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Ayaan, 2 ans, battu à mort par le concubin de sa mère : Fazila pleure son petit-fils martyr

Ashar Sobratee et son compagnon Nawsheen Beeharry ont comparu devant la Bail & Remand Court où ils font l'objet d'une charge provisoire d'assassinat.

Le petit Ayaan, 2 ans, a rendu l’âme après avoir été battu à mort par le concubin de sa mère qui a ensuite voulu maquiller cette agression mortelle en mort naturelle avec la complicité de cette dernière. Révoltée, la grand-mère paternelle regrette qu’il n’y ait plus de peine capitale à Maurice. Retour sur ce cas d’infanticide qui défraie la chronique depuis samedi matin.

Elle est effondrée, abasourdie, impuissante. Le drame que vit Fazila depuis le vendredi 13 novembre 2020 est tellement choquant qu’elle a du mal à mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Son petit-fils Ayaan, 2 ans, a été battu à mort par le compagnon de sa maman dans la soirée du jeudi 12 novembre, après avoir subi les coups de celui-ci durant des mois. «Nous avons eu le choc de notre vie en apprenant qu’Ayaan avait été battu à mort. Mo ankor dan sok. Li extra difisil pou aksepte. Mo ti zanfan pou mank mwa boukou», lâche la grand-mère paternel du garçonnet, des sanglots dans la voix et au bord des yeux.

 

Quand elle repense à tout ce qui s’est passé depuis ce funeste vendredi 13, elle a l’impression de perdre la tête. Le corps du petit était dans un état indescriptible, dit-elle. Ce n’est pas Shakeel Anarath, directeur d’Al Ihsaan Funeral Services, qui dira le contraire. Après avoir vu la dépouille d’Ayaan lors des préparatifs pour ses funérailles, il parle de jamais-vu. «J’ai fait plus de 4 500 funérailles depuis que ma société, spécialisée dans les rites funéraires islamiques, existe. Je n’ai jamais vu un corps dans cet état-là. Même les dépouilles des quatre ouvriers bangladeshis décédés dans l’accident de Pailles étaient dans un meilleur état», avoue-t-il. Les rites funéraires se sont déroulés au domicile de Fazila et le religieux qui les a menés a également fondu en larmes devant la dépouille du petit, nous avoue cette dame de 64 ans.

 

C’est par le biais d’un appel téléphonique que cette habitante de Terre-Rouge a appris la terrible nouvelle, le vendredi 13 novembre. «La sœur de ma belle-fille a téléphoné à l’épouse de mon fils aîné pour lui annoncer le décès d’Ayaan. C’était vers 7h30. On était tous sous le choc et en plus, nous ne comprenions pas pourquoi sa mère et son concubin avaient déjà fixé les funérailles pour 9 heures. Choquée, j’ai embarqué à bord d’une voiture avec mon fils aîné. On a reçu d’autres nouvelles inquiétantes en cours de route. Nous nous sommes arrêtés au poste de police de Midlands où la sœur de ma belle-fille avait consigné une déposition suite au décès suspect de mon petit-fils. Nous nous sommes, par la suite, rendus à la morgue de l’hôpital de Candos où nous avons été encore plus choqués en apprenant qu’Ayaan avait été battu à mort.»

 

Le rapport d’autopsie indique que le petit a succombé à «acute peritonitis following traumatic bowel». Des fractures au niveau de ses côtes avaient perforé son intestin. Le médecin-légiste, le Dr Jankee, précise que c’était un enfant battu. Il avait d’ailleurs des bleus et d’autres fractures sur d’autres parties du corps dont des ecchymoses visibles sur le côté gauche du front ainsi que sur la joue gauche. La Major Crime Investigation Team a procédé à l’arrestation de Nawsheen Beeharry, 26 ans, la mère du garçonnet, et son compagnon Ashar Sobratee, 22 ans, dans l’enceinte même de l’hôpital de Candos. L’homme est déjà passé aux aveux. Sa concubine et lui ont comparu devant la Bail & Remand Court samedi matin. Ils font l’objet d’une accusation provisoire de murder. La police a objecté à leur remise en liberté sous caution.

 

Le père en prison

 

«Bizin pa donn zot kosion mem. De plus, ma belle-fille et son compagnon méritent une très lourde peine. Nou bizin gagn la zistis. Mo sagrin vremem nepli ena penn de mor dan Moris. Ti bizin fer zot soufer parey !» Son cœur de grand-mère n’arrête pas de saigner. Cela faisait plusieurs mois qu’elle était sans nouvelles de son petit-fils, soit depuis que sa belle-fille avait quitté le toit conjugal, à Baie-du-Tombeau, dès la fin du lockdown, pour aller s’installer chez son amant, à Midlands. Adil, le père d’Ayaan, est actuellement en prison où il purge une peine de 16 mois pour agression. «Mo fek koz ek mo garson. Li mari sagrin li pann kapav asiste mayut akoz lekor inn leve 22h pou al simitier Riche-Terre. Nou pe fer servis trwa zour tou taler. Ziska ler mo pa krwar seki finn ariv mo ti zanfan. Mo pe res pans li mem», confie Fazila, la voix cassée par l’émotion.

 

Ayaan a soufflé sa deuxième bougie le 21 mars. Il est décrit comme un enfant très doux et bien tranquille. «Comme tous les enfants de son âge, il aimait les dessins animés. Il a toujours joui d’une très bonne santé. Il mangeait tout ce qu’on lui donnait. C’était un enfant formidable. Qu’est-ce qu’il a bien pu faire pour qu’il soit battu à mort ?» se demande Fazila. Elle et les siens n’auraient jamais su la cause réelle du décès si Nawsheen et son concubin n’avaient pas été balancés par une proche de ce dernier : «J’ai cru comprendre que mon petit-fils a été tabassé pour la dernière fois dans la soirée du jeudi 12 novembre alors que le concubin de ma belle-fille lui donnait son bain.» Le garçonnet a poussé son dernier soupir peu après.

 

Par la suite, Ashar et Nawsheen sont allés voir un médecin du privé qui a refusé de leur fournir un acte de décès. Le jeune homme prétendait qu’Ayaan «inn toufe ek tonbe kan linn manz briyani kot enn vwazin». Un deuxième médecin a aussi refusé d’établir ledit document. Le couple s’est alors rendu à l’hôpital où il s’est heurté à un troisième refus. «Bann-la ti dir zot laba ki ena police case ladan», explique Fazila. Un troisième médecin du privé a toutefois accepté de remettre un Death Certificate au couple sans même examiner le garçonnet. Ce dernier devra bientôt répondre de son acte.

 

En rentrant chez eux, à Mosque Road, Midlands, Ashar et Nawsheen ont dit à leur entourage qu’Ayaan avait eu des bleus en tombant après qu’il s’est asphyxié en mangeant du briyani. Le couple avait déjà fixé les funérailles pour 9 heures, le vendredi 13 novembre. Mais un proche d’Ashar l’a balancé en envoyant à la sœur de Nawsheen des photos du garçonnet avec des bleus sur le visage. Cette dernière est alors allée porter plainte à la police. Dans sa déposition, cette jeune femme de 25 ans explique qu’elle a effectivement constaté que son neveu portait des ecchymoses lorsqu’elle s’est rendue chez le concubin de sa soeur pour assister aux rites funéraires. Elle a affirmé à la police que le petit Ayaan avait été victime d’un acte malveillant. Les funérailles ont alors été annulées. La police s’est saisie de l’affaire et a emmené la dépouille du garçonnet pour les besoins d’une autopsie. Le couple a été arrêté peu après.

«Ou soufer pou met enn zanfan-la lor later apre ou les misie-la bat li koumsa ? Twa mama to kone linn bat to zanfan ziska touy li to aksepte vinn so komplis ? Ki sa kalite mama ki les enn misie ki pa so mari bat so zanfan plizir fwa ? Ki kalite mama sa ? Si li ti an plis dan zot lakaz, kifer zot pa ti vinn kit li kot mwa ? Li ti pou ankor lamem zordi», lance Fazila, le cœur rempli de désespoir. Car perdre son petit-enfant, si petit, si fragile, si innocent, dans des circonstances aussi tragiques, est une épreuve trop lourde à porter pour elle.

 


 

Rita Venkatasawmy, Ombudsperson for Children : «Il faut un village pour éduquer et protéger un enfant»

 

Elle n’a pas tardé à monter au créneau. Rita Venkatasawmy, Ombudsperson For Children, n’a pas tardé à réagir suite à la tragédie : «À chaque fois qu’il y a un cas d’infanticide, la même question est posée : “Qu’est-ce-qui peut pousser des parents à agir ainsi ?” Il  faut savoir que cette pratique répréhensible existe depuis la nuit des temps. À Maurice, nous avons eu plusieurs cas d’infanticide mais je ne pense pas que tous ces parents commettent le meurtre de leur progéniture pour les mêmes raisons. Je dirais, pour la énième fois, qu’il faut un village pour éduquer et protéger un enfant. Et certes, les services de la protection de l’enfance doivent être très vigilants mais tous les citoyens doivent également se sentir concernés par la protection de l’enfant.»

 

SC