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Allégations de «sniffing» : des Mauriciens entre indignation, inquiétude et interrogations

Cette affaire ne les laisse absolument pas indifférents. Au contraire, ces citoyens n’hésitent pas à dire leur façon de penser concernant toute cette histoire de sniffing qui monopolise l’actualité depuis quelque temps déjà, avec chaque semaine son lot de révélations, d’accusations, de contre-accusations, de questions parlementaires… Et le moins que l’on puisse dire, c’est que les Mauriciens que nous avons interrogés sont plutôt remontés. 

Kannen Poonen, Quatre-Bornes : «Mauvais signe…»

 

«Je dois dire que ce que j’entends ces derniers jours est vraiment scandaleux. En tant que Mauricien et jeune de ce pays, je trouve que ce n’est pas quelque chose qui nous rend fiers. Je suis avec attention ce qui se passe tous les jours dans l’actualité. Personnellement, je crois aux révélations de Sherry Singh car il est venu de l’avant avec plusieurs éléments qui peuvent être considérés comme des preuves. Pour moi, ces éléments tiennent la route et jettent le doute sur le discours tenu jusqu’ici par le gouvernement. Pour moi, la thèse selon laquelle il y a eu espionnage tient la route. Le fait que Pravind Jugnauth ne veuille pas délaisser son poste le temps qu’une enquête indépendante fasse la lumière sur toute cette affaire est mauvais signe selon moi. Je crois que la dernière chose que nous voulons pour notre pays, c’est une dictature.»

 

Thasha Gooramar, Castel : «C’est scandaleux»

 

«Il y a eu capture illégale de données. Notre Premier ministre n’a consulté personne et a exposé la sécurité nationale. Mais aussi comme un chatwa, il aurait suivi et obéi à son mentor en Inde. Les deux sont coupables et c’est scandaleux. Des traces ont été laissées lorsque les données ont été capturées et nous avons aussi entendu le CEO de MT dire qu’il avait toutes les preuves mais nous ne savons pas davantage. Le rapport du CTO aux membres du conseil d’administration de MT aurait dû être suffisant pour faire une enquête. Qui diable peut s’opposer à cette armada de chatwas ? Le Premier ministre aurait dû démissionner mais une bonne part de la population se comporte comme des moutons et se cache derrière les écrans pour critiquer. Notre gouvernement actuel a scellé la plupart des institutions importantes et critiques comme la police, l’ICAC, la BOM, la SBM ; elles sont assiégées. Pensez aussi au nombre de scandales qui se sont produits depuis que Pravind Jagnauth est Premier ministre. Quel sera le prochain ?»

 

Vincenzo Gaspard, Rose-Hill : «Une mise en scène du gouvernement ?»

 

«Lorsqu’on parle de sniffing, je trouve le mot en lui-même déjà très négatif. J’ai ma propre idée concernant la personne fautive mais je me demande pourquoi il faut que cela prenne de telles proportions. Selon moi, ça peut très bien aussi être une mise en scène du gouvernement car “Morisien kontan palab”. Pourquoi alors ne pas les aveugler avec un nouveau scandale ? Toutefois, n’oublions pas qu’entre-temps, le coût de la vie ne cesse de grimper. Nous avons même omis le fait que l’un des protagonistes de cette affaire gagnait entre Rs 500 000 et Rs 700 000 par mois pendant que nous, le petit peuple, gagnons une misère nous permettant uniquement de survivre. Nous savons tous que, comme pour toute accusation contre le Premier ministre, cela n’aboutira à rien. Qu’il soit fautif ou pas ne changera rien. Maurice ne sera plus un pays démocratique si ça continue mais une dictature.»

 

Sheila Rajcoomar, Flacq : «À qui profite toute cette histoire ?»

 

«C’est un sacré coup médiatique de partout, ce qui me fait me demander : à qui profite toute cette histoire ? Et tout à coup, on serait tous devenus des experts informatiques du jour au lendemain. Je me demande également pourquoi Sherry Singh a mis du temps à divulguer ces informations. Cette affaire de sniffing me passe par-dessus la tête en tout cas. Ce que je retiens le plus, c’est que ce sera difficile pour une tierce personne de décrypter les informations mais pas impossible. Et je ne pense pas que ceux qui font du sniffing vont s’intéresser à quel message le commun des mortels va envoyer à ses proches ou amis, mais plutôt à des informations plus spécifiques. Je me pose aussi la question : si cette affaire de sniffing est vraie, est-ce la première fois que quelque chose comme ça se passe chez nous ? Et sommes-nous aussi le premier pays à faire face à ce genre de situation ?»

 

Corinne Li, Port-Louis : «Ce qui est arrivé est bien grave»

 

«Je suis de très près cette histoire de sniffing. Je suis passionnée par mon pays et par ce qui s’y passe. Et j’ai vite compris que ce qui est arrivé est bien grave. Sur le plan international, Maurice sera désormais un pays dont on se méfiera et c’est vraiment dommage. Toute cette affaire m’inquiète. J’ai compris une chose : que le Premier ministre est plus dangereux que je ne le pensais. Pour moi, il n’y a pas mille et une façons de gérer cette affaire de sniffing : Pravind Jugnauth doit step down et laisser la justice suivre son cours (si ce pays est encore une démocratie !). Il ne faut pas croire que ce qui se passe est trop technique pour les Mauriciens. Je pense qu’on s’interroge tous. Dans mon restaurant, je côtoie beaucoup de monde et la majorité parle de cette affaire : femmes, hommes. Des jeunes, des vieux. Des personnes de toutes les classes sociales. Nous avons à cœur l’intérêt de notre pays et il est difficile de voir que ceux qui sont supposés assurer sa bonne gestion n’assurent pas.»

 

Zapheer Futloo, St-Paul : «Il faut une enquête approfondie et indépendante»

 

«J’ai déjà entendu parler de sniffing et quand cette affaire a éclaté, ça a tout de suite capté mon attention. C’est tracassant quand on entend parler de third parties. Maurice a toujours adopté une position non-alignée, à part sur le conflit russo-ukrainien où nous sommes rangés du côté ukrainien. Je pense que cette affaire de sniffing est liée aux grandes puissances de la région. Je suis d’avis qu’en tant que pays insulaire, nous ne devons pas nous mêler des affaires géopolitiques. Même des grandes nations comme les États-Unis et l’Angleterre n’ont pas pris position. Si c’est un survey qui a été fait, pourquoi faire appel à une tierce partie, alors que France Telecom détient 40 % de la compagnie. Pourquoi l’Inde et pas l’un des leaders du marché comme Alcatel, Sony Ericsson ou autres ? Il y a une question qu’on ne pose pas : qui a conseillé au Premier ministre de faire ce survey ? Est-ce que cette personne détient des infos ou est-ce un expert en informatique ? Il faut une enquête approfondie par un juge indépendant pour faire la lumière sur cette affaire.»

 

Jade Pydiah, Tyack : «Cela va à l’encontre de notre démocratie»

 

«Je trouve cela aberrant et cela va à l’encontre de notre démocratie. Ce sont tout de même des allégations très graves qui mettent en danger la vie privée de tout un chacun d’une certaine façon. J’espère vraiment que les enquêtes mèneront à du concret sur toute cette affaire et surtout que ceux qui disent détenir des preuves viendront de l’avant.»

 

Textes : Yvonne Stephen, Stephane Chinnapen, Amy Kamanah-Murday, Elodie Dalloo, Valerie Dorasawmy et Qadeer Hoybun