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Arnaud Poulay : «Les Agaléens sont tous révoltés»

Arnaud Poulay  : «Les Agaléens sont tous révoltés»

Ce handyman de 34 ans, marié et père de quatre enfants, a fait la une de l’actualité la semaine dernière, avec une menace de déportation qui pesait sur lui. Il nous parle de son combat pour la cause des Agaléens.

Comment vous sentez-vous après les turbulences que vous avez vécues la semaine dernière suite à la menace de déportation qui pesait sur vous ?

 

Je suis animé par un sentiment de révolte. Et je suis toujours affecté psychologiquement. Je n’arrive toujours pas à réaliser ce par quoi je suis passé et qu’une menace de déportation pesait sur moi. J’ai vécu le pire moment de ma vie quand j’ai reçu cette lettre de l’Outer Islands Development Corporation (OIDC), m’informant que je devais, sans aucune raison apparente, quitter Agalega à bord du Mauritius Trochetia le jour suivant. Cela m’a affecté, tout comme ma famille. Ma mère a aussi été très secouée. Nous sommes en 2018. Comment des choses comme ça peuvent-elles encore se produire ? C’est choquant qu’il y ait un système archaïque et une façon de faire datant de l’ère du colonialisme. Tout ça parce que j’ai osé dire la vérité.

 

C’est-à-dire…

 

Je suis un artiste. D’ailleurs, mes textes engagés parlent de cet archipel que je porte tant dans mon cœur. Je n’hésite jamais à prendre la parole et à avoir des prises de position pour de meilleures conditions de vie pour les Agaléens. Nous sommes des enfants de la République de Maurice et nous voulons seulement qu’on nous écoute et qu’on nous vienne en aide.

 

Vous avez fait entendre votre voix en manifestant en faveur de deux de vos compatriotes malades qui devaient être évacués pour des soins à l’hôpital. Puis, il y a eu cette menace de déportation qui après a été annulée. Est-ce que cela vous a découragé dans votre combat pour «une meilleure gestion des deux îles» ?

 

Pas du tout. Au contraire, je suis davantage motivé. En tant qu’artiste, tout ce qui se passe ces derniers temps m’inspire et me donne encore plus de force afin de lutter pour que nos conditions de vie s’améliorent. C’est un combat qui est noble. On se bat pour que des problèmes qui durent depuis des années soient réglés. Tout cela irrite les habitants qui s’insurgent de plus en plus contre la mauvaise gestion de l’archipel par l’OIDC.

 

Comment vivez-vous les réactions entourant la menace de déportation qui pesait sur vous ?

 

Je tiens à le préciser : ce n’est pas mon combat mais celui de tous les Agaléens. Je me suis rendu compte qu’il y a beaucoup de Mauriciens qui ont pris position contre la lettre de l’OIDC et je réalise aussi qu’ils sont beaucoup à nous soutenir par rapport à nos revendications pour de meilleures conditions de vie. Je remercie de tout cœur les Mauriciens, Chagossiens et Rodriguais qui sont à nos côtés en cette période où nous, les Agaléens, nous nous battons pour une meilleure gestion de notre archipel. Je me sens soutenu et cela, depuis que l’affaire a éclaté. J’ai ressenti beaucoup d’émotion. Je ne m’y attendais pas.

 

Quel est actuellement le mood des habitants dans l’archipel ?

 

Les Agaléens sont tous révoltés. Il y a de la colère. On se bat et nous réclamons des choses essentielles comme l’amélioration du service de santé. C’est une priorité. On doit être en bonne santé pour s’occuper de nos îles. Les structures hospitalières sont là mais il y a un manque d’équipements sur les deux îles. Il faudrait aussi renforcer le personnel médical.  Sur l’île du Sud, il n’y a pas de médecin. Il y a un seul médecin qui doit travailler faire des allées et venues sur les deux îles. Il y a également des problèmes quand, par exemple, la mer est houleuse et quand le déplacement du médecin n’est pas possible. Ce sont alors les malades qui en souffrent. Mieux équiper les hôpitaux nous permettrait d’avoir des traitements adéquats et cela ne nécessiterait alors pas des déplacements de malades vers Maurice. Un médecin sans équipements appropriés ne peut pas travailler correctement.

 

Quels sont les problèmes que rencontrent les Agaléens à cause de ce manque d’infrastructure ?

 

Les malades rencontrent beaucoup de difficultés. Quand des patients doivent se rendre à Maurice pour se faire soigner, ils doivent forcément trouver un logement quelque part, chez des amis ou de la famille. Ils ne recoivent aucune aide du ministère de la Santé ou de l’OIDC. Je connais même des gens dans cette situation qui se sont endettés et qui ont contracté des prêts. Ici, il n’y a pas de dentistes, ni un médecin pour les problèmes de vue. Il n’y a rien. S’il y avait un hôpital digne de ce nom, des problèmes de ce genre n’auraient jamais existé.

 

Quelles sont les autres revendications des Agalééns ?

 

Pour nous, l’OIDC n’a pas les compétences pour gérer Agalega. Il y a suffisamment de personnes compétentes ici. Les Agaléens peuvent gérer leurs terres eux-mêmes. Nous souhaitons que l’OIDC soit évincé et qu’on ait un bureau central à Agalega, qu’on définirait comme un Agalega Welfare Fund. Depuis 1983, l’OIDC gère les deux îles. L’instance est propriétaire de toutes les maisons alors que la population n’est propriétaire de rien. On travaille, on a un salaire tous les mois, quatre bateaux sont affrétés tous les ans, et c’est tout. Selon le dernier Budget, 50 maisons devraient être construites dans l’archipel. Un bateau est venu récemment et il n’y avait rien comme matériaux de construction. Depuis quatre ans, on attend. Depuis quatre ans, enn bout blok pann poze. Et pourtant, il y a des problèmes de logement. Il y a des Mauriciens qui doivent venir travailler ici, et l’OIDC leur répond qu’il n’y a pas de logement. C’est normal qu’il n’y en ait pas si rien n’est fait pour construire des maisons et autres logements. Il y a ici beaucoup de richesses qui ne sont pas utilisées. Il n’y a pas de programme, pas de plan, pas d’outil pour développer l’archipel. Pourtant, auparavant, on faisait nos meubles ici, il y avait une scierie. Mon père était d’ailleurs un charpentier. Maintenant, il n’y a plus tout ça. Le bois pourrit sur place et pourtant, il y a ici du bois de bonne qualité mais pas les outils et équipements pour le travailler.

 

On peut aussi faire du bon charbon. On s’est proposé de le faire, ça n’a pas été approuvé. C’est pareil pour le secteur de la pêche. On pêche pour gagn enn cari pou nou fami mais c’est tout. Ce secteur aurait pu être exploité. Ce n’est pas logique. Nous nous battons aussi pour avoir accès à Internet.

 

Qu’en est-il du secteur de l’éducation ?

 

C’est un gros souci. Il y a un certain nombre d’enseignants qui doivent enseigner dans trois ou quatre classes. Ils bossent dur mais ce qu’on leur demande de faire n’est pas faisable. Un élève doit avoir droit à un calendrier scolaire complet. Or, quand un seul prof doit se partager entre plusieurs classes, un élève se retrouve à avoir seulement un calendrier scolaire écheloné sur quatre mois. Et quand le ministère de l’Éducation décide d’envoyer plus de profs, l’OIDC répond qu’il n’y a pas de logement. À travers cette façon d’agir, je me dis qu’il ne veulent pas que les Agaléens aient accès à l’éducation.

 

Quelle solution poposez-vous ?

 

La solution pourrait être la construction de maisons pouvant accueillir plus d’enseignants. Mais en attendant, il y a une maison qui est là et qui est libre car elle est censée accueillir des VIP. Elle pourrait servir à accommoder deux enseignants. 

 

La vice-Première ministre est attendue dans l’archipel demain, lundi 24 septembre, pour une visite de sept heures. Quelles sont vos attentes par rapport à cette visite ?

 

Il y a eu, le samedi 22 septembre, une grande réunion avec la population pour préparer le programme dans le cadre de cette visite. Nous allons certainement bien l’accueillir parce que le peuple agaléen est un peuple accueillant. Nous espérons lui confier tous nos problèmes, qu’elle nous écoutera et que cette visite portera ses fruits. On espère aussi qu’elle écoutera nos doléances contre les dirigeants de l’OIDC concernant leur mauvaise gestion de l’archipel et que des sanctions suivront. Nous attendons sa visite avec impatience.

 

Pourquoi pensez-vous porter votre lettre de déportation devant la Cour de La Haye ?

 

Si jamais il n’y a aucune sanction qui suit par rapport à ce qui s’est passé, je pense aller devant la Cour de La Haye parce que, pour moi, j’ai subi une injustice. Il faut qu’il y ait des sanctions. J’ai été affecté par cette affaire et ma famille aussi. Il ne faut pas qu’il y ait tentative d’étouffer cette affaire.

 

Avez-vous un souhait à formuler pour votre archipel ?

 

Pour moi, Agalega peut être un atout touristique pour Maurice. On a de très belles plages et de beaux paysages. Les îles regorgent aussi de richesses naturelles, avec ses fruits de mer et ses cocotiers, entre autres. Je connais beaucoup de gens, des Mauriciens comme des étrangers, qui veulent venir visiter l’île. Il faut en finir avec ce système de devoir passer par l’OIDC pour venir sur l’île. Je souhaite aussi que nos enfants aient accès à une éducation de qualité et qu’ils puissent par la suite prendre la relève pour gérer les îles.