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À Addis-Abeba - Deux Mauriciens périssent dans un crash : c’était il y a 50 ans

«Mes grands-parents, Louis, connu comme Dop, et Elsie, allaient rejoindre leur fils aîné, soit mon père, qui était parti pour des études. Ils avaient préparé ce voyage et se faisaient une joie de le retrouver. Ils devaient passer par le Kenya, l'Éthiopie, puis l'Italie, pour ensuite rallier Londres», raconte Ludovic Ulcoq.

«Cette année, ça fait 50 ans depuis que c'est arrivé...» Ludovic Ulcoq nous parle là de la tragédie qui a marqué à jamais l'histoire de sa famille. Si chaque mois d'avril le ramène au terrible accident d'avion dans lequel ont péri ses grands-parents, chaque crash vient aussi titiller cette blessure que ses proches et lui portent depuis plusieurs années. 

C'était il y a 50 ans, le 18 avril 1972. Le drame s’est joué sur sur le tarmac d’Addis-Abeba ; 42 passagers du vol EC720 de la compagnie East African Airways ont perdu la vie quand l'avion dans lequel ils se trouvaient n'a pu décoller, ayant heurté un «jacking pad» qui s’était détaché d’un plus petit avion qui avait décollé un peu plus tôt et se trouvait sur la piste.

 

La suite de l'histoire est faite de larmes et de tristesse car le crash a fait de nombreuses victimes et brisé plusieurs familles. Parmi les défunts, deux Mauriciens : Louis Ulcoq (connu comme Dop), 51 ans, et sa femme Elsie (née Mayer), 42 ans. Quelques heures plus tôt, ils avaient pris l'avion pour la première fois afin d'aller retrouver leur fils aîné Patrick (le père de Ludovic Ulcoq) qui les attendait à Rome.

 

«L'accident est tristement lié à notre histoire de famille et ça jalonne notre existence. Je n'ai pas connu mes grands-parents. Je n'étais pas né encore quand l'accident est arrivé. C'est donc à travers le crash d'avion que j'ai connu leur histoire. Ça a créé en moi une tristesse absolue. J'ai entendu beaucoup de bien sur eux mais leur mort a suscité beaucoup de tristesse parce que je vois comment ça a marqué mon papa. Ce qui est arrivé l’a énormément affecté. Perdre ses parents dans de telles conditions est horrible. Ça marque à jamais. Avec lui, on en a très peu parlé. Il a enfoui tout cela en lui. Peut-être qu'on ne lui donnait pas non plus l'occasion d'en parler. Je ne sais pas pourquoi mais c'était comme une espèce de tabou», nous raconte Ludovic qui en a récemment appris davantage sur le drame. «Je ne savais pas énormément de choses. Par exemple, je n'avais pas les détails des dates. C'est une histoire qui était là, au coeur de notre famille, mais dont on ne parlait pas pour je ne sais quelle raison, peut-être par pudeur ou autre chose. C'était là et c'était en suspens...»

 

C'est avec beaucoup de nostalgie que Ludovic revient sur le drame : «Mon papa était l’aîné de mes grands-parents et il est issu d'une fratrie de quatre enfants. Il était le premier à l'époque à partir pour des études à Londres. Ses parents, donc mes grands-parents, allaient le rejoindre. Ils avaient préparé ce voyage et se faisaient une joie de le retrouver. Ils devaient passer par le Kenya, l'Éthiopie, puis l'Italie, pour ensuite rallier Londres. En apprendre plus sur le drame a aussi permis d'éclaircir ce que je ne pouvais pas trop lire en mon papa. À travers le silence autour de cette tragédie, je voyais et je ressentais à quel point cela l'avait marqué et avec raison. Des choses pareilles marquent à vie. Tout ce qui a suivi, son parcours, ses études et sa vie, a été chamboulé par la façon dont il a perdu ses parents.»

 

La mise en lumière de leur histoire de famille il y a deux ans a fait, souligne Ludovic, beaucoup de bien. «Ma soeur a été la première à vouloir s'intéresser à ce qui est arrivé. Elle avait fait des recherches et avait pu rassembler des informations. Et durant le premier confinement, j'ai ressenti le besoin, à travers un post sur Facebook, de raconter l'histoire de mes grands-parents. Très vite, j’ai réalisé que cette envie de parler de ce qui était arrivé allait coïncider, deux jours plus tard, avec la triste commémoration de cet accident. Pour moi, c'est un signe qui vient de mes grands-parents. Les quatre enfants de mes grands-parents n'avaient jamais fait une telle démarche pour rendre publique cette histoire. C'est à travers cette démarche, à travers ce post, plusieurs années après, qu'on a fait le deuil de mes grands-parents», témoigne Ludovic.

 

Il ne cache pas avoir maintenant peur de l'avion : «Quand j'ai pris connaissance de cette histoire, ça a fait naître en moi une peur de l'avion. J'ai une peur bleue aujourd'hui en avion et c'est très probablement lié à ce qui est arrivé à mes grands-parents. C'est une frayeur qui est là», dit-il. Avant de conclure : «C'est une triste actualité qui a aussi marqué tous les Mauriciens. Beaucoup se rappellent de ce crash du 18 avril 1972. Ça a marqué les esprits...»