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Allégations de «sniffing» : les activistes se mobilisent et invitent les citoyens à s’«unir pour libérer le pays»

Les mobilisations se multiplient afin de réclamer la démission et l'arrestation de Pravind Jugnauth.

Activistes, politiciens ou tout simplement citoyens… Ils ont différentes idéologies politiques mais réclament tous la démission du Premier ministre (PM), qu’ils accusent de «haute trahison». Depuis les allégations formulées par l’ex-CEO de Mauritius Telecom, Sherry Singh, concernant une opération de sniffing sur le câble SAFE à Baie-du-Jacotet, la vague de protestation ne cesse de prendre de l’ampleur. 

Ce lundi 25 juillet, ils sont nombreux à s’être mobilisés dans les rues de Port-Louis pour faire part de leurs revendications, essentiellement dans le sillage de l’affaire d’«espionnage» allégué qui aurait pour toile de fond, selon plusieurs observateurs, la bataille géopolitique entre l’Inde et la Chine pour contrôler l’océan Indien, soulevant ainsi la question de la «transformation d’Agalega en une base militaire».

 

C’est seule que Padma Utchanah, présidente du Ralliement Citoyen pour la Patrie, s’est tenue symboliquement devant l’hôtel du gouvernement en début d’après-midi du lundi 25 juillet pour manifester. Elle était munie de pancartes sur lesquelles on pouvait lire : «Modi, stop using my country to spy. Mauritius is not a state of India. Go home !» ou encore «Non à l’ingérence dans la politique mauricienne. Non à un pays maudit !». Dans une déclaration à la presse, elle a expliqué la raison de son geste : «Notre souveraineté est en péril. Nous ne pouvons pas rester les bras croisés. Nou Premye minis pe brak nou pei pou fer plezir a Narendra Modi (...) Nous devons réagir car nos ancêtres se sont sacrifiés pour que nous obtenions notre indépendance mais désormais, nous devenons “Inde-dépendants”. Si nou pa reazir, nou pou plore, nou zanfan pou plore.»

 

Elle en a profité pour lancer un appel à Pravind Jugnauth, lui disant qu’«il ne peut pas faire de la politique en utilisant la souveraineté d’un pays». Elle a aussi déclaré : «Je suis là pour défendre une cause ; c’est le plus important (...) Du fait qu’il y a eu une haute trahison, j’estime que le Premier ministre aurait dû être arrêté et soumis à une enquête.» Elle a, de plus, invité les autres citoyens à la rejoindre dans son combat.

 

Si cette manifestation, elle l’a démarrée seule, elle a bien vite été rejointe par d’autres activistes partageant son avis. Ivann Bibi, qui était parmi, avance : «Ce n’est pas la première fois que nous nous mobilisons depuis l’éclatement de l’affaire de sniffing et nous le ferons à nouveau.» Le motif de son geste, dit-il, est «de réclamer la démission et l’arrestation du Premier ministre. Il y a suffisamment de matière pouvant conduire à son arrestation». Il rappelle que le 15 juillet, il avait porté plainte contre Pravind Jugnauth au poste de police de Vacoas dans le cadre des allégations de sniffing, stipulant qu’en tant que citoyen mauricien, il a senti que ses droits constitutionnels relatifs à sa vie privée étaient violés. Cependant, dit-il, «la police a interpellé Sherry Singh mais n’a rien fait en ce qui concerne le véritable coupable. C’est ridicule !».

 

Selon lui, il est temps pour le commissaire de police (CP) «d’assumer ses responsabilités ; il n’est pas redevable envers le Premier ministre ou le gouvernement. Il a déclaré, par le passé, que la population pouvait avoir entièrement confiance en la police mais c’est totalement faux ! S’il n’agit pas, il sera complice de haute trahison. Les autres membres du gouvernement et les Advisors du PM aussi». Yvann Bibi persiste et signe : «Un ministre faisant l’objet d’une accusation provisoire doit step down. C’était là l’un des principes et l’une des valeurs du MSM. Yerigadoo, Collendavelloo et Dayal l’ont fait ; il ne doit pas y avoir d’exception. Il est temps pour le gouvernement de démissionner.»

 

Aujourd’hui, dit Ivann Bibi, «je crains pour mon pays. Si le CP n’intervient pas rapidement et ne procède pas à l’arrestation du PM, il sera tenu pour responsable si cela entraîne le chaos dans notre île. Le peuple ne va plus tolérer tout ce qui se passe». Il rappelle qu’avant ce nouveau scandale, il y a eu de nombreuses manifestations populaires ayant réuni des milliers de personnes. Il lance d’ailleurs un appel à la population mauricienne afin qu’elle s’unisse et se mobilise à nouveau le 12 août, pour faire part de ses revendications, le temps d’une manifestation qu’il met sur pied.

 

Quelques heures avant de s’envoler pour l’Angleterre, Percy Yip-Tong, l’activiste culturel, social et écologique, avait également fait le déplacement à Port-Louis le lundi 25 juillet. Réagissant aux allégations de sniffing formulées par l’ex-CEO de Mauritius Telecom, il lâche : «C’est grave !

 

Bien qu’il y ait eu deux versions différentes avancées par les protagonistes, le public juge, la population et les médias internationaux en parlent. Ce qui s’est produit est illégal et louche.» Il poursuit : «Il faut savoir ce qui a été demandé : est-ce le Premier ministre qui a demandé une intervention sur le câble SAFE ou l’inverse ? Les médias indiens avancent, eux-mêmes, que c’est Narendra Modi qui a donné les directives. Si tel est le cas, comment un Premier ministre peut-il l’accepter sans broncher ? Il s’agit d’un crime contre notre propre pays et notre peuple !»

 

Ce qui l’a poussé à faire entendre sa voix, dit-il, «c’est parce que j’ai mal pour mon île». Reprenant l’expression citée par la députée Joanna Bérenger il y a quelques semaines, «manz bondie, kaka diab», il déclare que «c’est exactement ce qui se passe en ce moment. Comment notre Premier ministre peut-il prétendre se battre pour les Chagos pour ensuite, par exemple, vendre Agalega aux Indiens ?» ; une cause qui lui tient également à coeur.

 

Percy Yip-Tong lance un appel aux Mauriciens afin qu’ils s’unissent le 7 août, en tant que citoyens, indépendamment de leur identité ethnique, idéologique ou politique, «pour se battre pour une île Maurice meilleure. Finn ariv ler pou nou bour li deor» !

 

Afin d’améliorer la démocratie de notre île, dit-il, «nous devons tous mettre notre ego de côté. Il est temps de cesser le racisme. Finn ariv ler pou lepep aret vot blok. Nous devons voter mauricien, voter l’homme, pour une deuxième république. Nous devons faire des sacrifices aujourd’hui pour avoir des résultats concluants demain.»

 

Cette manifestation du 7 août, rappelons-le, devrait avoir lieu entre 14 heures et 18 heures, dans les rues de la capitale. Le fait de se mobiliser, dit Percy Yip-Tong, «n’aura pas pour objectif d’ouvrir les yeux des citoyens mauriciens ; ils ont majoritairement les yeux grands ouverts sur tout ce qui se passe. Notre but est d’ouvrir les yeux du Premier ministre car il est aveugle et sourd. Il ne voit pas qu’il s’enfonce encore plus chaque jour. Nous ne pouvons pas attendre deux ans pour faire bouger les choses».

 

Quant à Raouf Khodabaccus, qui s’est également mobilisé cette semaine, il estime qu’«organiser une manifestation est désormais le seul moyen pour avoir des résultats. Nous l’avons fait quand le prix de l’essence a augmenté ou encore lorsque le scandale des comprimés Molnupiravir a éclaté ; cela avait apporté des résultats concluants». S’il a fait le déplacement dans les rues de Port-Louis afin de protester, dit-il, «se pou amenn enn revolision dan lespri dimounn. Sa gouvernman-la bizin ale. Bizin fer zot konpran ki zot inpopiler».

 

Toutes les semaines, ajoute-t-il, «mo desann lor koltar. Dimounn fini konpran ki zot dominer, ki zot fer par zot latet. Gouvernman-la bizin trouve ki pou lepep, zot bann komik». Si, contrairement aux autres activistes, il est d’avis que «le Premier ministre n’acceptera jamais de démissionner, comme nous l’avons constaté lorsque des milliers de gens se sont rassemblés après le scandale Wakashio, nous faisons de notre mieux pour que le message soit passé au sein de la population. Eleksyon, se sa nou revolisyon !».