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Conflit Ukraine-Russie : ces Mauriciens qui ont fui la guerre

Ils ont connu des moments difficiles en côtoyant de très près la guerre en Ukraine. Et après quelques épreuves, dont la traversée de la frontière pour rejoindre la Pologne, des compatriotes, maintenant en sécurité, se remettent de leurs émotions. Témoignages...

Des larmes ont coulé. Et l’émotion était palpable. C’est avec un grand soulagement que la famille de Comal Luchan, 27 ans, en dernière année de médecine dentaire, jusqu’à tout récemment, au Dnipro Medical Institute of Traditionnal and non-Traditionnal Medicine, l’a accueilli le dimanche 6 mars, quand il est rentré au pays après plusieurs jours à côtoyer de près la guerre et ses terribles bouleversements en Ukraine.

 

Devant cette triste et difficile réalité, le jeune homme n’a eu d'autre choix que de tout quitter derrière lui, en mettant ses projets entre parenthèses pour fuir cette guerre dont les images et les nouvelles rappellent, depuis le 24 février, la dangerosité de la situation dans le pays où il étudiait. «La première chose que j’ai voulu faire en rentrant, c’est de serrer les membres de ma famille dans mes bras et de partager un repas avec mes proches. Cela faisait longtemps que je n’avais pas vu mes parents et ces derniers jours étaient compliqués pour eux avec les choses qui se déroulent actuellement en Ukraine. C’est avec un grand soulagement que je suis rentré à Maurice», nous confie le jeune homme qui retrouve peu à peu une certaine sérénité après avoir connu des moments pénibles dont le fait d’avoir marché près de 40 km pour quitter l’Ukraine et rejoindre la Pologne d’où il a pu regagner notre île. «J'étais en danger, j’étais aussi habité par la peur. En situation de guerre, je pouvais me retrouver en difficulté à n'importe quel moment.»

 

Comme Comal Luchan, de nombreuses personnes, des Ukrainiens comme des étrangers, ont préféré quitter le pays où leur sécurité n'était plus assurée. «Il y avait de la frayeur à la frontière où j’attendais pour passer en Pologne. À tout moment, on peut être victime d’une attaque», lâche le jeune homme qui se remet de cette expérience. «Depuis que je suis rentré, j’ai volontairement pris un peu de recul avec ce qui se passe en Ukraine ; il me faut une coupure après avoir été au cœur du drame. Je n’ai pas trop envie d’y penser pour le moment mais, bien évidemment, je suis de tout cœur avec ce peuple qui souffre. J’ai des amis ukrainiens qui sont restés malgré les conditions parce qu’ils aiment leur pays. Pour l’instant, je ne suis pas trop l’actualité de la guerre parce que ça me rend très triste mais je n’oublie pas. Je ne vais jamais oublier.»

 

«Mo korek»

 

Avec ce qui se passe, l’avenir par rapport à ses études est compromis. «En quittant l’université, je n’ai pu entrer en contact avec un responsable. Je ne sais vraiment pas comment envisager la suite. Je suis un peu dans le flou.» Aujourd’hui, il espère bien profiter de sa famille. «Mes parents ont aussi vécu ces moments pénibles avec moi depuis le premier jour. Ils ont eu beaucoup d’inquiétude. Je me connectais à chaque heure pour leur dire le strict minimum. C’est-à-dire : ‘‘OK, mo korek.’’» Même si les choses ne semblent pas s’arranger, Comal garde espoir que cette guerre prenne vite fin. «Je n’arrive toujours pas à réaliser ce qui se passe. Je garde toujours espoir que je pourrai retourner en Ukraine, qu’une décision diplomatique sera prise», lâche-t-il, comme un cri du cœur.

 

Un autre Mauricien, Kevin Allagapen, qui a dû aussi fuir son pays d’adoption et qui avait interpellé les Mauriciens par rapport à la situation dans une vidéo postée sur les réseaux sociaux, se remet également de ces jours passés, bousculés par la guerre. «Nous sommes en sécurité en Pologne (NDLR : le lundi 7 mars) et nous attendons avec impatience d’être rapatriés à Maurice. Merci encore pour toutes vos prières car nous sommes la preuve vivante qu’une puissance divine nous a aidés pour échapper à ces situations de mort imminente. Continuez, s’il vous plaît, à prier. L’Ukraine et les gens qui y sont encore coincés en ont plus que jamais besoin. À bientôt à Maurice !» nous a déclaré notre compatriote. Selon des renseignements, à vendredi soir, Kevin Allagapen avait fait un test PCR et s’apprêtait, avec sa famille, à quitter la Pologne pour rentrer à Maurice. Son retour au pays était donc imminent. «Il était prévu qu’il arrive à Maurice ce dimanche», nous confie une source. D’autres Mauriciens partage aussi la réalité de Comal Luchan et Kevin Allagapen. D’après une source du ministère des Affaires étrangères, la famille Parfait, dont certains proches ont pu quitter l’Ukraine pour la Pologne, attend également le retour de ces derniers au pays.

 

Après les deux dernières semaines au rythme de l’actualité en Ukraine, entre inquiétude et peur, Raziah Heerah attend également impatiemment le retour de sa fille Shabnam, étudiante jusqu’à tout récemment en cinquième année de médecine vétérinaire à la Sumy National Agrarian University. «Je suis passée par toutes les émotions. Cette attente était vraiment une épreuve. Ma fille se trouvait dans la région nord-est, très à risque, à Soumy, près de la frontière russe. Je n’avais pas l’esprit tranquille depuis que la guerre a commencé. Un jour, je l’avais eue au téléphone et j’ai entendu un bruit atroce. Je ne sais pas combien de fois elle a dû descendre les cinq étages de son immeuble pour aller se réfugier dans un bunker. Je suis rassurée de la savoir en Pologne. Elle a été très courageuse. J’ai hâte de la serrer dans mes bras. Je tiens à remercier tous ceux qui aident nos compatriotes et ma fille : le ministère des Affaires étrangères, le VPM Anwar Husnoo, le Dr Chandan Jankee, ambassadeur, et le personnel de l’ambassade, l’université de ma fille et le Mauricien Shu Bhum qui l’a bien conseillée. C’est important d’avoir du soutien dans ces moments-là», nous déclare celle qui compte les jours en attendant de revoir sa fille. «Elle aurait pu rentrer plus vite mais elle n’est pas d’accord de laisser ses animaux domestiques, un lapin et un chinchilla, derrière elle. Ma fille est une amoureuse des animaux. Ses démarches vont prendre un peu de temps», ajoute Raziah Heerah.

 

Les autorités mauriciennes suivent de très près la situation des Mauriciens qui veulent rentrer. «Concernant le cas de mademoiselle Shabnam Heerah, elle est en sécurité. Elle a pu rejoindre le centre de la Pologne jeudi matin. Elle a pu traverser la frontière. Elle est entrée en contact avec moi et je me suis occupé de son cas. Je me suis mis en contact avec monsieur Marek, ex-consul de Maurice en Pologne, pour qu’on puisse aider notre compatriote. Comme je suis aussi en contact avec l’ambassadrice du Congo Kinshasa, qui est une ex-collègue, cette dernière m’a assuré de son aide. La mère de Shabnam participe actuellement aux démarches pour permettre au plus vite le retour de sa fille à Maurice. Il y a aussi des Mauriciens qui sont à Maurice et qui sont en communication avec nous. Ces derniers ont des proches – une fiancée, d’un beau-frère et d’une belle-mère –, qui sont Ukrainiens et qui veulent quitter leur pays. Ils attendent qu'il y ait des ‘‘corridors’’ sécurisés pour quitter l'endroit où ils sont afin de venir à Maurice. Je suis en contact avec ces personnes de même qu’avec leurs proches à Maurice», nous a expliqué le Dr Chandan Jankee, ambassadeur de Maurice à Moscou, en faisant un point sur la situation des Mauriciens en Ukraine.

 

Il a aussi tenu à rassurer les parents d’étudiants mauriciens qui sont en Russie. «Avec les problèmes avec les cartes et les transactions bancaires en Russie, plusieurs parents d’étudiants mauriciens qui s’y trouvent sont inquiets. Je tiens à leur dire que nous travaillons sur ce dossier et qu’on essaie de trouver une solution. On va leur envoyer des listes d’autres banques qui pourraient permettre des transferts. Ce vendredi même, nous avons eu une réunion avec plusieurs ambassadeurs africains qui ont à traiter les mêmes problèmes. Nous sommes en relation avec les autorités russes pour trouver des moyens alternatifs afin de permettre les transferts d’argent. Je demande aux parents et aux étudiants qui sont dans cette situation de contacter l’ambassade. On trouvera des solutions», souligne le Dr Chandan Jankee, entre ses dossiers d’étudiants qui sont en Russie et les compatriotes qui ont fui la guerre en Ukraine...

 


 

La triste réalité d’une invasion

 

Les images de désolation se succèdent. Tous les jours, une nouvelle ville est attaquée en Ukraine par l’armée russe. Au 16e jour de l’offensive lancée par Vladimir Poutine, le vendredi 11 mars, c’est Dnipro qui a été frappée.

 

La ville portuaire de Marioupol continue également de connaître les assiégements par les troupes russes. Selon les informations qui circulent, plus de 1 500 personnes ont été tuées. La Russie, de son côté, connaît de plus en plus des sanctions. Ainsi, l’Union européenne va interdire l’exportation de ses produits de luxe vers la Russie. Ce qui portera «un coup à l’élite russe», dans le cadre de nouvelles sanctions décidées avec les pays du G7. C’est ce qu’a annoncé, cette semaine, la présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen.