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Décès du champion de body-building Giovanni Bru : la tristesse des femmes de sa vie

Son frère Jason, sa compagne Kelly, sa mère Linda, sa grand-mère Suzanne et son père Charles l’ont toujours soutenu.

La mort est un adversaire impitoyable qui frappe souvent quand on ne l’attend pas. Cette semaine, elle a emporté le culturiste et champion du monde, Giovanni Bru, 32 ans, terrassé par un malaise cardiaque alors que, selon ses proches, il était en bonne santé. Depuis cette mort soudaine, le monde du culturisme est en deuil mais surtout sa famille, dont sa compagne Kelly, en fin de grossesse, et sa mère Linda, qui nous confient leur douleur, en plus de bien d’autres témoignages poignants d’autres proches.
 

Il était jeune, fort, populaire, héroïque même pour certains. Il avait remporté bien des victoires, vécu bien des expériences extraordinaires. Mais c’était surtout un jeune homme qui se préparait à vivre l’une des plus belles aventures dans la vie d’une personne : devenir parent. Eh oui, celui qui est devenu champion du monde junior de body-building WABBA de 2006, à l’âge de 19 ans, allait devenir papa d’une petite fille dans les jours à venir. Hélas, Giovanni Bru ne tiendra jamais son bébé dans ses bras comme il rêvait de le faire. Car le culturiste de 32 ans est décédé subitement le mercredi 11 mars des suites d’un malaise cardiaque. Laissant derrière lui une famille éplorée, notamment une maman Charge-Nurse à la Cardiac Unit de l’hôpital SSRN, qui regrette terriblement de n’avoir pu sauver son enfant, et une compagne désemparée qui ne sait pas comment accueillir la venue de son bébé dans la joie en l’absence de l’homme de sa vie.

 

Le visage marqué par le choc et un immense chagrin, son ventre arrondi pointant dans une robe verte, Kelly Bru fait peine à voir. Le bonheur qu’elle vivait il y a à peine quelques jours dans l’attente de la venue au monde de sa petite fille s’est transformé en cauchemar d’avoir perdu le père de celle-ci à jamais. «Giovanni était lui aussi très excité par la venue de leur bébé. Il visualisait même comment il allait prendre son enfant dans ses bras et on avait déjà choisi son prénom. C’est ensemble que nous avons préparé la chambre et le berceau de notre premier enfant», raconte Kelly avec toute la tristesse du monde dans la voix. Tout allait bien dans le meilleur des mondes jusqu’à ce fatidique 11 mars. «Ce matin-là, il s’est réveillé normalement et m’a parlé, tout en me caressant le ventre. Puis, il m’a dit qu’il allait nourrir ses chiens et voir sa mère qui habite au rez-de-chaussée. Un peu plus tard, on l’a retrouvé inconscient dans la cour. Comment aurais-je pu penser, quand il m’a quittée, qu’il allait partir de ce monde ? Il était trop jeune pour mourir et avait tellement de projets», confie la jeune femme.

 

Les deux se connaissent depuis très jeunes et ont tissé, au fil des années, des liens qui sont devenus très forts jusqu’à se transformer en amour. «Il y avait une grande complicité entre nous. Comme dans tous les couples, il y a des hauts et des bas mais Giovanni était toujours calme, même si, parfois, moi je m’emportais. Je n’arrive pas à réaliser qu’il n’est plus là. Chaque jour est douloureux pour moi et la naissance de notre enfant sera un moment très triste pour moi et toute la famille, alors que ça devait être une joie !»

 

Le jour du drame, Giovanni Bru, employé chez Cargo Handling, était effectivement dans la cour familiale à Roche-Bois pour nourrir ses chiens. Il en avait quatre et vouait une passion aux toutous tout comme aux chevaux. D’ailleurs, il était propriétaire du coursier Sentino au sein de l’écurie Vincent Allet, et rêvait de fouler un jour la piste du Champ-de-Mars pour accompagner son poulain en vainqueur. Selon sa mère Linda, il était convaincu que celui-ci allait triompher cette saison. Kelly confirme cette passion pour l’hippisme : «Il ne ratait jamais une journée de courses et prenait soin d’être toujours bien habillé. Il prenait plus de temps pour s’habiller que moi.»

 

Quand le corps de Giovanny a été découvert gisant inconscient dans la cour familiale, nul ne savait combien de temps il était resté inconscient au sol après avoir nourri ses chiens. «Tout de suite, je lui ai fait des massages cardiaques. On avait appelé le SAMU mais on a préféré le transporter nous-mêmes à l’hôpital pour aller plus vite. En chemin, je ne cessais de lui faire du bouche-à-bouche. Il était toujours vivant lorsqu’il a été pris en charge par le personnel soignant à l’hôpital Jeetoo. Quelques minutes après, le médecin nous a annoncé que Giovanni était sorti d’affaire mais lorsque nous sommes entrés dans la chambre pour le voir, il était mort», lance sa mère, la voix chargée d’émotion. Elle est terrassée par le chagrin mais aussi par les regrets car elle n’a pas pu le sauver. «En tant qu’infirmière, j’ai aidé plein de malades à aller mieux mais je n’ai pu sauver mon propre fils de la mort. Cela restera un grand regret, en plus de toute la tristesse de perdre un enfant.»

 

Désormais, elle n’entendra plus son fils la chercher en revenant à la maison. «À chaque fois qu’il rentrait, il demandait : “Kot mama ete ?” Soit il était heureux de me voir, soit il était triste que je ne sois pas là. Il était très attaché à sa famille et était toujours présent pour aider», confie Linda qui s’occupait aussi de l’alimentation spéciale dont avait besoin son culturiste de fils. Elle balaie en tout cas d’un revers de main les rumeurs selon lesquelles Giovanni aurait eu des problèmes de santé avant sa mort. «C’est faux ! Ce sont peut-être ces personnes-là qui ont besoin des soins de santé», rétorque cette mère de famille, remontée.

 

Giovanni Bru était tombé dans la marmite du culturisme dès son plus jeune âge. Dès 5 ans, il s’était mis en tête de devenir un champion de body-building après avoir assisté à la consécration de feu Rajen Sabapathee. Il s’est aussi essayé à l’athlétisme durant son adolescence en s’alignant aux courses de 200 mètres lors des compétitions inter-collèges, aux côtés de Stephan Buckland ou encore Jean Yann Degrace. Il fréquentait alors l’Adolphe de Plevitz SSS. Mais avoir de beaux muscles et un corps de colosse l’attirait encore plus. Et il n’a eu de cesse de se livrer à sa passion, collectionnant les titres les plus prestigieux dont celui de champion du monde junior de body-building et marquant le culturisme mauricien à jamais comme l’un des plus grands à Maurice dans le domaine. Ses amis culturistes comptent lui rendre hommage dans un proche avenir.

 

Entre-temps, ses funérailles ont eu lieu le jeudi 12 mars en présence de proches et d’amis anéantis et choqués par un si soudain départ. Giovanni Bru repose désormais en paix au cimetière de Bois- Marchand. Un héros national qui ne sera jamais oublié.

 


 

Jason Bru veut reprendre le flambeau de son frère

 

 

Le culturisme chez les Bru a encore des beaux jours devant lui. Cette discipline est une affaire de famille, puisque le Solo Barbell Gym est plus qu’un lieu de rencontre. Charles Bru, le père, était un habitué et supervisait les entraînements de son fils en compagnie de Marcelino (oncle du défunt), plus connu comme Solo. Jason Bru, le benjamin, s’y est tout naturellement mis lui aussi. À 26 ans, ce membre de la Special Mobile Force collectionne lui aussi les titres, notamment celui de Mr SMF, et vise le titre de Mr Mauritius. «Giovanni et moi étions très proches et il me poussait à bout lors des séances d’entraînement. Peut-être qu’il voyait mon potentiel et voulait que je m’entraîne plus dur. J’ai l’ambition d’être son digne successeur dans les concours. Il me disait qu’il n’était pas fait pour être runner-up», témoigne Jason. Giovanni, dit-il, avait comme projet sportif de viser d’autres titres mondiaux. Le petit frère accompagnait aussi souvent le grand frère au Champ-de-Mars. «Dès jeudi, il était plongé dans la chose et ce, jusqu’à samedi, et Dereck David était son jockey préféré. Les samedis, ni les autres jours d’ailleurs, ne seront plus jamais pareils», confie tristement celui qui est, lui, devenu papa deux semaines avant la mort de son frère aîné.

 


 

Goolam Cader Ally, un de ses entraîneurs : «Son nom ne sera jamais oublié»

 

 

Il fait partie de ceux qui ont eu le privilège d’entraîner Giovanni Bru. Goolam Cader Ally, dirigeant de la fédération national de body-building et directeur du Rockotton Gym, a côtoyé le sportif depuis l’enfance et parle de lui comme d’une légende qui ne sera jamais oublié dans le monde du sport.

 

Le coach de fitness résume Giovanni Bru en deux points : un garçon d’une grande gentillesse et un bosseur qui était à fond dans sa quête de perfection. «C’est le genre de personne avec qui vous n’aviez aucun souci. Giovanni était toujours sans reproche. Son départ est une grande perte pour la discipline et le pays, et son nom ne sera jamais oublié», lâche notre interlocuteur.

 

Le dirigeant se souvient du petit garçon de 5 ans qui montait sur scène en clôture de compétition. «Giovanni était la mascotte du body-building. C’est un garçon qui a appris à jongler avec les haltères depuis son enfance. Son oncle Marcelino Etiennette, le propriétaire du Solo Barbel Gym, l’emmenait souvent aux concours et le dernier spectacle était réservé à Giovanni. Il devait avoir 5 ans à l’époque et même s’il n’avait pas encore ce physique de bodybuilder, il régalait déjà l’assistance. C’est là que tout a commencé», se souvient Cader Ally.

 

Le jeune Giovanni fait ses premières armes sous la supervision de son oncle. Il fait aussi quelques essais en athlétisme mais reste toujours connecté à l’univers du culturisme. Il gravit les étapes sous la supervision de l’entraîneur Clifford Dantier. C’est avec ce dernier que Giovanni connaîtra son plus grand moment de gloire, en devenant le premier Mauricien à décrocher un titre de champion du monde en body-building. «Il a toujours été constant dans sa progression et a participé à de nombreuses compétitions locales et internationales. Il a décroché des titres de Mr Mauritius, Mr Indian Ocean, Mr Africa et a été classé parmi les finalistes de Mr World. Mais sa plus grande réussite reste son titre de Champion du monde junior de 2006.»

 

Sportif aguerri, Giovanni Bru captivait l’attention de tout le monde alors même qu’il n’était que junior. Son nom suffisait à remplir les salles lors des compétitions. En même temps, il suscitait l’admiration et la crainte parmi les culturistes les plus expérimentés de son temps. «C’est un athlète qui a pesé de tout son poids et qui a façonné le culturisme mauricien», déclare Cader Ally.

 

Avant de pousser son dernier souffle, Giovanni Bru pensait à sa reconversion. La légende du culturisme prenait des cours pour devenir coach de fitness et se lancer à son tour dans la formation et l’encadrement de futurs athlètes. Un rêve qu’il n’a pu réaliser.

 


 

Sponsor : un come-back en préparation

 

 

Main dans la main. L’athlète était parrainé durant quelques années par Universal Nutrition. Il pouvait ainsi bénéficier de produits nutritionnels pour l’aider à sculpter sa musculature. Sachin Sonah et sa compagne Christee, qui sont les représentants de la marque à Maurice, ont côtoyé pendant un bon bout de temps Giovanni Bru et gardent de lui de très bons souvenirs.

 

Leur aventure ensemble avait débuté dans les années 2000 et a culminé en la tenue de deux Universal Classics avec Giovanni comme vedette. Le champion, avancent nos interlocuteurs, projetait de remonter sur scène pour un nouveau show d’ici l’an prochain. Un plan de travail avait même été élaboré pour l’aider dans ce come-back. Mais le projet tombe aujourd’hui à l’eau. «Cela ne m’intéresse pas de monter ce projet avec un autre culturiste. On n’aura jamais un autre comme lui. Faut-il rappeler qu’à Maurice, il n’avait pas d’adversaire et était invaincu dans sa spécialité ? Il projetait de faire son come-back et nous étions emballés à l’idée de l’accompagner. C’était quelqu‘un de bien et qui était toujours à l’écoute», nous confie Sachin Sonah. 

 

Une relation professionnelle qui s’est vite transformée en amitié, comme le précise Christee Sonah, qui est aussi nutritionniste. «C’était quelqu’un de formidable et d’irréprochable. Un champion qui me disait toujours qu’il n’allait jamais terminer deuxième dans les compétitions. L’annonce de sa mort nous a causé un choc car on avait aussi des liens d’amitié. On ne s’est jamais disputés. Il m’a été d’une grande aide durant mes études car je lui prodiguais des conseils sur son alimentation. Cela me permettait de mettre en pratique ce que j’apprenais et de voir le résultat de visu. Ce n’est pas une perte seulement pour le culturisme mauricien mais aussi pour notre famille car on le considère comme un membre de la famille. Et ce sera difficile de trouver un autre culturiste de sa trempe.»

 


 

Ils témoignent…

 

Denis Douce, entraîneur de ju-jitsu : «On se connaît depuis une quinzaine d’années et c’est le genre de personne avec qui on s’habitue rapidement. Avec le temps, nous sommes devenus de bons amis. Il suivait son chemin en culturisme et moi, celui de jujitsuka, mais cela ne nous empêchait pas de partager nos expériences de sportifs. Giovanni était un bon vivant. Il avait une grande passion pour le body-building. C’était un athlète très courageux, qui travaillait très dur et faisait beaucoup de sacrifices. Il faisait partie de ces athlètes qui ont dédié leur vie au sport. Il nous a quittés beaucoup trop tôt.»

 

Richard Albert, président de la New Body Building Federation (NBBF) : «C’est une grande perte pour la famille du body-building. Giovanni était une personne très appréciée. Il avait ce charisme qu’on ne trouve que chez des gens vraiment exceptionnels. Je l’ai connu au moment où il s’entraînait avec Clifford Dantier. Il a remporté le concours Mr Mauritius toutes catégories alors qu’il était encore junior. Il est devenu champion du monde junior en 2006 et, la même année, a été le grand gagnant de la Gala Night que nous avions organisée au MGI. C’est un athlète qui avait beaucoup de qualités ; on n’en trouve pas beaucoup comme lui dans le sport. C’est une personne qui aimait partager ses expériences avec d’autres bodybuilders. D’ailleurs, il faisait la tournée des salles de gym afin d’aller à la rencontre des culturistes. Son départ nous a tous choqués et toutes nos pensées vont à sa famille».

 

Jimmy Raynald, culturiste : «C’est un ami et un grand athlète qui nous a quittés. Je l’ai connu alors qu’il était déjà au sommet de sa carrière et moi, un jeune débutant. En 2013, nous avons concouru ensemble et quand vous avez la chance de concourir à ses côtés, cela signifie que vous êtes bon. Giovanni avait toujours ce petit plus qui le plaçait toujours dans une catégorie à part. Il avait une grande connaissance du body-building. Il projetait de reprendre la compétition en 2021 et voulait concourir avec nous. De notre côté, nous étions impatients de nous mesurer à lui mais ce rêve ne se concrétisera jamais.»

 

Jeremie Albert Genave, culturiste : «Je n’ai jamais eu la chance de me mesurer à lui mais quel athlète ! C’était le meilleur bodybuilder du pays. Il a toujours été une motivation pour nous. Son parcours le place dans une dimension à part. Il a commencé très jeune et cela a beaucoup aidé à sa carrière. Il avait une grande expérience et était un fin observateur. D’un regard, il pouvait déceler vos défauts. J’avais souvent le trac quand j’étais en compétition car je savais qu’il m’observait. Quand vous captez l’attention de Giovanni Bru, vous savez que vous êtes un bon athlète. Je ne crois pas qu’il y aura un deuxième comme lui.»

 

Textes : Rehade Jhuboo et Qadeer Hoybun