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Cannabis médical et récréatif, le «nouvel or» pour booster notre économie ?

Amit Bakhirta, Gerald Lincoln, Kunal Naik, Danny Philippe et Ally Lazer ont des avis très partagés sur le sujet.

Amit Bakhirta, fondateur et Chief Executive Officer d’ANNEAU, a récemment publié un article sur le site du Charles Telfair Centre. Le sujet : le potentiel du cannabis médical et récréatif pour les secteurs-clés de l'économie mauricienne. La légalisation de cette plante encore considérée comme une drogue à Maurice peut-elle donc être un levier de croissance ? Le gouvernement a déjà mis sur pied une task force pour étudier la possibilité d’utiliser le cannabis médical dans l’île, suivant des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé, mais les avis divergent sur le sujet. 

Le sujet fait toujours débat… Le Dangerous Drugs Act stipule que le cannabis est considéré comme une drogue à Maurice, même si le gouvernement a déjà mis sur pied une task force en 2020, pour étudier la possibilité d’utiliser le cannabis médical dans l’île, suivant des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé. De son côté, Amit Bakhirta, Chief Executive Officer (CEO) d’ANNEAU, une société de services financiers agréée et réglementée par la Financial Services Commission, relance le débat à travers un article publié sur le site du Charles Telfair Centre, au sujet du potentiel du cannabis médical et récréatif pour les secteurs-clés de l’économie mauricienne. «Nos principaux piliers économiques souffrent et nous n’avons pas réussi à faire revivre ce pays au profit des générations futures. Cette innovation stratégique et intelligente fournira une réinvention socio-économique cruciale pour notre petite économie», soutient Amit Bakhirta. La culture du cannabis, ajoute-t-il, est une «économie officielle de plus de 150 milliards de dollars dans le monde, qui a aidé des gouvernements à accroître les recettes budgétaires récurrentes et à réduire leurs déficits».

 

La culture du cannabis médical et récréatif serait notamment bénéfique à notre industrie pharmaceutique naissante, détaille Amit Bakhirta : «Notre secteur agricole a été et souffrira d’un changement structurel global du comportement des consommateurs. Notre secteur du tourisme morose a besoin d’innovation. Notre industrie manufacturière a besoin d’une diversification qu’elle pourra aisément se procurer avec une telle réinvention ayant des implications positives évidentes pour les industries des services bancaires et financiers. Et enfin, pour nos propres finances publiques. Cela renforcera inéluctablement notre situation financière qui est une priorité essentielle, à ce stade de notre évolution économique et de notre histoire.»

 

Le cannabis est-il le «nouvel or» qui boostera l’économie de Maurice ? En tout cas, le débat sur sa légalisation ne date pas d’hier. Il y a trois ans, l’économiste Gerald Lincoln a fait une proposition en faveur de la culture du cannabis médical à Maurice. «Ce produit prenait une ampleur conséquente dans le monde. Cela représentait une opportunité pour nous de lancer un nouveau secteur», explique le Managing Partner d’Ernst & Young. «Nos ressources en terres agricoles sont limitées et le cannabis a une forte valeur ajoutée contribuant au développement du pays. La transformation en huile médicinale permettra d’y rajouter encore plus de valeur. Peu de pays ont légiféré pour permettre cette culture. Il y avait peu de production. Mais depuis, les choses ont évolué.» Toutefois, Gerald Lincoln émet quelques réserves : «Je ne pense pas que l’échelle de production soit énorme. L’effet sur notre économie ne sera pas conséquent. Cela pourrait quand même aider à réorienter notre agriculture vers le haut de gamme.» En effet, observe-t-il, la culture du cannabis médical peut être en lien avec les ambitions du gouvernement de faire de Maurice un «pharma hub».

 

Toutefois, constate notre interlocuteur, trop de pays ont, depuis, adapté leurs lois pour permettre la production et l’exploitation de ce produit. «Le courage politique a manqué. L’amalgame trop facile avec la drogue a fait peur et les autres n’ont pas attendu. Le cadre légal doit être le point de départ d’une nouvelle industrie. Il faudrait faire très vite si on veut réussir dans ce domaine. Le climat mauricien se prête vraiment bien à cette culture», souligne Gerald Lincoln.

 

La transformation de la culture de la canne à sucre en culture de cannabis médical pourrait-elle donc sauver notre agriculture ? Non, avance notre interlocuteur : «La culture de la canne à sucre existe à Maurice depuis bientôt 300 ans et ne va pas disparaître. La nouvelle rémunération de la valeur énergétique de la bagasse est un ‘‘game changer’’ pour ce secteur. Je pense que les planteurs de canne seront désormais motivés à continuer leurs exploitations avec la canne et non les remplacer par le cannabis médical.»

 

Ce sujet passionne également Danny Philippe, chargé de prévention et de plaidoyer chez DRIP. «Mo krwar inn ariv ler pou al de lavan avek kanabis medikal. OMS ek ONU inn donn zot laval ki kapav al de lavan pou bann pei ki pou introdwir sa medikaman-la. Boukou dimounn pe swazir kanabis medikal par rapor a so lefe relaxan. Kanabis medikal ena ousi bann rezilta pozitif», note-t-il. Avis que partage Kunal Naik, directeur plaidoyer et communication de PILS, et psychologue-addictologue de formation : «Mo pe milit pou introdwir sa dan Moris depi plizir lane, sirtou apre ki enn komite spesial ti set up par OMS ki ti fer rekomandasion bien kler pou ki deklasifie kanabidiol kouma enn ladrog.»

 

Il ajoute que l’OMS a aussi reconnu les vertus médicales du cannabis et invite des pays à expérimenter cette plante pour traiter les cancéreux, ceux qui souffrent de crise épileptique, de psoriasis et d’autres maladies incluant le VIH-Sida ou encore le stress : «Le cannabis est un antidouleur naturel. Ce sera une avancée positive si le pays va de l’avant avec l’utilisation du cannabis médical mais sous contrôle spécifique. Nous avons la possibilité de promouvoir la recherche et développer plusieurs variants du cannabis médical adaptés à certaines maladies. Le pays peut également devenir une passerelle vers l’Afrique du Sud et l’Europe, qui ont besoin d’une quantité énorme pour leur consommation.»

 

Pour Kunal Naik, la culture du cannabis est assurément une industrie florissante émergente. Notamment la culture du chanvre qui est le cannabis industriel. «Vous pouvez faire de la farine avec. Il y a aussi de l’huile, des vêtements ou encore des matériaux de construction. C’est un axe à exploiter avec la pandémie. Notre roupie n’arrête pas d’être dévaluée. Le cannabis reste une alternative. C’est un marché à exploiter. Il peut également devenir un nouveau pilier de l’économie qui peut aider à effacer le marché de la drogue synthétique, qui a déjà envahi le pays et causé mort d’homme. Par contre, personne n’est jamais mort avec du cannabis», affirme-t-il.

 

Pour ce qui est du cannabis récréatif, le directeur plaidoyer et communication de PILS propose un cadre spécifique. «Li res enn ladrog. Akoz sa bizin kontrol li ek protez bann zenn. Bizin ena plis ki 21 an pou gagn akse a li. Bizin ousi protez bann konsomater. To THC bizin reglemante par bann otorite.» Selon ses dires, la culture de cette plante va, en outre, aider à créer de l’emploi dans le domaine de la recherche et de la production : «Si nou pa fer li la, nou fini perdi lekours kinn fini fer par plizir pei. Parmi, nou vwazin La Réunion ki fini gagn bann dekre pou chanvre depi 2 an. Aster, zot pe al lor kiltir kanabis medikal. Plizir dimounn dan gouvernman ek sekter prive fini trouv limportans reinvante.»

 

En effet, le marché global du cannabis continue de prendre de l’ampleur. Le Canada l’a déjà légalisé. Certains pays ont, eux, décriminalisé le cannabis, alors que d’autres explorent la vente. «Il faut bien se pencher sur ce secteur qu’on peut exploiter à long terme. Le seul souci demeure les faussetés propagées sur cette plante. Il y a aussi les mauvais regards. Pendant 50 ans, le public a eu droit à des informations erronées sur le cannabis. Cela prendra du temps. Tout passera par des campagnes éducatives. Il faudrait aussi donner plus d’espace aux experts pour qu’ils s’expriment à ce sujet», propose Kunal Naik.

 

Ally Lazer, président de l’Association des travailleurs sociaux de Maurice, a, lui, une autre opinion sur la légalisation du cannabis médical : «Mo pena okenn obzeksion si bann lotorite dir kapav servi kanabis pou bann bezwin terapetik. Me fode pa bliye ki depi ase lontan, dimounn ki soufer bann douler atros servi morfinn ki sorti depi pavo ki ousi servi pou fer opium. Zame monn trouv personn dir bizin legaliz pavo ou lopium. Dimounn fer konfizion lor kanabis medikal ek kanabis rekreasionel. Li pa parey ditou. Li vre ki pa 100 % fimer gandia fim eroin me 100 % dimounn ki fim  eroin inn koumans par fim kanabis avan. Mo kont depenalizasion ek legalizasion.»

 

Le débat se poursuit sur le potentiel économique et médical du cannabis. En parallèle, les nouvelles drogues de synthèse gagnent davantage du terrain dans l’île, sans oublier le trafic d’héroïne qui a fait de Maurice un drug trafficking hub.

 


 

Questions à…

 

Taroosingh Ramkoosalsing, psychiatre : «Il n’y a jamais eu d’overdose avec le cannabis»

 

 

Le cannabis aurait des vertus médicales. Qu’en pensez-vous ?

 

Cinquante pays ont déjà dépénalisé ou légalisé le cannabis. Cela fait plus de dix ans qu’on se sert des médicaments à base de cette plante en Europe car elle a des vertus thérapeutiques. Le cannabis n’a aucun effet psychotrope à dose thérapeutique. Il n’y a jamais eu d’overdose avec le cannabis. 75 % des fumeurs de cannabis n’ont pas de problème familial, social et professionnel. Des médecins, des avocats et d’autres professionnels en consomment régulièrement. Il n’y a que 20 à 25 % des fumeurs qui souffrent du demotivation syndrome. Il est fréquent chez le jeune, tout comme c’est le cas avec l’alcool.

 

Pourquoi est-il donc toujours considéré comme une drogue à Maurice ?

 

Il y a une fausse impression que le cannabis est un produit passerelle qui mène vers la drogue dure. Il faut cesser avec ces faussetés ! En 2016, PILS avait mené une étude anonyme. Les résultats ont conclu que 16 % des consommateurs d’héroïne ont commencé avec le cannabis. Selon cette étude toujours, il y a 60 000 consommateurs de cette plante à Maurice, alors que ceux sous méthadone sont au nombre de 7 000. Le chiffre est le même pour les accros à l’héroïne.

 

Des scientifiques ont démontré que cette plante permet de traiter des douleurs chroniques résistantes, que ce soit sous sa forme naturelle ou après une modification chimique. Votre avis…

 

Le cannabis agit effectivement sur des douleurs chroniques. Il peut également être utilisé pour les patients souffrant de rhumatisme, de lupus, de Parkinson ou encore d’Alzheimer. Les cancéreux peuvent eux aussi l’utiliser pendant la chimio. Le cannabis les aide à avoir de l’appétit. Il diminue aussi l’addiction à la morphine.

 

Le gouvernement a mis sur pied une task force pour étudier la possibilité d’utiliser le cannabis médical à Maurice, suivant des recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé (OMS). Selon vous, quelles mesures doivent être appliquées si nos politiques décident d’aller de l’avant avec la culture du cannabis médical ?

 

L’OMS recommande la déclassification du cannabis comme une drogue. L’ONU a déjà approuvé cette décision par un vote. Maurice doit suivre avec une loi-cadre pour savoir à qui prescrire le cannabis médical ; à quel âge on y a droit ; qui peut prescrire, etc. Mais est-ce que le gouvernement va approuver l’utilisation du cannabis médical
à Maurice ?