, c’est-à-dire d’inviter tout adulte qui travaille avec les mineurs à avoir un code d’éthique, une charte de déontologie, à s’engager, être respectueux du mineur, pour qu’il puisse être protégé et respecté quand il est dans les instances de l’Église.

 

Vous êtes en contact avec les jeunes. Comment réagissent-ils lorsqu’ils entendent ce qui a été mis en place ?

 

Le samedi 16 mars, nous avons présenté ce protocole aux responsables. Les jeunes sont heureux de voir qu’on est soucieux de leur bien-être, qu’on est soucieux qu’ils se sentent en sécurité et protégés, et qu’il y a une place où ils peuvent venir parler, dire et être écoutés et entendus par rapport à ce qu’ils vivent. Je pense que ça peut créer un soulagement. Souvent, il y a aussi de la colère envers l’Église de ne pas avoir pu protéger ceux qui ont vécu des traumatismes. On peut aussi entendre tout le ressenti qu’il y a autour de cette question.

 

Ce protocole s’accompagne aussi d’un volet formation. Pouvez-vous nous en dire plus ?

 

Un expert, le père Stephan Joulain, viendra en juin pour deux semaines. Il a beaucoup travaillé en Afrique et il est aussi psychologue et counsellor. Il va intervenir sur diverses sessions de sensibilisation avec différents publics. On va mettre l’accent sur les conséquences des abus sexuels sur les victimes pour essayer de faire qu’on puisse être dans l’empathie des victimes mais aussi pour nous éclairer sur le profil des pédophiles, sur les soins, sur la question du pardon et de la guérison. Ce sera un premier volet. Après la présentation du protocole, nous aimerions revoir les différents groupes pour qu’il y ait un suivi et qu’on puisse cheminer avec eux.

 

Le cardinal l’a dit : ces cas d’abus sexuels ont donné une mauvaise image à l’Église. Pensez-vous pouvoir changer cette façon de penser ?

 

Nous espérons que des actions de ce genre viendront montrer la volonté de l’Église catholique à Maurice de traiter la question d’allégation d’abus sexuels impliquant des personnes qui sont en responsabilité auprès des mineurs, de la prendre au sérieux et d’être auprès des victimes, de voir comment on peut les aider, de briser le silence. En publiant et en travaillant autour de ces protocoles, nous montrons notre volonté de pouvoir traiter cette question et d’être auprès des victimes. C’est notre souci premier.

 

Dites-nous en plus sur votre contribution à l’élaboration de ce protocole…

 

En tant que psychologue, j’ai été appelée à contribuer autour de la sensibilisation. À voir aussi, dans un premier temps, qui on ferait venir et comment et sous quelle forme faire les sessions de formation et avec quel contenu pour chaque public. Avec ma formation de psychologue, j’ai aussi pensé à la façon de mettre en route des accompagnements pour les victimes et les proches, d’aider une victime à parler, à ne pas bloquer la parole. On réfléchit aussi à comment outiller les parents. Ils sont les premiers éducateurs des enfants. Et faire en sorte qu’ils puissent être avec leurs enfants, leur donner sécurité et protection, et reconnaître des signes si un de leurs enfants est victime d’un abus sexuel.

 

Les abus sexuels sur mineurs touchent toutes les communautés et je pense qu’on doit tous, que ce soit l’Église catholique ou autre, se sentir concernés par ce problème. Il faudrait donner des lieux d’écoute gratuits et disponibles, dans les hôpitaux, les dispensaires, pour pouvoir écouter les gens en souffrance.

 


 

Le Cardinal Maurice Piat : «Je suis horrifié par les immenses souffrances infligées par des prêtres à des victimes mineures»

 

 

Lors de la conférence de presse, le mercredi 13 mars, pour présenter le protocole indiquant les procédures à suivre par toute personne se trouvant en présence d’une allégation d’abus sexuels impliquant les personnes en responsabilité auprès des mineurs, le cardinal Maurice Piat s’est dit très concerné par tous les cas qu’on entend. «Au moment où je vous présente ce protocole, je dois vous dire que personnellement, je suis meurtri, horrifié. Il n’y a pas de mot assez fort pour le dire. Je suis horrifié par les immenses souffrances, les blessures profondes infligées par des prêtres à des victimes mineures innocentes dont la vie est brisée, par la façon dont des responsables de l’Église ont caché, couvert, un abus. C’est comme si, parmi ceux qui s’étaient engagés à être de bons bergers, certains sont devenus des loups ravageurs. Je suis triste devant la perte de confiance envers les prêtres et les responsables d’Église que tout cela a entraînée», a-t-il déclaré.

 

Il était entouré de l’équipe de rédaction qui a rédigé le protocole : Emilie Rivet (responsable de l’Équipe de Discipline en Psychologie, ICJM), le père Georgy Kenny (spécialiste de la loi de l’église) et le père Hériberto Cabrera (responsable de la pastorale des jeunes dans le diocèse de Port-Louis). Ce protocole exprime l’engagement de l’Église à faire la vérité et à assurer la justice lorsqu’intervient une allégation d’abus sexuel sur mineur. Cette démarche implique que les personnes victimes d’abus ainsi que les personnes mises en cause soient respectées dans leur dignité.