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Décès tragique de Dia Dookhit | Ses parents : «Nous voulons connaître la vérité…»

Soobhan et Soobita sont désemparés depuis la mort de leur fille.

Reshma Devi Dookhit, plus connue comme Dia, a décidé d’en finir avec la vie à 26 ans. Une histoire dont se sont emparés les internautes et qui fait le buzz sur les réseaux sociaux depuis une semaine. Une tragédie qui a dépassé le cadre intime pour atterrir sur la place publique avec, d’un côté, les parents de la jeune femme qui veulent absolument que la vérité soit connue, et de l’autre, le petit ami qui, tenu pour responsable par beaucoup du geste de désespoir de Dia et lynché violemment par des Facebookers, compte porter plainte contre ceux qui le menacent et qui l’insultent.

Soobhan et Soobita Dookhit ont choisi de parler. Pour dire leur désespoir. Pour réclamer vérité et justice. Et aussi pour éviter que d’autres familles n’ont à vivre ce genre de drame. Leur histoire et celle de leur fille Dia, 26 ans, sont terriblement tristes, comme toutes celles où une personne décide d’en finir avec la vie. Mais si, d’ordinaire notre journal ne traite pas des suicides, cette fois-ci, nous avons jugé nécessaire de le faire car celui de Dia dépasse largement le cadre d’une tragédie intime et isolée avec deux familles qui veulent avoir recours à la justice, tout en démontrant à quel point les réseaux sociaux peuvent de nos jours changer la donne.

 

Les internautes se sont emparés de ce drame, certains n’hésitant pas à blâmer lourdement le petit ami de Dia pour ce qu’elle a fait, jusqu’à ce que celui-ci, croulant sous les insultes et les menaces, décide de porter plainte à la police. Alors que les parents de la jeune femme, eux, cherchent à savoir toute la vérité sur cet acte de désespoir, se demandant si le futur fiancé n’a pas une part de responsabilité là-dedans.

 

Car Dia s’est donné la mort, le lundi 11 mars à Gris-Gris, la veille de ses fiançailles avec Soraj Urjoon, un habitant de Rose-Belle. Tout était prêt pour ce grand événement qui devait se tenir chez la famille Dookhit à Goodlands, le 12 mars. Mais, un problème a surgi entre les deux jeunes gens, atteignant son paroxysme en ce lundi fatidique. Ce matin-là, selon les parents de Dia, Soraj aurait fait savoir à celle-ci qu’il ne voulait plus aller de l’avant avec les fiançailles. La jeune femme a aussitôt pris sa voiture pour se rendre chez lui mais là-bas, les choses ne se sont pas arrangées. Elle a alors quitté les lieux pour se rendre à Gris-Gris et commettre l’irréparable.

 

«Dia aimait éperdument ce garçon. Nous pensons que tout était normal entre eux malgré des petites discussions. Elle s’était personnellement occupée de la décoration et d’autres affaires importantes pour ses fiançailles. Ses dernières paroles au téléphone ont été que son petit ami ne voulait plus se fiancer et qu’il fallait tout annuler et renvoyer l’événement à une date ultérieure», confie Soobita, en larmes.

 

Soraj, de son côté, se défend d’être responsable du geste tragique de Dia. Il explique, dans une vidéo réalisée par le journal en ligne Sunday Times, que ce n’est pas lui qui a rompu les fiançailles. «Elle n’était pas happy», dit-il. Soraj a produit un screenshot des messages échangés avec la jeune femme pour soutenir ses propos. Il dit regretter d’être accusé à tort et insiste également qu’il n’est pas question de blâmer sa bien-aimée pour quoi que ce soit, même s’il ne comprend pas les raisons qui l’ont conduite à commettre l’impensable. Il affirme qu’il aimait Dia et qu’elle laisse un grand vide dans sa vie.

 

Soraj tient aussi à préciser, dans la vidéo, qu’il ne connaissait rien des intentions de Dia au moment où elle est partie de chez lui ce jour-là et que c’est une de ses amies qui l’a appelé plus tard pour lui dire ce que celle-ci avait l’intention de faire. Il a alors, à son tour, téléphoné à la maman de Dia pour la prévenir et a envoyé des messages à cette dernière pour essayer de la dissuader de commettre l’irréparable.

 

«So latet mari fatige»

 

Mais face aux réactions violentes des internautes à son égard après cette vidéo, Soraj a décidé de ne plus parler à la presse et de porter plainte contre ceux qui l’insultent et le menacent. Un de ses oncles explique : «So latet mari fatige ek sa zafer-la. Enn-ta dimounn pe maltret li. Ena dimounn ki pe menas li tou. Li pe mari per pou so sekirite. Li pe fer screenshot ar tou sa bann mesaz menas-la avan li al donn depozision lapolis. Dimounn kapav dir seki zot anvi, me mo neve-la ti bien kontan sa tifi-la. Nou fami net ti bien kontan li. Seki finn arive bien tris. Nou bien sagrin pou Dia ek so fami.»

 

La famille de Dia de son côté est plus que jamais décidée à connaître la vérité sur sa mort. Son père Soobhan témoigne, la voix brisée par l’émotion : «Je crois que je ne serai jamais complètement en paix avec cette histoire, tout comme mon épouse Soobita et ma fille aînée. Nous n’allons jamais retrouver une vie normale. Il y aura toujours un grand vide. C’est pour cela que nous allons nous battre. Nous voulons connaître la vérité. Son amoureux a-t-il une responsabilité là-dedans ?»

 

Soobhan reste digne en parlant de sa fille cadette mais sa voix est empreinte d’une profonde tristesse. Son cœur fragile, dit-il, a failli lâcher lorsqu’il a appris la terrible nouvelle. Son épouse Soobita, elle, est très remontée et remplie d’amertume. Elle ne compte pas rester les bras croisés malgré sa grande souffrance. «Nous allons saisir la justice pour avoir le contenu des derniers appels et messages échangés entre notre fille et son amoureux avant de décider de la marche à suivre», lâche-t-elle.

 

Car, au-delà de ce que ses parents savent, Dia est partie avec un lourd secret qu’il s’agit maintenant de découvrir. Elle n’a pas laissé de lettre. Il n’y avait pas d’indices, disent les Dookhit, qu’elle était suicidaire. «C’est difficile à accepter, nous n’avons pas pu l’aider ou l’écouter. Nous allons peut-être passer le reste de notre vie à essayer de comprendre son geste», regrette sa mère qui lui a pourtant parlé quelques secondes avant son geste. «Je chercherai toujours à comprendre pourquoi Dia a fait cela alors qu’elle était une fille forte et très ambitieuse», ajoute son père.

 

Dia incarnait effectivement la jeune femme moderne, bien de son temps. Elle avait un travail stable, sa propre voiture et était indépendante. C’était, selon ses parents, une fille brillante qui avait toujours eu de bonnes notes au collège et à l’université. Diplômée en Business Management, elle travaillait à la National Insurance Company (NIC) depuis cinq ans. D’abord comme Customer Service Representative, avant d’être promue Senior Customer Service Representative à la succursale de Goodlands.

 

Ses parents expliquent qu’elle avait connu Soraj, qui travaille dans la  comptabilité à Ébène, via Facebook, il y a deux ans. Puis, ils sont tombés amoureux. «Zot ti pe zwen tou le samdi», souligne Soobhan. Le 18 avril 2018, ils avaient organisé une rencontre entre leurs familles respectives. Ils comptaient se marier le 26 juillet 2020, après leurs fiançailles le 12 mars 2019. Mais leur bonheur s’est transformé en tragédie.

 

Beaucoup ont tenu à rendre un vibrant hommage à Dia, à l’instar de ses collègues. «C’est avec une grande tristesse que nous avons appris le décès tragique de Reshma, le 11 mars. Nous avons observé une minute de silence en sa mémoire ce jour-là. Elle était une employée dévouée et très appliquée. Nous gardons d’elle le souvenir d’une collègue souriante, enthousiaste, serviable et aimable. Elle était également intègre et efficace», nous confie la responsable des Ressources humaines de la NIC.

 

Dia était vue comme une jeune femme talentueuse et une magnifique personne. Malheureusement, elle a décidé de mettre fin à sa vie. La police a ouvert une enquête qui devrait se poursuivre par une enquête judiciaire pour situer les responsabilités dans cette affaire. La famille de Dia, elle, lance un ultime appel. «Nous souhaitons que Dia devienne un exemple. Si tu ne vas pas bien, il faut demander de l’aide», martèle sa mère. Afin que ce drame ne soit pas arrivé en vain.

 


 

José Emilien, président de Befrienders : «Il est important de se confier»

 

Le suicide n’est jamais une option. José Emilien est catégorique à ce sujet. «Il y a toujours des solutions. Chacun peut aider à prévenir le suicide. Chaque cas est unique mais il est important de se confier sur le moment pour éloigner les pensées négatives.» Il y a, en moyenne, une soixantaine de suicides par an à Maurice, précise le président de Befrienders : «Une étude de l’OMS indique que deux personnes sur dix qui se sont suicidées n’avaient pas de tendances suicidaires. Il est important de ne jamais laisser une personne en détresse seule. Il faut la garder en ligne en attendant l’arrivée de la police, du SAMU ou des pompiers. J’en profite pour présenter mes sympathies à la famille de cette jeune fille.»