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Boulangeries dans le rouge : une question de survie

Andy Narainen et Wahid Boolaky se disent inquiets face à l'avenir.

La mauvaise passe que traversent les boulangers semble durer. Alors que l’espoir de voir le secteur revivre s’amenuise de jour en jour, certains d’entre eux se livrent à cœur ouvert sur leur difficulté à garder la tête hors de l’eau…

Sur le fil du rasoir. L’expression est, disent-ils, parfaite pour décrire la galère dans laquelle ils se trouvent depuis un moment déjà. Malgré leurs nombreux appels à l’aide, les boulangers désespèrent de trouver une solution pour sortir de cette impasse qui menace leur survie. Jamais auparavant, l’avenir de la boulangerie ne leur a semblé aussi sombre. Face au coût opérationnel qui ne cesse de prendre l’ascenseur, les opérateurs  de ce secteur disent rouler à perte.

 

En plus de la hausse incessante du coût des ingrédients nécessaires à la fabrication du pain, comme le sel, l’huile, la levure et les améliorants, la dernière majoration du prix du carburant est venue les achever, eux qui utilisent le diesel pour faire tourner leur four mais aussi pour livrer leurs pains. Tout cela, ajouté à d’autres facteurs, font que tenir une boulangerie aujourd’hui n’est plus du tout profitable. Au contraire, beaucoup roulent à perte et croulent sous les dettes. Récemment, une dizaine d’entre elles ont été contraintes de fermer temporairement leurs portes. D’autres tiennent le coup mais ne sont guère optimistes face à l’avenir. Plusieurs boulangers affirment que si ça continue, ils devront mettre la clé sous le paillasson. Pour l’Association des propriétaires des boulangeries, la solution qui pourrait leur sauver la mise, c’est de faire passer le prix du pain maison de Rs 2,60 à Rs 4,25. Requête rejetée par le gouvernement qui leur a offert une subvention additionnelle sur la farine, mesure jugée toutefois inefficace par les boulangers qui ne savent plus comment faire pour maintenir leur affaire à flot.

 

Pour la majorité d’entre eux, la boulangerie est un savoir-faire qui s’est transmis de génération en génération. Cela fait 60 ans que La Cheminée existe. Située à la Rue Desforges, à Port-Louis, elle s’est transmise de père en fils. Eric Wong est aujourd’hui celui qui mène la barque. Ce métier, c’est son père qui le lui a appris. L’amour du métier et la passion du pain l’ont longtemps animé.

 

Hélas, dit-il, la flamme est sur le point de s’éteindre. «Nous travaillons à perte. Avec toutes ces augmentations, on ne peut plus soutenir le poids des opérations. Sans compter que le travail a bien diminué. Cela fait des années que le prix du pain n’a pas augmenté. À côté, tout coûte plus cher. Nous sommes les premiers à ne pas vouloir que le prix augmente mais il n’y a pas d’autres solutions.» Il assure que s’il ne ferme pas boutique, c’est par responsabilité envers ses employés et aussi ses clients. «Combien de temps allons-nous continuer à puiser dans nos poches ? Nou leker fermal. Aujourd’hui, nous sommes dans le coma. Nous attendons entre la vie et la mort.» Malgré tout, il garde espoir. «J’attends que le gouvernement nous vienne en aide. On ne lui demande pas le ciel.»

 

«Mauvais pétrin»

 

À Plaine-Magnien, chez AR Modaykhan, l’inquiétude est permanente. «Être boulanger, ce n’est pas facile. Il faut se réveiller tôt, travailler dur. J’ai dû fermer pendant deux jours parce qu’un four est tombé en panne. Les dépenses étaient énormes. C’est très difficile», confie Rayan Modaykhan. Cela fait 50 ans que cette boulangerie existe. «Mon papa avait ouvert en 1970. Aujourd’hui, nous employons 10 personnes pour la production et la livraison. Nous faisons à peu près 15 000 pains par jour mais nous sommes dans un mauvais pétrin.»

 

Selon le boulanger, jamais auparavant une situation de crise dans ce secteur n’avait mis aussi longtemps à se décanter. «Il n’y a pas une chose qui n’a pas augmenté. Avec la dévaluation de la roupie, les prix ont doublé. La main-d’œuvre aussi coûte plus cher et il faut composer avec la concurrence.» L’avenir, pour lui, semble très sombre. «Sans augmentation du prix du pain, nous n’allons pas survivre.»

 

Face à un budget qui explose de toute part, Waahid Boolaky, propriétaire de la boulangerie Dina Arabi, à Médine-Camp-de-Masque, ne sait plus à quel saint se vouer. La boulangerie au sein de sa famille est une histoire de passion et de tradition vieille de plus de 100 ans. Tout a commencé avec son arrière-grand-père et s'est poursuivi de père en fils. «Je crois que je serai le dernier à tenir cette boulangerie.» Sa survie, dit-il, ne tient qu’à un fil. Au quotidien, la boulangerie produit environ 18 000 pains. «Nous avons beaucoup supporté mais cette quatrième hausse du prix du diesel, en plus de toutes les autres augmentations, c’est trop. Ça nous paralyse à 100%. Le budget pour la livraison est énorme. Nous n’arrivons plus à couvrir les frais.»

 

La menace, dit-il, est réelle. «J’ai été obligé de me séparer de cinq personnes. Je n’avais plus le choix. Je dois mettre moi-même la main à la pâte.» Malgré toutes les difficultés et le manque de soutien, les boulangers, confie Waahid Boolaky, continuent de se battre, mais pour combien de temps encore ? «Nous ne faisons plus de profits. Nous ne savons plus comment faire pour rouler la boulangerie. Nous comprenons qu’il y a plusieurs problèmes dans le monde mais le gouvernement doit nous aider. Il nous donne un subvention sur la farine mais augmente le prix du diesel. C’est comme nous donner un œuf pour nous prendre un bœuf. Il pourrait nous donner un subvention sur le diesel, ça pourrait nous soulager un peu.»

 

Une lampe qui s’éteint. Pour Andy Narainen, propriétaire de La Flûte Enchantée, créée par son père il y a 30 ans et qui se trouve à Mahébourg, plus rien ne va. «C’est désespérant. Il n’y a plus de motivation, plus de visibilité, pas de profits. En face, il y a des augmentations et des dettes. Le coût des opérations absorbe le peu de profit que nous faisons. Cette joie qu’il y avait quand nous venions travailler le matin pour fabriquer du bon pain disparaît de jour en jour.»

 

Ses 32 employés sont tous mauriciens, un choix important à ses yeux. Mais aujourd’hui, maintenir les emplois est un casse-tête. «Ce n’est pas facile. C’est très dur à supporter. Le marché est restreint. Nous sommes en face de la mer. Mais les gens n’ont même plus le droit de pique-niquer. Avant, ils venaient prendre leur pain avant d’aller à la mer. Des fois, on se retrouve même dans l’obligation de refuser des commandes parce que la livraison coûte trop cher.»

 

Pour Andy Narainen, c'est toute l’industrie qui est en danger, pas seulement quelques boulageries. «Le secteur n’est pas profitable. On n’arrive pas à progresser. Tout ce qu’on demande, c’est que le gouvernement nous écoute, nous comprenne. Nous ne voulons pas que le prix du pain augmente, mais nous devons trouver une solution pour continuer. Nous avons tenu le coup pendant deux confinements. Nous avons fait tout ce que le gouvernement nous a demandé de faire. Aujourd’hui, il doit aussi voir le bien-être du secteur de la boulangerie» qui, dit-il, s’éteint à petit feu.