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Armoogum Parsuramen : «Avec l’apport de tous, on peut rebâtir une meilleure île Maurice»

«Nous ne pouvons améliorer les choses qu’à travers les consultations avec les différents partenaires et dans le consensus...»

Il tire à bout portant sur le gouvernement, sa vision de la situation actuelle n’est guère optimiste mais il cultive l’espoir, l’espoir qu’une île Maurice meilleure naîtra de toutes les douleurs par lesquelles elle passe ces derniers temps, surtout depuis que la Covid s’est invitée chez elle. Mais pour cela, dit l’ancien ministre de l’Éducation reconverti dans le social, il faut soit que le gouvernement change radicalement sa manière d’être et de faire, soit qu’on change carrément de gouvernement. 

Comment je vis ces temps de pandémie…

 

Challenging. C’est définitivement une expérience très difficile et challenging pour toute la population, y compris pour ma famille et moi, qui avons dû composer avec une nouvelle façon de vivre. Le plus dramatique, c’est que cette pandémie touche le monde entier, créant des situations difficiles comme les fermetures de frontières, les confinements et autres restrictions, et entraînant des bouleversements dans la vie de tous les jours et à tous les niveaux.

 

Traumatisme. Je remercie Dieu de nous avoir préservés, protégés, mes proches et moi, mais je suis très triste de voir combien de personnes ont perdu la vie en raison de la Covid-19. J’ai moi-même perdu des amis, de la famille. C’est une expérience très traumatisante pour tous ceux qui ont perdu quelqu’un dans cette pandémie et pour les personnes qui ont été confrontées à la Covid-19.

 

Les leçons À tirer de tout ça…

 

Consultations. Il y a plusieurs leçons à tirer de toute cette situation. D’abord, d’un point de vue franc et objectif, quand la Covid s’est déclarée à Maurice, on a complètement raté le coche. Dans un pays, c’est le gouvernement qui prend les grandes décisions et donne la direction. Face à ce grand défi qui s’annonçait, qu’a-t-il fait ? Il a hésité à mettre un lockdown, il n’a pas eu de consultations avec les stakeholders, soit les parlementaires, les chefs religieux et autres, pour décider ensemble de ce qu’il fallait faire, il n’a pas rassemblé la population autour d’une décision, alors que c’était une occasion en or de le faire.

 

Consensus. Il n’y a pas eu de concientisation, de solidarité et de consensus autour d’un programme. S’il y avait eu cela, tout le monde se serait senti concerné, aurait participé plus activement au combat contre la Covid-19 et il y aurait eu moins de dégâts. Nous en serions aussi sortis plus forts et serions devenus un exemple pour le monde entier. Alors que là, par sa façon de faire, le gouvernement a mis des doutes dans l’esprit des gens, le lockdown a été déclaré dans des conditions floues et ambiguës, sans même donner de préavis aux Mauriciens qui étaient en déplacement à l’étranger, il y a eu des maldonnes au niveau des contrats alloués dans le cadre de la pandémie, et plein d’autres choses encore. Une série d’approches et d’attitudes qui n’ont pas donné confiance à la population, y compris à Rodrigues.

 

Petits copains. On a plutôt utilisé la situation pour bloquer la population, et ainsi mieux la contrôler, et on a favorisé les petits copains, la famille, comme d’habitude. Inn ena bann vanpir kinn profit la sitiasion kouma dir sov souri pe manz frwi. Nous sommes dans une guerre depuis deux ans et au lieu de rassembler la population et de faire appel à la solidarité et la générosité, le gouvernement a abusé de notre confiance. Il aurait pu se ressaisir par la suite mais pas du tout. Il n’a tiré aucune leçon de ses erreurs, il continue à gérer la situation et le pays avec arrogance et dans l’opacité, et ça va de mal en pis.

 

Solidarité. D’un autre côté, cette pandémie a aussi amené du positif. Nous avons vu comment la population mauricienne a mis en oeuvre un sens de la solidarité extraordinaire depuis le premier confinement. Il y a eu de la compassion, de l’entraide, entre amis, voisins, familles, et à travers les ONG. À la Global Rainbow Foundation, par exemple, outre de continuer notre travail auprès des handicapés en ligne, nous avons recensé 2 000 familles dans le besoin et leur avons distribué des foodpacks avec l’aide de nos sponsors. Nous continuons à le faire auprès de plusieurs familles qui ont encore des difficultés à joindre les deux bouts.

 

Comment améliorer les choses…

 

Avancer. Nous ne pouvons améliorer les choses qu’à travers les consultations avec les différents partenaires et dans le consensus. Pourquoi ne pas faire des séances spéciales à l’Assemblée nationale avec tous les parlementaires mais aussi les représentants des différents secteurs de la société ? Avec l’apport de tous, on peut avancer vers une meilleure île Maurice pour tous, rebâtir notre nation en mieux pour nous-mêmes et les générations à venir. Prenons l’éducation par exemple, un secteur qui m’intéresse particulièrement en tant qu’ancien ministre de l’Éducation. À aucun moment, il n’y a eu de consultations avec les partenaires, soit les recteurs, les enseignants, les parents, pour voir ensemble quelle est la meilleure solution pour nos enfants.

 

Éducation. Toute une génération d’étudiants est en train de perdre énormément avec le système mis en place par le ministère de l’Éducation en ces temps de pandémie. Les cours à la télévision sont difficiles à suivre pour tous les enfants et sont truffés de fautes. La plupart des enfants n’ont pas accès à des classes en ligne avec leurs enseignants comme le font les écoles privées. Certains n’ont même pas de tablettes ou d’ordinateurs. Le gouvernement aurait pu mettre sur pied un bon système de cours en ligne accessible à tous, comme en Inde, et aurait dû également donner aux enfants dans le besoin une tablette pour qu’ils puissent étudier correctement au lieu de dilapider des centaines de millions dans des magouilles !

 

Contact. Le mieux aurait été de continuer les classes en présentiel, même si c’est en petit groupe. C’est important que les étudiants aient ce contact entre eux et avec leurs enseignants. Les enfants handicapés, notamment, souffrent beaucoup de cette situation.

 

Les lueurs d’espoir qui brillent…

 

Opposition. C’est la classe politique qui peut amener un vrai changement et allumer des lueurs d’espoir pour la population. On voit bien que le gouvernement en place fait tout pour rester au pouvoir, peu importe la façon d’y arriver. Il faudrait donc une opposition solide pour contrer cela. Les partis de l’opposition devraient arrêter de se tirer mutuellement dessus et s’unir pour former une alternative crédible. Mettez vos egos de côté, rassemblez-vous et proposez un programme garantissant le bien-être et la liberté de la population.

 

Choix. L’équipe dirigeante de l’opposition doit se changer elle-même pour attirer des jeunes et des gens compétents qui veulent se mettre au service du pays. Car le gouvernement doit être là pour servir et pas pour se servir. Et la population aussi, au moment de voter, doit pouvoir faire des choix éclairés en toute conscience pour le bien de tous.

 

Dieu. Et n’oubliez pas qu’il y a un Dieu qui nous guide, nous protège, nous aide. N’hésitons pas à prier pour être éclairés dans nos décisions et nos actions. Ayons confiance en Dieu et en notre pays. Nous nous en sortirons.

 

Mon actu du moment

 

Après avoir été ministre de l’Éducation pendant 13 ans, avoir travaillé à la Banque mondiale pendant deux ans et à l’Unesco pendant 12 ans, je suis revenu à Maurice il y a 10 ans et j’ai aussitôt mis en place la Global Rainbow Foundation qui aide les personnes en situation de handicap en leur offrant des prothèses, des fauteuils et d’autres équipements ainsi que des cours de formation et plusieurs formes de soutien encore. Nous avons aidé environ 4 000 personnes jusqu’ici grâce à l’apport de nos sponsors. Ma source d’inspiration pour cette mission sociale est Mère Teresa que j’ai rencontrée en 1994 en Inde, ainsi que Gandhi ou encore Desmond Tutu à qui nous avons rendu hommage, le père Fanchette, Alain Laridon et moi, au cours d’une célébration le jeudi 6 janvier à Ste-Croix. Depuis quelque temps, je fais beaucoup d’introspection sur comment je peux aider à tirer le pays du marasme où il est actuellement, surtout concernant le domaine de l’éducation qui me touche particulièrement. Toutefois, je ne compte pas me réengager dans la politique active.