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Bagarre sanglante à Grand-Baie impliquant des videurs | Les blessés, traumatisés : «Nous avons vu la mort de près»

Yannick L. et Adrien Jadoobur ont été grièvement blessés.

Une soirée entre amis a viré au cauchemar pour plusieurs jeunes aux petites heures du dimanche 31 mars. Quatre d’entre eux ont été grièvement blessés après avoir été sauvagement agressés par les videurs d’une boîte de nuit de Grand-Baie à coups de sabres, de haches et de tonfas. Adrien Jadoobur, 26 ans, et Yannick L., 28 ans, reviennent sur cette violente altercation qui a failli, disent-ils, leur coûter la vie…
 

Ils voulaient passer un bon moment entre amis, faire la fête, rire, danser, trinquer. Ce soir-là, ils célébraient l’anniversaire d’un des leurs et avaient tout préparé pour que le moment soit des plus mémorables. Le petit groupe, composé d’une quinzaine de personnes, avait loué deux voitures et un van pour se rendre au Safari Bar, à Grand-Baie. Une table avait même été réservée à l’avance, dans le carré VIP. C’était parti pour être une super soirée. Mais celle-ci s’est finalement transformée en cauchemar. Aux petites heures, le dimanche 31 mars, ces jeunes ont été agressés à l’aide d’armes tranchantes – haches et sabres – et de tonfas par des agents de sécurité.  Trois d’entre eux ont été grièvement blessés et se sont retrouvés à l’hôpital Victoria, à Candos.

 

Une vidéo de cette scène d’une violence inouïe, devenue virale sur les réseaux sociaux, après avoir été postée par un témoin, a généré d’innombrables réactions dans les heures qui ont suivi. Résultat : durant la semaine écoulée, dix agents de sécurité du Safari Bar se sont retrouvés derrière les barreaux après avoir comparu en cour sous une accusation provisoire d’«assault with premeditation» (voir hors-texte). À l’heure où nous mettions sous presse, ils n’avaient pas encore donné leur version des faits aux enquêteurs.

 

Cette soirée, Yannick L., 28 ans, n’est pas près de l’oublier. Il fait partie des blessés et, après avoir séjourné quelques jours à l’hôpital Victoria, il a pu regagner son domicile, le jeudi 4 avril. Mais les séquelles de son agression sont encore visibles. Et ses blessures lui font toujours atrocement souffrir. Ce samedi-là, c’était la première fois que ses amis et lui, des habitués des tournées nocturnes dans les boîtes de l’île, mettaient les pieds au Safari Bar. Mais en arrivant sur les lieux, plusieurs d’entre eux auraient eu un mauvais pressentiment. «J’avais l’impression que nous étions surveillés de près par des agents de sécurité. Ils ne nous lâchaient pas du regard. Je ne me sentais pas à l’aise et je n’étais même plus d’humeur à m’amuser», raconte Yannick. À un moment, poursuit-il, il a eu une altercation avec Axcel Youcoublé, un Quatre-Bornais de 20 ans, qui est d’ailleurs un ami de ceux qui l’accompagnaient. «Il était sous l’influence de l’alcool. Il m’a injurié et a refusé de me donner accès au carré  VIP sans aucune raison valable. Mais une amie m’a demandé de ne pas m’en faire et Axcel a fini par me laisser tranquille.»

 

La pire nuit de sa vie

 

Cependant, Yannick L. n’était pas au bout de ses peines. Car d’autres agents de sécurité sont arrivés et ont provoqué ses amis. «L’un d’eux s’est approché d’un ami qui dansait sur la piste et lui a demandé, l’air menaçant, s’il se moquait de lui. Je suis venu pour lui expliquer que mon ami n’avait rien fait de mal et il est parti en nous promettant de revenir.» Yannick L. a tout de suite su, dit-il, que les choses allaient mal tourner. Et cela a effectivement été le cas.

 

Adrien Jadoobur, 26 ans, est encore sous le choc de ce qu’il a vécu ce soir-là. Nous l’avons rencontré quelques jours après l’incident, à l’hôpital. Blessé au visage, aux bras, aux jambes et au dos, il est incapable de se déplacer pour le moment et reste cloué au lit. Il nous raconte la pire nuit de sa vie : «Il était environ 4h45. Alors que la musique jouait toujours à fond, le propriétaire de la boîte est arrivé, muni d’un gourdin. Li finn zoure e finn dir nou ki nou finn bien bwar, bien danse, e ki finn ariv ler pou nou ale. Nous n’avons pas apprécié qu’il nous traite de cette manière. Ses agents de sécurité l’ont rejoint et ont commencé à nous tabasser. C’est à l’intérieur que s’est déroulée la première bagarre.» Selon Adrien, ses amis et lui ont alors préféré quitter les lieux, à la demande des jeunes femmes qui étaient avec eux. Mais l’altercation s’est poursuivie à l’extérieur.

 

Lorsqu’il s’est rendu compte que son ami Yannick L. se faisait malmener par Axcel Youcoublé et d’autres agents de sécurité, Adrien a voulu intervenir pour savoir ce qui se passait et a lui aussi été tabassé. «Bann-la pann vinn pou kalme la sitiasion ; zot inn vinn pou lager.» Si, au départ, ajoute-t-il, les agents de sécurité étaient armés de matraques et de gourdins seulement, d’autres armes ont aussi été utilisées. Ainsi que d’autres videurs. «Ils ont appelé des renforts au téléphone et ceux-là ont apporté d’autres armes. Ils étaient plus d’une dizaine à s’acharner sur nous. Ils s’en sont aussi pris à la petite amie de l’un de nous.» Agressé à coups de haches et de sabres, entre autres, Adrien s’est vite retrouvé à terre, dans une mare de sang.

 

De son côté, Yannick L. raconte avoir été poursuivi par Axcel Youcoublé jusqu’au véhicule d’un ami après avoir été tabassé par le propriétaire des lieux et les agents de sécurité devant l’entrée. «Axcel leur avait demandé de lui prêter main-forte. Nous étions sur le point de quitter les lieux et je suis entré dans la voiture avec l’ami qui conduisait mais ils nous ont barré la route. Zot finn eklat nou la rou loto pou nou pa kapav ale. Enn sekirite finn mont lor kapo pou kraz parbriz parski nou ti remont nou vit. Me enn lot finn resi tir mwa dan loto-la. Il a pointé son arme à feu sur moi pendant qu’un autre m’agressait avec une hache. En voulant fuir les lieux, je me suis retrouvé dans une impasse.»

 

Pris au piège, il a été tabassé de plus belle jusqu’à en perdre connaissance. Il a repris conscience quelques minutes plus tard, en entendant ses amis crier son nom, et les a rejoints. L’un de ses cousins a, lui, eu la mâchoire déboîtée après avoir pris des coups. Les blessés ont ensuite été conduits à l’hôpital où ils ont rempli des Police Form 58. «Nous avons vu la mort de près. Nou finn pas dan sok alor ki nou ti zis vinn pou amize», déplorent-ils. Entre-temps, une de leurs amies a consigné une déposition au poste de police de Beau-Bassin.

 

Versions contradictoires

 

D’après nos interlocuteurs, il n’y aurait pas eu de bagarre si Axcel Youcoublé et Meidy Ramasamy, le propriétaire du Safari Bar, ne s’en étaient pas pris à eux. Mais ce dernier, un habitant de Mare-Longue âgé de 38 ans, se dissocie de ces actes de violence. Il a tenu un point de presse en présence de son homme de loi, Me Anoup Goodary, le mardi 2 avril, afin de s’expliquer. Il allègue que ce matin-là, après ses heures de travail, il a été témoin d’une altercation survenue entre le groupe de jeunes et l’un de ses agents de sécurité, en face de sa boîte.

 

«Je suis intervenu pour dire aux jeunes qu’il était temps de rentrer chez eux car la boîte avait déjà fermé ses portes et qu’ils s’étaient bien amusés.» Mais quand il s’est retourné, dit-il, «mo finn gagn enn kout brik lor mo latet. Mo madam finn lev mwa, finn amenn mwa lopital. Mo latet finn kase, mo finn perdi boukou disan». Sa blessure a nécessité plusieurs points de suture. Questionnés, nos interlocuteurs de l’autre camp assurent ne pas savoir comment le propriétaire de la boîte a été agressé. «C’est sûrement arrivé pendant que nos amis tentaient de nous défendre», disent-ils.

 

Également présente lors du point de presse, Dyana, l’épouse de Meidy Ramasamy, a donné sa version des faits : «Nous avons entendu dire que ces jeunes avaient foncé sur les agents de sécurité avec leur voiture et endommagé une autre voiture.» Elle trouve cela désolant que le Safari Bar a été associé à ces actes de violence. «La boîte avait déjà fermé ses portes à ce moment-là. Il n’y a eu aucune bagarre à l’intérieur et personne n’y a été blessé. Le public doit savoir que cela ne concerne pas directement le Safari Bar Night Club», argue-t-elle.

 

Quid des agents de sécurité de la boîte qui ont agressé les jeunes ? «Il y a peut-être quelques agents de sécurité impliqués mais à aucun moment la direction n’a donné d’instructions pour qu’ils agissent de la sorte», déclare Dyana Ramasamy. Son mari abonde dans le même sens. «À aucun moment je n’ai demandé au personnel de la boîte de se bagarrer. Nous faisons en sorte que le Safari Bar soit un endroit clean, où les gens viennent s’amuser.»

 

Le propriétaire du Safari Bar, qui se dit traumatisé par les événements du dimanche 31 mars, a opté pour un changement de personnel : «Nous comptons employer une nouvelle équipe d’agents de sécurité. Nous souhaitons aussi formuler une demande auprès des forces de l’ordre pour que deux policiers soient postés devant la boîte.»  L’enquête sur cette agression, qui a fait plusieurs victimes, se poursuit pour faire toute la lumière sur les circonstances et les responsables. Pendant ce temps, les jeunes qui ont été agressés pansent leurs blessures alors que les agents de sécurité qui sont derrière les barreaux attendent de savoir ce qui adviendra d’eux.

 


 

Dix agents de sécurité sous les verrous

 

Ils font tous partie du personnel du Safari Bar. Suite à la violente bagarre survenue devant la boîte de nuit de Grand-Baie aux petites heures du dimanche 31 mars, ces dix agents de sécurité ont été placés en détention après avoir comparu devant le tribunal de Pamplemousses sous une accusation provisoire d’«assault with premeditation». Axcel Youcoublé, 20 ans, et Patrick Denis Sirop, 41 ans, ont été arrêtés mardi. Le lendemain, six autres agents de sécurité – Jacques Merylain Didier Hennequin, 40 ans, John Stephano Wesley Pynam, 31 ans, Louis Michael Luce, 34 ans, Thirensingh Dowlul, 31 ans, Yander Alexandre Marmite, 41 ans et Oumesh Sham, 29 ans – se sont constitués prisonniers. Suivis de deux autres videurs – Jean Noël Ferry, 46 ans, et Saminaden Mooneesawmy, 35 ans – le jeudi 4 avril. Ils sont tous défendus par Me Anoup Goodary, qui est également l’homme de loi du propriétaire du Safari Bar. À l’heure où nous mettions sous presse, Patrick Denis Sirop était le seul à avoir avoué son implication dans cette agression. Les autres devraient être interrogés incessamment en présence de leur avocat.

 


 

Koomaren Radhakrishna, formateur en sécurité : «Tout un mindset à changer»

 

Beaucoup de choses à revoir dans le domaine. Koomaren Radhakrishna, très demandé pour ses formations en sécurité, n’y va pas par quatre chemins : «Il y a tout un mindset à changer quand je vois le comportement de certains agents de sécurité. Tout d’abord, il faut être en règle et avoir sa licence auprès de la police pour exercer comme agent, en vertu du Private Security Services Act de 2004. Et puis, l’agent lui-même doit avoir un bon self control, ne pas avoir de problèmes d’alcool et de drogue, et ne pas être violent.» 

 

Le formateur définit très clairement le rôle d’un agent de sécurité : «C’est simple : un agent de sécurité contrôle l’accès à un lieu. Cela implique plusieurs choses : il doit veiller à ce que le public suive le dress code en vigueur, qu’il n’y ait pas de personnes qui sont susceptibles d’être agressifs ou sous l’influence de l’alcool. Il doit aussi s’assurer que personne n’entre dans le lieu avec des armes ou d’autres objets dangereux. Il doit pouvoir résoudre des situations de conflits face à des gens qui pourraient être très agressifs, voire les amener à quitter les lieux, et tout cela sans qu’il soit lui-même brutal.» Et, tout passe donc par une formation, poursuit Koomaren Radhakrishna. «Tout d’abord, l’aspirant agent doit nous présenter plusieurs documents – certificats attestant sa moralité et son parcours scolaire, entre autres. La formation de base dure 5 heures. Et, prend en compte énormément de critères, par exemple l’observation, la gestion de conflits, le contrôle de soi, entre autres. Cette formation peut évidemment s’étendre, dépendant du niveau requis pour le travail de l’agent et aussi du lieu où il va travailler.»

 

Textes : Elodie Dalloo et Stephane Chinnapen