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Aret Kokin Nou Laplaz : À Pomponette : pour que l’État bouge…

Yan Hookoomsing invite les Mauriciens.

… face à l’accès au patrimoine naturel devenu une priorité. C’est l’objectif de la rencontre de ce dimanche 8 juillet.

Que l’appel s’envole comme des grains de sable. Soumis à la brise d’un après-midi d’hiver. Qu’il tournoie autour des Mauriciens et chuchote la mélodie de la plage dans le creux de leurs oreilles. À quelques heures de leur grand pique-nique engagé, les membres du mouvement Aret Kokin Nu Laplaz (AKNL), formation qui milite pour l’accès aux plages, pour faire simple, met en place les derniers détails de ce rendez-vous national qui aura lieu sur la plage de Pomponette, symbole d’un combat, aujourd’hui, dimanche 7 juillet, à partir de 11 heures. 

 

Clear Ocean Hotel and Resort Ltd  avait jusqu’à dimanche dernier, soit le 30 juin, pour commencer les travaux de son projet hôtelier sous peine de faire face à la résiliation de son bail. Désormais, il semblerait que le gratin macaroni soit cuit pour le groupe sud-africain. Mais ce n’est pas certain. L’État peut, une nouvelle fois, renouveler le bail. Alors le combat ne s’arrête pas là. «C’est au gouvernement de prendre ses responsabilités, désormais», confie Shanon Goundan, militant d’AKNL.

 

En fin de semaine, AKNL s’attendait à un dénouement dans l’affaire engagée en Cour suprême concernant une révision judiciaire sur la déproclamation de Pomponette. Néanmoins, les choses ne se sont pas exactement passées comme prévu (voir hors-texte). Alors, pour donner à voir au gouvernement, pour marquer les esprits et sensibiliser à la cause de l’accaparement des plages, le mouvement pousse un cri de ralliement : «Libérez Pomponette !» Au cœur d’une bataille légale et citoyenne, menée depuis des années maintenant, il y a cette splendide plage du sud de l’île, témoignage vivant racontant encore ces bouts de sable sauvages qui se sont égrenés avec le temps.

 

Et si depuis 2017, le promoteur international qui devait construire un resort sur une partie de l’île n’a pas commencé les travaux, la portion de la plage allouée à ce contrat n’a toujours pas été remise dans le domaine public. Alors, le dimanche 7 juillet, c’est le moment, estime Shanon Goundan, d’envoyer un message fort à l’État, pour qu’il bouge, qu’il se décide. De lui rappeler l’importance des plages dans le cœur d’un Mauricien. Dans ses veines, un peu d’eau de mer. Un rien de sable. Et beaucoup de douceur.

 

Mais il ne s’agit pas là d’une raison de se laisser faire : «Nous devons nous mobiliser ensemble. C’est la dernière ligne droite. Il faut montrer au gouvernement que le Mauricien est attaché à ses plages. C’est pour cela que nou demann tou dimounn desann. Si ce n’est pas maintenant, ce sera trop tard.»

 

Pique-nique citoyen

 

Pour le combattant des plages, Pomponette est un symbole, un flagship de toutes ces batailles menées ou à mener : «Ce n’est pas juste cette plage-là, il s’agit de toutes ces plages auxquelles les Mauriciens n’ont pas accès.» Dans le message de ce dimanche 8 juillet, une notion de pression, bien sûr, mais aussi, et surtout, de paix et de calme pour que les événements d’un 1er-Mai passé ne se reproduisent pas : «Nou pa pou al kraz baraz la. C’est un pique-nique citoyen, un moment de reconnexion aux plages, un jam…»

 

D’ailleurs, la décision de Rezistans ek Alternativ d’organiser sa manifestation, le dimanche 30 juin (jour de la date butoir du promoteur) laisse sous-entendre qu’entre les deux formations, pourtant liées sur la question de l’accaparement des plages, il y a eu des parasites sur la ligne de communication. Reste que ce dimanche 7 juillet, plusieurs artistes seront présents pour assurer l’ambiance musicale. Il sera question de partage autour de la plage. De laisser son empreinte positive, ses ondes d’amour afin que Pomponette soit accessible à tous. C’est pour ça qu’Oormila Sahodree sera sur place. La jeune femme, membre d’AKNL, croit fermement à la notion du patrimoine naturel, celui qui appartient à tous. Celui qui fait partie du bien commun. Les plages s’inscrivent dans cette optique : «Elles sont à tous les Mauriciens. C’est un loisir gratuit et accessible à tous.» Malheureusement, confie-t-elle, fer lakot n’est plus totalement possible : «La plupart des jolis coins sont occupés par des hôtels et des villas.»

 

Alors, elle se sent concernée et s’imagine citoyenne engagée pour un avenir qu’elle rêve plus serein pour Maurice : «Notre futur est basé sur ce que nous faisons maintenant. Alors ce combat n’est pas celui d’AKNL, c’est celui de tous les Mauriciens.» Elle espère que son appel sera entendu…

 


 

En Cour suprême : objections préliminaires «lor baz»

 

Les membres d’AKNL pensaient que l’affaire serait, enfin, prise sur le fond. Cependant, cela n’a pas été le cas, le vendredi 5 juillet en Cour suprême. La représentante juridique de l’État a soulevé des objections préliminaires concernant les affidavits jurés et les informations fournies par le mouvement de contestation. Il demande une révision judiciaire concernant la décision de Showkutally Soodhun, ancien ministre des Terres, de déproclamer une partie de la plage de Pomponette. Pour Yan Hookoomsing, c’est une manoeuvre dilatoire afin «que l’affaire ne soit pas prise sur le fond». Il précise, toutefois, que le combat ne faiblira pas (rendez-vous en septembre pour un prochain hearing et les réponses de l’homme de loi d’AKNL). Shanon Goundan abonde dans le même sens : «C’est la dernière ligne droite ; alors c’est un delaying tactic. Ça fait trois ans que les affidavits ont été déposés, pourquoi s’attarder sur des détails aujourd’hui.»

 


 

Manifestation : Ashok Subron convoqué

 

Un petit tour et puis s’en va. C’est au poste de police de Chemin-Grenier qu’Ashok Subron s’est rendu le jeudi 4 juillet. Il a été questionné sur la manifestation de Rezistans ek Alternativ sur la plage de Pomponette le dimanche 30 juin, suite à déposition d’un membre de Clear Ocean Hotel and Resort Ltd. Le principal porte-parole du parti de gauche a fait valoir son droit au silence.