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Agressées à l’arme blanche par leur conjoint : le bouleversant témoignage de deux femmes brisées

Elles ont failli y laisser la vie. Mais c’est finalement avec des séquelles physiques et émotionnelles qui les accompagneront jusqu’à leur mort qu’elles s’en sont sorties. Joëlle Figaro, 43 ans, et Farida*, 29 ans, sont deux survivantes de la violence domestique. Durant la semaine écoulée, les deux femmes ont été agressées à l’arme tranchante par celui qui faisait autrefois leur bonheur. Déboussolées, bouleversées, elles racontent l’enfer vécu durant plusieurs années auprès de leurs bourreaux respectifs qui ont été placés en détention. 

Elles n’ont pas le même âge, n’ont aucun lien de parenté et ne se sont probablement jamais rencontrées. Pourtant, elles ont vécu la même tragédie. Pendant de longues années, ces deux mères de famille ont vécu dans l’enfer d’une vie maritale qui les consumait. Jusqu’à ce qu’elles trouvent finalement le courage de partir pour échapper à leur bourreau, à cette histoire d’amour qui s’était transformée en cauchemar, les meurtrissant émotionnellement et physiquement. Malgré cela, leur destin a connu le même terrible dénouement durant la semaine écoulée : les deux femmes ont été sauvagement tailladées par celui qu’elles avaient fui ; une agression qui leur laissera des séquelles psychologiques et physiques à vie. Elles racontent l’horreur.

 

L’histoire d’amour de Joëlle et Kursley Figaro démarre il y a environ 16 ans. À l’époque, l’habitante de Curepipe, aujourd’hui âgée de 43 ans, est convaincue d’avoir rencontré l’homme de sa vie. D’ailleurs, à peine trois mois plus tard, ils se disent «oui». Elle emménage ensuite à Sainte-Croix, auprès de lui et sa famille, pour vivre son conte de fées. Au départ, elle est sur un petit nuage. Elle pense avoir trouvé celui qui l’aimera de tout son cœur, la chérira, lui offrira la vie dont elle a toujours rêvé. Mais elle déchante très rapidement. 

 

Peu de temps après, les disputes commencent. Elle découvre à quel point son époux Kursley Figaro, 39 ans, est jaloux et possessif. «Il craignait que je le trompe. Il refusait que je sorte sans lui de peur que je ne me trouve quelqu’un d’autre. Il me soupçonnait même de ramener des hommes à la maison lorsqu’il allait travailler. Pourtant, je vis avec sa famille», relate Joëlle. Au départ, les agressions sont verbales. Pour les supporter, elle s’efforce de penser que c’est normal dans un couple. Mais au fil des années, les choses empirent : les injures deviennent des gifles, des coups. Et la naissance de leurs deux enfants – un fils et une fille – n’améliore guère leur relation déjà tendue.

 

Si Joëlle arrive à supporter les insultes et les injures, il n’en est pas de même pour les violences physiques. «J’ai quitté le toit conjugal à plusieurs reprises mais je suis revenue à chaque fois. Il disait qu’il changerait, qu’il arrêterait de boire, qu’il ne lèverait plus la main sur moi. Les membres de sa famille me demandaient aussi d’être patiente, de rester. Mais Kursley ne changeait que pour un court moment.» Deux mois de cela, elle finit par déposer les armes. «Il a commencé à être violent avec nos enfants également. Tellement que mon fils devenait lui aussi agressif. Je ne voulais pas de cette vie-là pour eux et j’ai définitivement quitté mon mari pour aller m’installer à Curepipe.» Elle entame, par la même occasion, des démarches pour obtenir un Interim Protection Order. 

 

Quand elle est partie de la maison, raconte Joëlle, leur fils de 13 ans est resté à Sainte-Croix. «Il ne voulait pas perdre ses repères et est resté auprès de son père. Mais leurs disputes étaient tellement fréquentes qu’au bout de deux semaines, il est venu me rejoindre.» Quant à leur fille de 14 ans, elle a préféré aller vivre avec sa mère. Toutefois, explique Joëlle, «le trajet était tellement long pour qu’elle se rende au collège à Triolet que j’ai dû l’envoyer vivre à nouveau chez Kursley». Jusqu’au samedi 18 juillet. «Elle m’a appelée en larmes. Son père lui répétait qu’il ne pourrait pas la prendre à sa charge, il la fatiguait moralement. Elle ne supportait plus de vivre avec lui.» La quadragénaire se rend donc à Sainte-Croix le lendemain pour la récupérer à l’arrêt d’autobus. Son bourreau saisit alors l’opportunité de se venger d’elle. «Lorsque ma belle-sœur est venue me rejoindre avec ma fille, Kursley l’a suivie. Il est sorti de nulle part et s’est acharné sur moi avec un cutter devant nos enfants. J’ai cru que j’allais y laisser la vie.»

 

Points de suture

 

Après cette violente agression, Joëlle a été admise à l’hôpital Jeetoo dans un état grave. Ses lacérations ont nécessité 50 points de suture au visage, cinq à la jambe et quatre à la main ; des cicatrices qui resteront à vie. Et dire que cinq jours plus tôt, son Interim Protection Order avait été annulé en cour. «Après que j’ai effectué mes démarches, Kursley ne s’est présenté au tribunal qu’à sa troisième convocation, le 14 juillet. Il a reconnu m’avoir agressée et a promis à la magistrate qu’il ne s’en prendrait plus à moi. La cour a jugé qu’il méritait une autre chance, qu’il n’était probablement pas si violent, et ma demande a été annulée. Cela ne l’a pas empêché de recommencer», déplore-t-elle. Son mari, poursuit-elle dépitée, «s’est même vanté auprès des habitants de la localité après m’avoir agressée». Arrêté par la suite, il a été placé en détention policière pour Breach of Domestic Violence Act. 

 

Joëlle Figaro n’est pas la seule à avoir vu la mort de près cette dernière semaine sous les coups d’un conjoint. Le mercredi 22 juillet, Farida* aurait pu perdre la vie si ses proches n’étaient pas intervenus à temps. Ce soir-là, cette habitante de Pailles, âgée de 29 ans, a été prise de court lorsque son époux – Shyam Adil Koojun, 32 ans –, de qui elle s’est séparée le 3 juin, s’est introduit chez elle en passant par une fenêtre ouverte. «Il était 22 heures. Je rentrais à peine du travail. J’ai pris une douche et j’étais sur le point de me coucher lorsque j’ai entendu du bruit provenant d’une autre pièce. Lorsque je suis allée vérifier, je suis tombée sur mon époux, qui se tenait debout avec deux couteaux à la main.» Le trentenaire l’a alors bousculée, avant de lui donner des coups de couteau au visage, au bras et au dos. Lorsqu’elle a entendu ses hurlements de douleur, la sœur de Farida a accouru et son bourreau a pris la fuite. Arrêté peu après, le trentenaire a été placé en détention policière.

 

Cauchemar

 

Farida a fait la connaissance de Shyam Adil Koojun il y a environ 13 ans. L’adolescente file alors le parfait amour avec lui. «J’avais 16 ans, j’étais encore en train d’étudier, et lui en avait 19. Nous nous sommes mariés peu de temps après et je suis allée vivre avec lui à Melrose.» Durant leurs premiers mois de vie commune, son mari est un compagnon exemplaire. Mais très vite, son penchant pour l’alcool commence à susciter des problèmes dans leur relation. «Au début, c’était des gifles, puis j’ai commencé par recevoir des coups de poing. Je suis quand même restée et je n’ai jamais porté plainte contre lui», regrette-t-elle. En 2012, elle retourne vivre à Pailles avec son fils après que son époux a été arrêté dans une affaire de meurtre. Alors âgé de 24 ans, il est soupçonné d’avoir participé, avec un groupe d’individus, à l’agression mortelle de Stellio Benjamin Coralie, un habitant de Melrose de 59 ans. Motif : ce dernier entretenait une relation avec une fille de 13 ans. 

 

Après seulement deux mois de prison, Shyam Adil Koojun recouvre la liberté après avoir été disculpé dans cette affaire. Il quitte alors Melrose pour aller vivre avec son épouse chez les proches de cette dernière à Pailles. «Mon cauchemar s’est alors poursuivi durant plusieurs années. Il a commencé à consommer de la drogue synthétique et cela le rendait encore plus violent. J’ai tenu le coup parce que je ne voulais pas que notre fils grandisse sans son père», confie-t-elle. Mais une énième agression, le 3 juin, la pousse à prendre la décision qui lui semble la plus juste. «Linn kas enn vantilater lor mwa ek donn mwa kout pwin. Je n’arrivais même plus à ouvrir l’oeil. J’ai donc préféré mettre un terme à notre relation sans me douter qu’il chercherait à se venger. Avant la dernière agression, il est venu sur mon lieu de travail pour me menacer ; j’ai pu lui échapper avec l’aide des vigiles qui étaient sur les lieux. Il a reçu un avertissement de la police par la suite mais cela ne l’a pas empêché de passer à l’acte par la suite.» 

 

Témoin des violences subies par sa mère, le fils du couple, âgé de 10 ans, est complètement traumatisé. «Il a confié à son grand-père qu’il en avait assez de tout, qu’il voulait mettre fin à ses jours. Il ne souhaite plus voir son père.» C’est pour cela, dit-elle, qu’elle a préféré signer sa fiche d’autorisation pour sortir de l’hôpital après son agression, le mercredi 22 juillet. «Je ne voulais pas que mon absence pèse encore plus sur lui.»

 

Même si pour le moment, Kursley Figaro et Shyam Adil Koojun sont derrière les barreaux, leurs victimes n’ont pas l’esprit tranquille. «Je crains pour ma sécurité et celle de mes enfants. Kursley a souvent menacé de me tuer ; je suis maintenant convaincue qu’il peut mettre ses menaces à exécution», s’inquiète Joëlle Figaro. Quant à Farida, elle prévoit d’entamer des démarches pour obtenir un Protection Order avant que son époux ne soit libéré. «J’ai peur qu’à sa sortie de prison, il cherche à se venger de moi, de ma famille, ou à enlever notre fils comme il a souvent menacé de le faire.» Marquées à vie, tant physiquement qu’émotionnellement, c’est avec la peur au ventre que ces deux victimes de violence conjugale essaient aujourd’hui de se reconstruire… après l’enfer. 

 

*Prénom modifié

 


 

En chiffres

 

- D’après Statistics Mauritius, plus de femmes que d’hommes sont victimes de violence conjugale à Maurice.

 

- En 2019, 2 222 cas de violence domestique ont été recensés par le ministère de l’Égalité du genre, desquels 85,9 % des victimes étaient des femmes. 

 

- Depuis le début de cette année jusqu’à juin, 1 317 cas de violence domestique rapportés par des femmes et 361 cas rapportés par des hommes ont été recensés par la Police Family Protection Unit.