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Allégations de violence policière meurtrière | Le frère de Khaleel Anarath : «Il craignait pour sa vie en détention»

Zakir Anarath s’interroge sur les circonstances dans lesquelles son frère a trouvé la mort.

Ils ne comptent pas rester les bras croisés. Les membres de la famille de Khaleel Anarath se mobilisent, en compagnie de leurs hommes de loi, afin de réclamer la vérité et la justice après la mort de celui-ci sous la responsabilité de la police. En détention policière depuis le 12 novembre, pour un délit qu’il n’aurait pas commis, selon sa famille, il avait été admis à l’hôpital à trois reprises depuis, jusqu’à y rendre l’âme le vendredi 29 novembre. Avant sa mort, il aurait fait des confidences troublantes à sa mère et son frère. Ces derniers, effondrés, livrent un vibrant témoignage.

 «Nous devons le respect aux vivants et la vérité aux morts.» Cette phrase lourde de sens, lancée par Me Sanjeev Teeluckdharry lors d’une conférence de presse en compagnie de la famille Anarath, témoigne de tout le combat que mène celle-ci pour que la lumière soit faite autour de la mort d’un des siens, Khaleel. Ceux présents ont le visage austère, triste, en ce jeudi 5 décembre. La mort leur a arraché un être cher et volé leur sourire et leur paix d’esprit. Tous pensent et repensent à ce décès «douteux» qui font se tourner et se retourner les questions dans leur tête. Et ils veulent des réponses, que la vérité et la justice triomphent.

 

Voilà un peu plus d’une semaine que Khaleel Anarath, un habitant de Plaine-Verte âgé de 38 ans, a trouvé la mort dans des circonstances «douteuses» au service des soins intensifs de l’hôpital Jeetoo. Arrêté par la police le 12 novembre, il avait été hospitalisé à trois reprises. La première, du 12 au 18 novembre, la seconde, du 22 au 23 novembre, et la troisième, du 25 novembre jusqu’à ce qu’il rende l’âme quatre jours plus tard.

 

Depuis, ses proches sont minés par des soupçons. Alimentés par les traces de blessures qu’ils ont décelées sur lui ainsi que les confidences qu’il a faites à sa mère Mimma et à son frère Zakir quelques jours avant de pousser son dernier souffle. Convaincue qu’il ne s’agit pas d’une mort naturelle, la famille Anarath a retenu les services des avocats Sanjeev Teeluckdharry et Anoup Goodary, et réclame l’ouverture d’une enquête.

 

Des bleus

 

Khaleel Anarath était déjà en liberté conditionnelle lorsqu’il a été appréhendé par la brigade criminelle de Port-Louis Nord le mardi 12 novembre. Il lui était reproché de «giving instructions to commit a crime» – un délit pour lequel la police aurait cherché à lui faire porter le chapeau, à en croire son entourage. Mais le jour de son arrestation, il n’a pas été placé en détention policière. À la place, il a été admis en salle à l’hôpital Jeetoo. Pourquoi ? Selon sa mère Mimma, c’est parce qu’il aurait été tabassé violemment par les forces de l’ordre. Le regard plein de colère et d’amertume, elle raconte : «Quand j’ai appris qu’il avait été hospitalisé, je lui ai rendu visite dès le lendemain matin. J’ai remarqué qu’il avait des bleus sur les deux bras et des taches de sang dans le blanc de l’œil gauche. Lorsque je l’ai questionné, il m’a dit qu’il avait été agressé par la police à coups de matraque le jour de son arrestation.»

 

Le lundi 18 novembre, Khaleel Anarath a obtenu la permission de sortir de l’hôpital Jeetoo et a  été directement placé en détention à Alkatraz. Il y a été à nouveau admis quatre jours plus tard pour une endoscopie. Mais celle-ci n’a finalement jamais eu lieu pour des raisons que ses proches ignorent. Le trentenaire a alors été à nouveau placé en détention.

 

Mimma Anarath ne serait pas la seule à qui le trentenaire se serait confié. Khaleel Anarath a également fait part de ses «malheurs» à son petit frère Zakir qui lui avait rendu visite à plusieurs reprises. Alors encore en possession de ses moyens, il aurait confié à celui-ci que les policiers ont voulu l’obliger à accepter les accusations qu’ils portaient contre lui. «Li finn dir mwa ki bann la polis-la finn bat li ek finn dir li tank ki li pa sign sa lanket-la, zot pa pou fini ar li.» Son frère lui aurait même donné le nom d’un des policiers qui l’aurait agressé, tout en affirmant qu’il pourrait le reconnaître. «Li finn dir mwa fer so demars pli vit posib pou li gagn so kosion. Il craignait pour sa vie en prison.»

 

Il précise que Khaleel Anarath serait allé encore plus loin dans ses confidences. «Il m’a raconté avoir obtenu des renseignements selon lesquels une famille influente aurait déboursé une grosse somme d’argent pour l’éliminer. Il voulait absolument que j’entame les démarches pour qu’il sorte de prison parce qu’il ne s’y sentait pas en sécurité.» Notre interlocuteur explique que son frère a eu des différends avec les personnes concernées à plusieurs reprises dans le passé. Mais il tient à garder confidentiels leurs noms pour le bon déroulement de l’enquête.

 

Tourmentés par les inquiétantes révélations de Khaleel Anarath, ses proches se sont rendus au centre de détention le lundi 25 novembre, espérant pouvoir l’y rencontrer pour lui remettre de la nourriture et des vêtements propres. «Malheureusement, nous n’avons pas été autorisés à le voir parce qu’il n’y avait pas de visites. Les policiers sur place nous ont affirmé qu’il allait bien et nous ont dit qu’il nous demandait de nous présenter en cour le lendemain, accompagnés de son homme de loi. Nous sommes partis, rassurés qu’il ne lui était rien arrivé», raconte Mimma. Mais les proches du trentenaire n’étaient pas au bout de leur peine. Car le lendemain matin, alors que tout était fin prêt pour que Khaleel Anarath s’entretienne avec son avocat au tribunal, des policiers se sont présentés au domicile de ses parents pour leur annoncer qu’il avait été à nouveau admis à l’hôpital Jeetoo. «Kan nou finn rann li vizit dans ICU, nou finn gagn sok. Il était inconscient et avait une sévère blessure à l’arcade sourcilière gauche. Dokter finn dir nou ki enn la venn inn kase dan so la tet parski so tansion finn monte.» Pourtant, d’après ses proches, il n’aurait jamais souffert d’hypertension. Ils ne comprennent pas non plus comment il a été blessé à l’œil gauche. Khaleel Anarath a rendu l’âme au bout de quatre jours, plongeant son entourage dans un désarroi total.

 

Révoltant

 

Pour l’entourage de Khaleel Anarath, plusieurs zones d’ombre doivent être éclaircies. C’est la raison pour laquelle ils ont fait appel aux services des avocats Sanjeev Teeluckdharry et Anoup Goodary dans le cadre de cette affaire. «Il est inadmissible que dans une île Maurice moderne, un individu ait été appréhendé uniquement sur la base d’allégations, que les autorités lui aient refusé une caution, qu’il ait été détenu pendant des semaines, et qu’il ait par la suite perdu la vie à l’hôpital», s’insurge Me Sanjeev Teeluckdharry. Il poursuit sur sa lancée : «C’est d’autant plus révoltant que des traces de blessures ont été décelées sur lui. Ce n’est pas correct. Nous devons revoir tout le système.» Il a adressé une correspondance au commissaire de police dans laquelle il dénonce certaines pratiques des forces de police et lui demande de se procurer les images des caméras CCTV de la CID de Port-Louis Nord et du Centre de détention des Casernes centrales.

 

L’avocat a tenu à préciser que son client Zakir Anarath est en possession de photos démontrant le martyr qu’aurait subi son frère Khaleel entre les mains des policiers mais qu’elles ne seront pas divulguées au public, par respect pour le défunt. Celles-ci seront remises aux autorités compétentes uniquement si une enquête judiciaire est instituée.

 

Une requête a été effectuée en ce sens à la magistrate Manjula Bhoojaruth devant la cour intermédiaire ce jeudi 5 décembre. Comme tel avait été le cas lorsqu’il avait défendu David Gaiqui, une victime de brutalité policière, Me Sanjeev Teeluckdharry réclame une enquête indépendante. Sollicité, l’inspecteur Shiva Coothen, du Police Press Office (PPO), précise : «Une enquête est en cours. Nous attendons les conclusions de celle-ci avant de nous prononcer sur le sujet.»

 

Khaleel Anarath, qui avait un casier judiciaire chargé, était marié et papa d’un garçon de 12 ans. Il travaillait comme boucher au marché central de Port-Louis et était passionné par son métier, qu’il exerçait depuis une vingtaine d’années. Son frère Zakir indique qu’il était quelqu’un de «sympathique et populaire, dont le passe-temps avait toujours été le travail jusqu’à ses problèmes de santé». Anéanti par sa disparition tragique, il espère que justice lui sera rendue. «C’est une grande perte pour notre famille ; surtout pour son fils pour qui il s’est toujours sacrifié. Son rêve le plus cher était de lui donner une bonne éducation afin qu’il réussisse dans la vie. Malheureusement, il ne le verra pas grandir», se désole-t-il. Ses funérailles ont eu lieu le samedi 30 novembre en présence de proches rongés par le chagrin, la révolte et les doutes.

 

Adrien Duval, avocat : «Nous attendons le Criminal Justice Bill »

 

«Khaleel Anarath est un mort de plus, un mort de trop dans nos centres de détention. La lumière doit être faite sur cette affaire. Ce qui s’est produit est très grave. Le commissaire de police doit prendre cette affaire au sérieux», lance Adrien Duval, avocat. Il déclare que ce qui s’est produit est une défaite pour nous alors que nous attendons toujours le Criminal Justice Bill. «Cela aurait drastiquement changé notre système, ainsi que notre manière d’enquêter et de poursuivre des suspects.» Le simple fait de détenir un individu sur la base d’allégations, dit-il, est déjà un moyen de pression pour qu’il fasse des aveux, même s’il n’a commis aucun crime. Selon lui, si nous avions le Criminal Justice Bill, comme on nous l’avait promis en 2014, cela aurait été un système beaucoup plus basé sur des preuves plutôt que sur des confessions. «J’estime que l’Independent Police Complaints Commission détient déjà le mandat et le pouvoir pour entamer une enquête sur cette affaire en attendant que la magistrate tranche.»

 

Jameel Peerally, travailleur social : «Nous devons agir vite»

 

«Cette situation est malheureuse et alarmante car elle nous rappelle le cas d’Iqbal Toofany. La dernière fois, nous avions dû descendre dans les rues pour mobiliser la population et obtenir la justice. Par la suite, j’avais pris rendez-vous avec le DPP et au bout de quatre jours, il y avait eu l’ouverture d’une enquête judiciaire. Cette fois encore, nous devons agir vite. Ce n’est pas possible que dans une démocratie, la police soit juge et bourreau. J’espère que nous n’aurons pas à mobiliser la population encore une fois pour obtenir justice dans ce cas.»