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Budget 2022-2023 : entre satisfaction, scepticisme et déception

Pour certains, c'est un «bon Budget». Pour d'autres, les mesures annoncées sont peu convaincantes. Pour d'autres encore, il y a des disparités dans cet exercice. Réactions des acteurs de différents secteurs suite au discours du Grand Argentier le mardi 7 juin...

Potaya Kuppan, président de la Senior Citizen Federation : «Le gouvernement a été à l’écoute»

 

«De manière générale, c’est un bon Budget et le gouvernement a été à l’écoute de la population et des personnes âgées qui souffrent beaucoup avec toutes les récentes augmentations. L’augmentation accordée aux personnes touchant la pension, soit Rs 1 000 pour les 60 à 65 ans et Rs 2 000 pour les plus de 65 ans, est une bonne mesure. Nous traversons actuellement une période difficile et le Budget vient toucher toute la population, que ce soit ceux au bas de l’échelle, la classe moyenne, ceux du troisième âge ou les personnes vivant avec un handicap.

 

C’est un soulagement pour tout le monde, plus particulièrement pour les seniors qui vivent uniquement avec Rs 9 000 par mois. Au niveau de la Senior Citizen Federation, cela fait longtemps que nous militons pour une augmentation de la pension. Nous sommes heureux de pouvoir enfin en bénéficier. Bien sûr, ça ne s’arrête pas là car le coût de la vie est vraiment très élevé. Il y a encore des choses à faire. Par exemple, le contrôle des prix est extrêmement important, que ce soit en ce qui concerne les produits alimentaires ou les médicaments. Il y a trop de commerçants malhonnêtes qui font la pluie et le beau temps.»

 

Amy Kamanah-Murday

 


 

Social : oui, mais…

 

«Un Budget de campagne électorale… mais sans se concentrer sur l’essentiel.» C’est Magali Deliot, de l’association Planète Enfants Maurice, qui le dit. Si elle reconnaît qu’il y a «du bon» (augmentation des pensions et des aides sociales, entre autres), elle n’en démord pas : «Il y a aussi du mauvais.» Pour celle qui est très active sur le terrain, qui a vu comment les récentes augmentations ont eu un impact considérable sur la vie de nombreuses familles, s’il fallait faire une chose, c’était la suivante : «S’assurer que les prix des produits alimentaires baissent. C’était ça l’essentiel. Le gouvernement est passé à côté.» Et même, dans le cas des familles les plus pauvres, assurer un service de food packs.

 

Pour elle, si les mesures concernant les enfants des Special Education Needs (transport et repas) sont intéressantes, elle se demande s’il n’y a pas «discrimination» envers les enfants dont les parents sont dans le besoin. Ameegah Paul, également engagée socialement pour la cause des plus vulnérables et des handicapés, s’interroge, elle, sur la qualité des repas qui seront servis : «Surtout que la plupart de ces enfants ont des besoins bien spécifiques.» Comme Magali, elle salue l’augmentation des pensions : «Gouvernma inn fer enn zefor.» Mais s’interroge sur la disparité entre ceux/celles qui ont 60-64 ans et les 65 ans+. Ameegah est, également, d’avis que les mesures prises pour aider à l’acquisition de chaises roulantes et pour l’accessibilité des utilisateurs/rices aux plages, est une bonne chose.

 

Yvonne Stephen

 


 

Les artistes pas convaincus et mobilisés

 

Il y a bien eu un volet culturel et artistique dans le Budget 202-/2023. Mais rien qui ne semble avoir convaincu la communauté des artistes. Le ministre des Finances, Renganaden Padayachy, a énuméré plusieurs mesures, notamment des schemes pour des talents émergents et pour que les artistes puissent se produire plus facilement à l’étranger pour des prestations et des remises de prix. Il a aussi annoncé que la somme de Rs 20 millions a été allouée pour la création d’un National Arts Centre à Petit-Raffray, qui va comporter un studio d’enregistrement.

 

Par contre, du côté des artistes, c’est toujours la frustration. D’ailleurs, à l’heure où nous mettions sous presse, il était prévu qu’un collectif d’artistes viennent de l’avant pour une conférence de presse d’ici le mardi 14 juin à Port-Louis. Jasmine Toulouse (photo), chanteuse qui coordonne cette mobilisation, confie : «Beaucoup s’attendaient à des mesures fortes et surtout immédiates qui auraient allégé le fardeau. Mais on parle ici d’artistes émergents, d’un studio, d’un lieu artistique, de schemes, sans plus de détails. C’est trop flou…»

 

On peut aussi lire, sur les réseaux sociaux, un post de Bruno Raya, porte-parole de l’Association des auteurs-compositeurs mauriciens (AACM), publié peu après l’annonce du Budget : «Il n’y a rien de concret pour les artistes. Est-ce qu’il y a quelque chose qui va aider à la vie actuelle des artistes ? Je ne comprends pas comment l’art ne peut rien valoir à leurs yeux, que de beaux discours et effets d’annonces, mais dans la pratique, zéro !»

 

Parmi les nombreuses revendications des artistes : le Status of Artist Bill qui régularisera leur statut et le reconnaîtra en tant qu’occupation à part entière. Par ailleurs, l’Union des artistes, syndicat portée par la chanteuse Joëlle Coret, pas non plus satisfaite des mesures annoncées, a eu une rencontre avec le ministre des Arts et du patrimoine culturel, Avinash Teeluck, le jeudi 9 juin, où elle a plaidé pour un plan de soutien financier.

 

Stephane Chinnapen

 


 

Reaz Chuttoo, président de la CTSP : «Une concentration sur la classe moyenne et ceux au bas de l’échelle »

 

La Confédération des travailleurs des secteurs public et privé (CTSP) a accueilli positivement certaines mesures annoncées lors du Budget. «Il y a eu une concentration sur la classe moyenne et ceux au bas de l’échelle»,  a déclaré Reaz Chuttoo, président de la CTSP. «Il y a beaucoup d’incentives et de soutien financier pour les éleveurs, planteurs et même les pêcheurs, afin de promouvoir la production locale de nourriture. Maurice étant un grand consommateur de miel, c’est intéressant de voir aussi l’implémentation d’un nouveau créneau pour les apiculteurs. La CTSP fait partie d’une plateforme qui, depuis plus de 15 ans, ne cesse de dire qu’il faut promouvoir tout ce qui a trait à l’agricole. Mais on s’attendait à une réforme qui donnerait aux gens accès à la terre avec, par exemple, la création de jardins communautaires.»

 

Pour le président de la CTSP, il fallait un Budget pareil pour éviter de créer une psychose dans la population par rapport à la hausse des prix qui continue. Il a ajouté qu’il ne qualifierait pas ce Budget de populiste car «nous sommes en 2022 et pas dans le cadre d’une élection».

 


 

Maya Sewnath, présidente de la SME Chambers : «Pas grand-chose au niveau des PME»

 

Beaucoup de secteurs ont pu tirer profit du dernier Budget «mais il n’y a pas grand-chose au niveau des PME, même si son importance a été accentuée». C’est ce qu’estime la présidente de la SME Chambers, Maya Sewnath. «Il n’y a rien de concret qui a été apporté. Le SME Act sera amendé et les schemes seront étendus à 2023 mais les différentes demandes de subventions pour divers problèmes de finances des PME ou encore une extension de la moralité des prêts de la DBM pour encore un an, n’ont pas été entendues», a déclaré celle qui est également la directrice de SSS Furniture, suite à la présentation budgétaire 2022-2023, le mardi 7 juin. Mais elle espère que l’aide apportée à la population créera un meilleur pouvoir d’achat qui aidera les PME et se dit heureuse que le secteur agricole ait reçu une grande partie des subventions.

 

Valérie Dorasawmy

 


 

Réactions

 

Navin Ramgoolam parle d’un «Budget mirage»

 

Il dit voir «des dangers pli devan». Le Parti travailliste a décortiqué le Budget 2022-2023 lors de sa conférence de presse, le vendredi 10 juin. «103 kou inn tap lor latab, aster lepep bizin tap lor latet», a déclaré Navin Ramgoolam, tout en parlant de «cauchemar économique» et de «manque de transparence et de stratégie économique (…) Il est en train de vendre les bijoux de l’État».

 

Pour lui, il s’agit d’un «Budget mirage» : «On attendait tous qu’il allait rétablir le pouvoir d’achat des Mauriciens (…) Ces Rs 1 000-là sont illusoires, alors que tellement de prix ont augmenté (…) C’est à cause de la dépréciation de la roupie qu’a fait le gouvernement actuel (…) Les prédictions sur l’inflation sont aussi fausses (…) De plus, il n’y a pas aucune prévision macroéconomique, le ministre disant que ce n’est que le FMI qui fait les prévisions. Cela ne lui donne aucune crédibilité.»

 

Au niveau des arrivées touristiques, Navin Ramgoolam dira : «Nous aurons au plus 600 000 touristes et pas le million qu’il prévoit.» Il a, en outre, commenté les Rs 1 000 et Rs 2 000 pour les pensionnaires : «N’oublions pas qu’il n’a pas donné d’augmentations et de compensations depuis deux ans. Et bientôt, tous ces Rs 1 000 et Rs 2 000 vont fondre. Et c’est dans les contributions de la CSG (Contribution sociale généralisée) qu’il puise, il prend votre propre argent et vous le redonne. Cela ne suffira pas, vu les augmentations et si l’on prend en compte que le prix de l’électricité devrait aussi monter très bientôt.»

 

Il a aussi parlé du «trop-plein de taxes» sur l’essence et a réclamé un «Fiscal Responsibility Act pour être sûr qu’aucun gouvernement ne fasse ce qu’ils sont en train de faire, sinon, nous finirons comme le Sri Lanka et le Zimbabwe». Navin Ramgoolam a également rétorqué qu’il faudrait prendre les terres dédiées aux IRS pour en faire des terrains pour l’autosuffisance alimentaire et a déploré le fait «qu’on nous force maintenant à regarder la MBC».  

 

Stephane Chinnapen

 

L’Entente de l’Espoir : «C'est un bluff»

 

Les membres de L’Entente de l’Espoir ont tiré à boulets rouges sur le ministre des Finances le vendredi 10 juin. «C’est un bluff ce Budget. On aura Rs 1 000 de plus mais en juillet, cela ne vaudra rien avec l’augmentation des prix. Surtout que le gouvernement compte enlever les subsides qu’il avait mis sur certaines denrées», a avancé Xavier-Luc Duval. Quant au leader des Mauves, Paul Bérenger, il dit ne pas comprendre pourquoi la hausse des prix des carburants n’a pas été abordée et pourquoi aucune garantie n’a été donnée sur le maintien du prix de l’électricité. «Les Rs 1 000, c’est avec la pression de l’Entente de L’Espoir que le gouvernement a été obligé de les donner afin de soulager la population. Mais c’est insuffisant, surtout avec la flambée des prix, l’inflation et la dépréciation de la roupie», a-t-il commenté.

 

Nando Bodha a, lui, déclaré ne pas voir que ce Budget dit pour le peuple l’est réellement. Il a même cité une liste de produits dont les prix ont pris l’ascenseur. «Le gouvernement met un fardeau insoutenable sur le dos de la population. Un gouvernement a besoin d’un principe de gouvernance qui établit une stabilité sociale. Alors que là, ce qu’il donne, il le récupère à travers la taxe d’une roupie par litre d’essence. C’est Rs 500 millions de gagné et c’est notre argent, de même que l’argent en provenance de la CSG.»

 

Le leader du Reform Party, Roshi Bhadain, qualifie, pour sa part, ce Budget d’arnaque. «Il y a une forme d’opacité autour de ce Special Fund que mentionne à de nombreuses reprises le ministre des Finances dans son discours. Mais aussi, concernant les Rs 1 000, cela équivaut à Rs 33 par jour. Qu’avez-vous avec ? Il aurait dû enlever les diverses taxes sur les carburants, comme nous l’avons demandé. Car le gouvernement empoche, pour chaque litre d’essence, Rs 22,20 de profit.»

 

Valérie Dorasawmy