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Compensation salariale : les syndicats résignés, le patronat contrarié

Pour les syndicalistes, les travailleurs mauriciens méritent une plus grosse compensation salariale.

La mesure ne les satisfait pas totalement, toutefois les syndicats acceptent, bon gré mal gré, la compensation salariale de Rs 400 décidée par le gouvernement. Par contre, du côté du patronat et des PME, les dents grincent déjà.

Moins que la somme demandée, plus que celle de l’année dernière. La nouvelle compensation salariale ne déclenchera pas cette année de branle-bas de combat. C’est d’ailleurs plutôt la satisfaction du côté des travailleurs mauriciens qui toucheront Rs 400 de plus sur leur salaire à partir de janvier 2019, contre Rs 360 l’an dernier.

 

La nouvelle est tombée le jeudi 6 décembre, faisant suite à la réunion du comité tripartite sur la compensation salariale à laquelle assistait le Premier ministre et d’autres représentants du gouvernement, le patronat et les syndicalistes. Le gouvernement avait, dans un premier temps, proposé le montant de Rs 330. Une proposition rejetée par les syndicats qui ont alors fait une contre-proposition de Rs 600. Après négociations, la somme de Rs 400 a finalement été arrêtée. Une augmentation qui inclut aussi la pension vieillesse et les aides sociales. S’ils ne sont pas totalement satisfaits, les syndicalistes ont décidé d’accepter cette compensation, sous réserves.

 

Pour Radhakrishna Sadien de la Government Services Employees Association, il faut que la compensation salariale aille de pair avec d’autres mesures. L’objectif d’offrir une compensation aux employés, lance-t-il, est d’alléger le fardeau des consommateurs par rapport au coût de la vie, mais aussi de réduire l’écart entre ceux qui se trouvent en bas et en haut de l’échelle. Or, ce n’est pas gagné, estime le syndicaliste. «Aujourd‘hui, suite à l’introduction du salaire minimum, nous avons besoin d’un réajustement pour tous les secteurs. C’est un exercice qui doit être fait et le PRB doit prendre une décision. Une lettre a d’ailleurs été envoyée au Premier ministre.» Pour Radhakrishna Sadien, il est aussi important qu’un contrôle rigoureux des prix soit mis en place. «Ce n’est pas normal qu’on touche Rs 400 de compensation, et qu’à la fin du mois, on dépense Rs 1 000 de plus parce que certains commerçants augmentent les prix à tout-va.»

 

Baisse du pouvoir d’achat

 

Ashok Subron de Rezistans ek Alternativ est, lui, moins enthousiaste. Lorsqu’on lui demande son avis sur ces Rs 400 de compensation, deux mots lui viennent à l’esprit. «Pas assez !» Pour lui, les travailleurs sont une fois de plus sous-compensés. Avec la perte du pouvoir d’achat, c’est, dit-il, la valeur du travail qui se déprécie. «Sous le régime de l’Alliance Lepep, chaque famille mauricienne a perdu Rs 1 500 de son pouvoir d’achat.»

 

Lors de cette réunion, le chef du gouvernement a fait ressortir que le taux d’inflation pour 2018 est de 3,3 %, un chiffre en dessous de la barre des 5 %. Dans ce cas de figure, assure-t-il, les travailleurs ne touchent généralement pas de compensation «mais nous [en] avons toujours donné une». Pravind Jugnauth a aussi annoncé l’extension d’une année supplémentaire de la Negative Income Tax et l’allocation de Rs 500, mesures annoncées dans le dernier budget.

 

Pour Atma Shanto de la Fédération des travailleurs unis (FTU), l’explication ne tient pas la route. «C’est un argument utilisé par Business Mauritius pour ne pas payer de compensation. L’économie bouge, de nombreux secteurs sont en croissance et, en face, le pouvoir d’achat des Mauriciens ne cesse de tomber. Ne pas offrir une compensation salariale ne serait pas logique.» Si elle s’attendait à plus, la FTU n’a pas d’autre choix, lance son porte-parole, que d’accepter les Rs 400 proposées. «Ça ne reflète pas la réalité de l’érosion du pouvoir d’achat que les travailleurs subissent. Nous sommes convaincus que les travailleurs méritent plus mais nous n’avons pas le choix.»

 

 

Rashid Imrith de l’All Employees Confederation estime, pour sa part, qu’il faut prendre la compensation salariale dans un contexte plus global : «Nous avions demandé un package incluant la compensation, la publication du rapport du PRB, trois increments aux fonctionnaires, la hausse de la pension de vieillesse et une allowance de Rs 500 à ceux qui reçoivent le salaire minimum pour que celui-ci puisse passer à Rs 9 000. Certaines de ces propositions sont à l’étude en ce moment, ce qui est positif.» La compensation salariale a donc été acceptée car elle fait partie de cet ensemble de mesures proposées. Selon le syndicaliste, la fin du comité tripartite n’annonce pas la fin des discussions entre les syndicats, le gouvernement et le patronat. «Nous espérons que le reste va suivre prochainement.»

 

Si la majeure partie des syndicalistes acceptent tant bien que mal la proposition du gouvernement, c’est du côté du patronat que la pilule a du mal à passer. Réticents dès le départ, ils n’ont pas eu gain de cause avec leur proposition initiale de Rs 268 comme compensation. Pour le patronat, une chose est sûre, accorder ces Rs 400 de manière générale n’augure rien de bon pour les entreprises qui ont déjà du mal à joindre les deux bouts depuis l’introduction du salaire minimum.

 

Kevin Ramkaloan, Chief Executive Officer de Business Mauritius lance : «Cette somme c’est 50 % de plus que la proposition du patronat. Le coût total pour nous c’est Rs 1,8 milliard et il faut aussi prendre en considération les coûts indirects estimés à Rs 2,4 milliards. Certaines entreprises ne pourront pas payer. Business Mauritius va essayer de les aider à trouver des solutions.» En attendant, les Mauriciens, eux, sont plus ou moins contents.

 


 

Les PME font grise mine

 

 

 

Ils ont le moral en berne. Aujourd’hui, dans le secteur des petites et moyennes entreprises, ce n’est pas la joie, principalement depuis que le gouvernement a décidé d’accorder Rs 400 de compensation à tous les travailleurs. Une décision incomprise par le patronat et les entrepreneurs qui ont, disent-ils, déjà de plus en plus de mal à s’en sortir depuis l’application du salaire minimum. Pour Amar Deerpalsing, président de la Fédération des PME, la méthode pour étudier et déterminer la compensation salariale découle d’un «système archaïque et révolu». Selon lui, il faudrait d’abord déterminer la capacité à payer de l’employeur, qui n’est pas le même partout, avant de décider d’une somme à appliquer en général.

 

«Tous les secteurs ne réussissent pas de manière uniforme. Il y a ceux qui fonctionnent très bien comme la construction, le secteur bancaire et le tourisme.  Puis il y a des sous-secteurs tels que le textile et l’agriculture qui ne s’en sortent pas du tout. Comment vont-ils faire ceux-là ?» Selon Amar Deerpalsing, il aurait fallu une autre manière de procéder. «Aujourd’hui, nous sommes en train de pénaliser une partie des employés dont le secteur d’activité est en pleine croissance et qui auraient pu être payés plus.» Par contre, pour les autres secteurs, qui sont déjà en souffrance, cette nouvelle compensation vient un peu plus remuer le couteau dans la plaie. «Imposer une telle compensation sur ces entreprises en difficulté, c’est augmenter les risques de fermeture et de redressage. Ils ne pourront pas travailler à perte éternellement.»

 

Aujourd’hui, lance Amar Deerpalsing, de nombreuses conditions rendent la tâche des petites et moyennes entreprises beaucoup plus compliquée. «Nous n’avons plus aucun accord préférentiel, aucun filet de protection pour l’importation, comme la barrière tarifaire, qui se pratique à l’étranger.» Avec la compensation, le scénario est limpide : le coût de production va augmenter sans aucun gain de productivité. Ne pouvant pas s’en sortir, l’entrepreneur n’aura d’autre choix que d’augmenter le prix du produit fini ou du service offert, avec ce que cela implique comme risque. «C’est ça la crainte aujourd’hui. Ce n’est pas l’employeur qui sort gagnant dans cette équation.»

 

Aujourd’hui, la solution, poursuit Amar Deerpalsing, serait de privilégier des investissements durables et de bonne qualité, ce qui enclenchera une activité économique permanente et donc la croissance. Or, aujourd’hui, regrette-t-il, il n’y aucun encouragement pour investir dans le privé.