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Elles ont 3 et 9 ans : la tragique histoire de deux soeurs agressées sexuellement

Jean Marc Perrine et son cousin Cliff Richard Perrine ont participé à une reconstitution des faits le 3 juillet.

Après l’agression sexuelle et le meurtre de la petite Éléana Gentil à Résidence Anoska, il y a quelques années, cette localité se retrouve à nouveau sous le feu des projecteurs pour une autre grave affaire de mœurs. Cette fois-ci, deux cousins, âgés de 36 et 47 ans, ont été arrêtés après l’agression sexuelle de deux sœurs de 3 et 9 ans. La mère des petites a aussi été arrêtée pour maltraitance sur ses enfants et pour les avoir exposés au danger. Voilà un drame à multiples facettes, qui suscite encore une fois un choc terrible, de même que de la colère et de l’incompréhension. Retour sur cette sordide histoire où deux fillettes ont vu leur innocence être brisée de la plus terrible des manières, avec des séquelles qu’elles devront porter toute leur vie. 

Elle déguste avec appétit la chair sucrée et parfumée de la mandarine que lui donne son père Pierre*. À la voir assise tranquillement sur les genoux de ce dernier, on ne devinerait pas que, quelques jours plus tôt, la petite Sarah*, 3 ans, a subi un très profond traumatisme qui risque d’avoir de graves répercussions sur toute sa vie. Elle a été victime d’une agression sexuelle, le dimanche 28 juin, dont l’auteur serait un homme de 36 ans. Les derniers jours ont été terribles pour la fillette mais, pour l’heure, elle semble aux anges en compagnie de son papa qui en profite également pour jouer avec son fils de 5 ans, Logan*. C’est l’heure des visites à l’hôpital de Rose-Belle, en ce mercredi 1er juillet.

 

Pendant ce temps-là, la maman des deux enfants, Sonia*, 29 ans, est allée aux toilettes sous l’œil attentif de la policière qui fait le guet devant l’entrée d’une petite pièce à l’intérieur de la salle pédiatrique, où est admise la fillette, en compagnie de sa mère et de son petit frère. Quelques secondes plus tard, deux officiers du ministère de l’Égalité du genre débarquent pour interroger Sonia sous le regard curieux des autres visiteurs se trouvant à la salle pédiatrique. Cette exercice dure plus d’une heure.

 

Ces deux officiers de l’Alternative Care Unit (ACU) sont venus interroger la jeune femme parce qu’elle fait l’objet d’une enquête pour maltraitance envers ses enfants après l’agression sexuelle de la petite Sarah mais aussi de sa grande soeur Jenny*, 9 ans. Elle leur raconte la même chose que ce qu’elle a raconté à la police le soir du dimanche 28 juin. Que ce jour-là, alors qu’elle était chez une amie à Résidence Anoska, où elle vit depuis quelques jours, elle a constaté, en se réveillant vers 15h30, que sa fille Sarah saignait des parties intimes. Cette dernière avait visiblement été abusée sexuellement, dit-elle. La petite de 3 ans a alors été emmenée d’urgence à l’hôpital de Rose-Belle où elle a été examinée par les médecins sur place, puis par le Dr Monvoisin, Principal Police Medical Officer. Elle a, depuis, subi deux interventions chirurgicales.

 

Horreurs

 

Dans sa déposition, Sonia a incriminé un dénommé Cliff Richard Perrine, un récidiviste de 36 ans, qui habite une maison voisine de celle de son amie. Le suspect a été arrêté le lendemain et a comparu devant le tribunal de Curepipe où il a été provisoirement inculpé de causing child to be sexually abused. Il a ensuite été conduit en cellule policière car la police a objecté à sa remise en liberté sous caution. Il nie cependant toute implication dans cette sordide affaire qui frappe à nouveau Résidence Anoska après celle de la petite Éléana Gentil, agressée sexuellement et assassinée il y a quelques années. Mais dans la présente histoire, les enquêteurs ne sont pas au bout de leurs peines. Car plus ils enquêtent, plus ils trouvent des horreurs.

 

Après avoir récolté des informations accablantes sur Sonia, les deux officiers de l’ACU venus l’interroger à l’hôpital sollicitent l’aide de la Brigade des mineurs pour se rendre à Chemin-Grenier, chez sa soeur Brenda*, avec un Emergency Protection Order. Sur place, ils récupèrent les deux filles aînées de Sonia, âgées de 12 et 9 ans, et les conduisent à l’hôpital de Candos où elles sont examinées avant d’être admises. L’un des deux officiers de l’ACU interroge longuement la fillette de 9 ans qui lui fait alors une terrible révélation : elle a, elle aussi, été abusée sexuellement quelques semaines plus tôt par un dénommé Motanna, alors qu’elle était à Résidence Anoska avec sa mère. Cette dernière, poursuit-elle, était absente de la maison ce soir-là car elle était partie faire la fête. Le Motanna en question, de son vrai nom Jean Marc Perrine, 47 ans, est le cousin de l’autre suspect Cliff Richard Perrine. Arrêté le mardi 30 juin, il est également accusé provisoirement de causing child to be sexually abused. Il reste en détention policière pour l’instant et ne nie pas les faits.

 

La fillette de 9 ans fait aussi d’autres révélation à l’officier de l’ACU : sa mère, affirme-t-elle, est toujours ivre et, souvent, elle ne lui donne pas à manger. Des accusations que récuse Sonia lorsque nous arrivons finalement à lui parler le matin du vendredi 3 juillet : «Mo pa kone kifer mo tifi inn dir sa me manti sa. Monn touzour okip zot bien. Mo ti pe travay dan enn kompani fer waterproofing. Mo osi gagn kas pansion pou mo de gran tifi parski zot papa inn desede. Zordi mo leker fermal kan mo tann tousala.» Le même jour, dans l’après-midi, un rebondissement de taille est intervenu. La police a arrêté Sonia après que le personnel soignant de l’hôpital de Rose-Belle a autorisé la petite Sarah à quitter l’hôpital. Des officiers de la CDU ont aussitôt embarqué la petite fille et son frère, qui ont été, par la suite, placés dans un shelter. Leur mère a, elle, été conduite au bureau de la CID de Vacoas. Sur place, la police lui a fait comprendre qu’elle fait l’objet d’une enquête et sera inculpée sous deux accusations provisoires : exposing child to harm et child ill treatment. Elle a choisi de donner sa version en présence d’un avocat. Elle a ensuite été placée en détention.

 

Son compagnon Pierre semble bouleversé par la tournure des événements. «Fer six an nou ansam. Zame mo pann trouv li maltret bann zanfan-la. Mo pa kone kinn pas dan latet so tifi pou dir sa bann zafer-la», souligne le quadragénaire. Il explique que sa compagne a quitté leur domicile, à Floréal, quelques semaines avant le début du confinement : «Sonia avait une relation très tendue avec ma mère. C’est pour cette raison qu’elle est partie habiter chez son amie. Entre-temps, je cherchais une maison à louer pour nous. Mais notre situation s’est compliquée avec le confinement.» Aujourd’hui, Pierre regrette terriblement ce qui s’est passé. Il y a beaucoup de colère en lui : «Monn montre mo tifi foto Cliff.  Linn dir mwa dan so langaz ki li mem kinn fer li boubou. Tousala pa ti pou arive si mo ti resi gagn enn lakaz avan. Mo mari sagrin. Sak fwa mo ti pe dir Sonia pran pasians parski mo kone li ti pe viv dan difikilte. Zot ti pe dormi dan enn sel lasam. Monn gagn enn sok terib dimans kan monn aprann sa nouvel-la. Sel erer mo madam inn fer se al res kot so kamarad. Tro boukou dimounn vinn bwar laba. Mo bien sagrin seki finn ariv mo tifi ek lot tifi-la osi.»

 

Lorsque nous lui avions parlé vendredi matin, Sonia nous disait aussi regretter tout ce qui était arrivé à ses filles. Elle nous avait aussi confié que sa fille de 9 ans lui avait effectivement raconté sa mésaventure avec le dénommé Motanna mais qu’elle ignorait tous les détails de cette agression. «Li ti zis dir mwa ki Motanna ti pas lame ek li. Mo ti al get Motanna pou koze. Enn fami ti ek mwa sa zour-la. Mo ti tap li enn klak tou me monn per kan linn koumans menas mwa. Kot so kouzinn mem ki mo ti pe reste. Li osi li res dan site. Fode inn ariv problem ek mo tipti tifi pou monn kone kinn ariv mo lot tifi-la vremem.»

 

Bon Samaritain

 

L’amie chez qui elle habitait et chez qui ses deux filles ont été agressées sexuellement dit, quant à elle, qu’elle ignorait que tout cela était arrivé. Elle affirme qu’elle n’a fait que jouer au bon Samaritain en hébergeant une amie et ses enfants. Aujourd’hui, elle aussi semble nager en pleine incompréhension, d’autant que les deux accusés sont de sa famille. «Comment mes deux cousins ont pu faire une chose pareille sur ces deux enfants ?» se demande-t-elle. Sa tante Claudette, la mère de Cliff Perrine – l’agresseur présumé de Sarah –, défend, elle, son fils bec et ongles. «Motanna inn dakor linn fer kitsoz ki pa bizin ek tifi 9 an-la me mo garson li inosan. Akoz sa mem li pe deny dan sa case-la», lâche avec conviction cette dame de 57 ans.

 

Elle concède que son fils n’est pas un enfant de chœur mais avance qu’il n’a absolument rien à voir avec cette sordide affaire. «Ce jour-là, mon fils a participé à une partie de beuverie avec des amis. Ensuite, il s’est rendu chez sa cousine pour continuer la fête. Sur place, il a donné l’alerte en remarquant que la petite fille saignait. La mère de la fillette était également ivre à ce moment-là. Mon fils est alors sorti de la maison pour trouver de l’aide. Ce n’est que le lendemain, en allant chercher une cigarette, qu’il a su qu’il était recherché pour l’agression sexuelle de l'enfant», soutient Claudette.

 

Les cousins Cliff Richard Perrine et Jean Marc Perrine ont participé à une reconstitution des faits sous tension, le 3 juillet, à Résidence Anoska. Même s’il nie les faits, le premier nommé a dû se soumettre à cet exercice car la mère de Sarah l’incrimine pour l’agression de la fillette de 3 ans. Quant à Motanna, il a expliqué comment il a agressé la fille de 9 ans alors qu’il était sous l'influence de l’alcool. La reconstitution des faits s’est aussi déroulée en présence de deux témoins importants dont l’amie chez qui habitait la mère des deux fillettes. La police poursuit son enquête pendant qu’un vent d’indignation, de révolte et d’incompréhension continue à souffler sur Résidence Anoska et sur toute l’île Maurice face à cette terrible histoire où deux petites filles d’une même famille ont subi de terribles traumatismes physiques et psychiques qui les marqueront à jamais.

 


 

Christiane Valery, psychothérapeute : «C’est la mort psychologique de l’enfant»

 

Les enfants victimes d’agression sexuelle font généralement face à des conséquences psychologiques immédiates et à long terme. «C’est la mort psychologique de l’enfant. C’est comme prendre un fusil et le tuer. C’est une blessure qui peut difficilement être pansée», souligne Christiane Valery, psychothérapeute, faisant référence au cas d’une victime qui n’a été libérée de ce poids qu’à 80 ans. Elle cite aussi le Dr Fernande Amblard, auteure du livre Panser l’impensable qui explique qu’une agression sexuelle «empêche toute croissance affective. Elle bloque la scolarité et la créativité de l’enfant. La violence se réactualise dans chacune de ses relations avec le monde extérieur. Ce qui lui est arrivé lui colle à la peau, au coeur et à l’âme. L’enfant a l’impression que le mal est entré en lui et se sent responsable de ce qui lui est arrivé». La psychothérapeute indique que, pour accompagner un enfant ayant été victime de tels sévices, un parent doit savoir «reconnaître l’état de la victime. Lorsqu’elle souffre, il faut lui dire qu’on voit qu’elle a mal. Il faut savoir accepter ce qu’elle a traversé sans ajouter ou diminuer la gravité de l’acte, et  aussi valider ce qu’elle a subi. Un enfant peut se sentir apaisé lorsqu’on le comprend». Selon Christiane Valery, il ne faut pas hésiter à faire accompagner l’enfant par un professionnel.

 


 

Rita Venkatasawmy, Ombudsperson pour les enfants : «C’est une enquête difficile»

 

Chaude et complexe. Voilà comment Rita Venkatasawmy résume l’enquête que mène son bureau à Résidence Anoska après l’agression sexuelle de deux sœurs. «C’est une enquête difficile. Les policiers mènent également une enquête très complexe car ce qui s’est passé là-bas est très grave. Je vais m’abstenir de faire d’autres commentaires à ce sujet pour ne pas pervertir toutes les enquêtes en cours. La seule chose que je peux vous dire, c'est que le nombre d’agressions sexuelles sur des enfants augmente. C’est un problème mondial. Notre pays n’est pas épargné. C’est vraiment dommage de constater que des adultes se tournent vers des enfants pour vivre leur sexualité», souligne l’Ombudsperson pour les enfants.