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Couvre-feux, rationnement, tensions… : Étienne, 90 ans, raconte «letan lontan»

Il en a vécu des choses. Et des termes comme «couvre-feu» et «rationnement», ce n’est rien de nouveau pour Étienne, 90 ans. Cet habitant de Beau-Bassin fait un puissant bond en arrière et revient sur deux couvre-feux qu’il a vécus, à l’heure de la guerre, avant que Maurice ne devienne un pays indépendant, tout en s’excusant d’avance des éventuelles inexactitudes dans ses propos. Récit.

 

La Seconde Guerre mondiale : «Je pense que le couvre-feu, c’était plus du côté de Port-Louis. C’était tendu parce qu’on soupçonnait que des espions japonais se trouvaient chez nous, alors qu’on était une colonie anglaise. On nous disait de ne pas sortir dans la soirée mais il y avait toujours quelques vagabonds qui défiaient l’ordre. C’était aussi difficile de se ravitailler en cette période de guerre, avec le rationnement (voir plus bas). Il y avait des petits incidents, à Bell-Village et Abercrombie notamment, mais rien de plus, les militaires veillaient au grain. Je devais avoir 14 ans mais je me souviens d’avoir été impressionné par les patrouilles des militaires et de la police qui allaient vers Port-Louis à l’heure du couvre-feu. J’étais du côté de Rose-Hill et on avait pas mal de nouvelles de Port-Louis. Les gens parlaient beaucoup et les nouvelles n’étaient pas tout le temps vraies. Donc, parfois, on paniquait un peu en entendant des histoires de violence, etc. Le pire, c’est que, par la suite, nous avons eu des cyclones, ce qui a affecté encore plus le ravitaillement. Le peuple était à terre et affamé. C’étaient des temps très durs.»

 

Les tensions ethniques avant l’Indépendance : «Cette fois, c’était différent, même s’il était toujours question d’un couvre-feu qui ne vous autorisait pas à sortir de telle heure à telle heure. Je pense que c’était plus tendu avec ce que beaucoup appellent les bagarres raciales juste avant l’Indépendance. Nous étions vraiment dans un climat de peur. Je me rappelle des patrouilles des soldats noirs du King’s African Rifles, un bataillon composé d’Africains, qui assurait la sécurité dans les colonies d’alors. Ils étaient très intimidants mais cela n’arrêtait pas certaines têtes brûlées qui sortaient la nuit. Des fois, c’était le désordre ! Confinés chez eux, les gens aussi avaient peur parce qu’à l’époque, les nouvelles circulaient beaucoup de bouche à oreille, pas comme maintenant avec les réseaux sociaux.»

 

Le rationnement : «Avec le couvre-feu, est aussi venu le temps du rationnement. On avait donc notre carte de rationnement que l’on allait récupérer dans la boutique du coin et elle était valable uniquement dans cette boutique. Par la suite, certains se croyaient plus malins et allaient se rationner dans plusieurs boutiques mais dès que le talon de la carte était coupé pour la semaine, c’en était fait pour votre rationnement. On avait les denrées de base : riz, beurre, huile, grains secs. Et sur chaque carte de rationnement, il y avait les noms des membres de la famille pour savoir combien il fallait nous donner. Je me rappelle qu’en 1944/1945, le ravitaillement vers l’île se faisait de plus en plus difficilement avec la guerre. Du coup, à un moment donné, il n’y avait plus de riz sur l’île, on nous avait donné du maïs et même du manioc par la suite.»