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Accusé devant la commission d’enquête sur la drogue : l’avocat Raouf Gulbul en eaux troubles

Dans le passé, Sada Curpen, Siddick Islam et Peroomal Veeren ont payé Raouf Gulbul pour les défendre dans des affaires de drogue.

Rien que cette semaine, à 24 heures d’intervalle, deux témoins ont incriminé l’homme de loi devant la commission d’enquête sur la drogue. Cependant, ce dernier, qui préside la Gambling Regulatory Authority et la Law Reform Commission, soutient qu’il s’agit d’accusations non fondées…

Un vieux soldat ne jette jamais les armes, dit-il. Pourtant, selon certaines sources, celui qui livre des batailles au judiciaire depuis 35 ans, pourrait tomber…

 

Cette semaine, deux témoins ont incriminé Raouf Gulbul devant la commission d’enquête sur la drogue. Il s’agit de Parwiza Jeeva et Joseph Jacharee Bottesoie. Parwiza Jeeva, qui purge actuellement une peine de prison pour blanchiment d’argent pour le compte de Peroomal Veeren, accuse Raouf Gulbul de lui avoir demandé de changer sa version des faits dans cette affaire pour ne pas impliquer le trafiquant de drogue. Nous sommes en 2010. Aucune poursuite n’a été engagée contre ce dernier au sujet de ladite affaire. Quant à Joseph Jacharee Bottesoie, qui a déjà purgé une peine de dix ans de prison, il avance qu’en 2003, peu après son arrestation, l’avocat lui aurait demandé de revenir sur ses propos à l’encontre du caïd Rajen Velvindron. 

 

Ces accusations, Raouf Gulbul les balaie d’un revers de la main. «Il est très facile de faire des allégations à Maurice pour ternir l’image d’une personne. Ces deux personnes ont déjà fait des allégations contre moi dans le passé. Dans ces deux cas, je suis allé voir le Central Criminal Investigation Department (CCID) pour faire initier une enquête. Les deux dossiers avaient ensuite été envoyés au bureau du Directeur des poursuites publiques (DPP) for advice. Le DPP avait statué qu’on n’allait pas pouvoir initier un procès uniquement sur la base d’allégations. Il avait donc conclu à une non further action», explique l’avocat. 

 

Pour l’heure, ce dernier, qui dit être «un peu bouleversé» mais qui conserve son «fighting mood», ne fait l’objet d’aucune enquête du DPP. Il ne compte d’ailleurs pas step down à la présidence de la Gambling Regulatory Authority et celle de la Law Reform Commission, comme le réclame une aile de l’opposition. «La police a mené deux enquêtes différentes dans le passé. Dans les deux cas, le DPP a décidé de ne pas aller de l’avant. Ce sont les paroles de deux condamnés. Pourquoi devrais-je démissionner ? La police n’a pu prouver ma culpabilité. Ces deux personnes ne font que répéter ce qu’elles ont déjà dit dans le passé.»Raouf Gulbul beneficie par ailleurs du soutien du ministre Etienne Sinatambou. 

 

«La vérité finira par éclater» 

 

Spécialiste en droit constitutionnel et en affaires pénales, il a fait des études de droit à l’université de Londres et a commencé à exercer en 1983. Ce ténor du barreau mauricien a assuré la défense de Cehl Meeah aux assises. Lorsque ce dernier qui a été accusé de détournement de mineure, il l’a également défendu, remportant le procès en 2012. Il fait à présent partie du panel d’avocats qui défend le Premier ministre Pravind Jugnauth dans l’affaire Medpoint. 

 

Pourtant, dans le passé, Raouf Gulbul a aussi défendu quelques-uns des gros barons de la drogue. Parmi, Siddick Islam, plus connu sous le sobriquet de «Nerf»; le Rodriguais Alain Emilien, alias «Very Good»; Peroomal Veeren, considéré comme le nouveau Pablo Escobar de Maurice ; et Sada Curpen, plus connu comme «Sadatex» suivant son arrestation pour trafic de Subutex. 

 

Parwiza Jeeva a demandé à être entendue par la commission d’enquête sur la drogue

 

Cependant, l’avocat assure que c’est faux de dire qu’une grande partie de sa clientèle est composée de trafiquants de drogue : «Vous pouvez aller vérifier les records aux assises. Durant ces sept dernières années, je n’ai eu que deux affaires de drogue. J’ai défendu très peu de suspects accusés de trafic de drogue en Cour intermédiaire. En 35 ans de carrière, j’ai aussi défendu plusieurs suspects accusés principalement de vol, de forgery ou de délits liés au Road Traffic Act.» 

 

La commission d’enquête sur la drogue serait toutefois en présence d’autres informations qui seraient compromettantes à l’encontre de Raouf Gulbul. Parmi : une information selon laquelle ce seraient les barons de la drogue qui auraient financé sa campagne électorale pendant les élections générales de 2014. Il était alors candidat dans la circonscription no 3 pour le compte du MSM. L’homme de loi persiste et signe. Il ne s’agit que d’allégations. «Je suis disposé à déposer devant la commission d’enquête sur la drogue et devant d’autres instances pour répondre aux allégations dont je fais l’objet. Je laisse le temps faire son travail. La vérité finira par éclater.» 

 

Dans le cas de Peroomal Veeren, par exemple, notre interlocuteur dit avoir des informations selon lesquelles un ancien juge a déjà conseillé le caïd. Alors pourquoi, se demande Raouf Gulbul, n’est-il pas lui aussi inquiété ? L’avocat avance, en outre, que Peroomal Veeren aurait retenu les services de plusieurs avocats de 2010 à 2017. «Pourquoi suis-je le seul à être inquiété ? Pourquoi la commission d’enquête n’a-t-elle pas encore convoqué des trafiquants de drogue qui sont en prison ?» 

 

Raouf Gulbul assure : «J’ai uniquement des liens professionnels avec Peroomal Veeren. J’ai déjà assuré sa défense dans le passé, il y a très longtemps. La dernière fois que je lui ai rendu visite remonte au mois de février 2010, suite à sa requête pour une affaire de drogue. Vous pouvez vérifier mes dires en consultant les records de la prison. Je ne l’ai plus revu depuis. On ne s’est également pas parlés au téléphone.» 

 

Et de préciser qu’à l’époque où il défendait Peroomal Veeren, ce serait sa mère qui payait les fees. «Mon bureau est VAT Registered. Je lui ai donc donné des reçus pour tous les paiements, comme le stipule la loi. J’ai des preuves pour soutenir mes propos», fait ressortir l’avocat.

 

«Révélations»

 

Toutefois, la commission d’enquête sur la drogue serait en présence d’informations selon lesquelles ce sont les «juniors» de Raouf Gulbul qui se rendraient à la prison pour voir Peroomal Veeren à sa place. Parmi : la jeune avocate Tisha Shamloll. Selon nos recoupements, cette dernière devrait être appelée à déposer devant la commission dans les jours qui suivent. Selon nos informations, elle pourrait emboîter le pas à Erickson Mooneeanpillay qui a, lui, fait des allégations contre le Deputy Speaker Sanjeev Teeluckdharry (voir hors-texte). Tisha Shamloll se refuse cependant à tout commentaire à ce sujet. 

 

Interrogé, Raouf Gulbul maintient, lui, que la jeune femme n’a jamais fait son pupillage à son étude. Des propos qui irritent l’entourage de la jeune avocate. «Elle va dire qu’elle a agi uniquement pour le compte de son senior, Raouf Gulbul. Ce dernier lui aurait fait croire que c’est la pratique d’aller voir des trafiquants en prison», explique un proche de Tisha Shamloll. 

 

L’entourage de la jeune femme avance, en outre, que l’avocat «inn rod koul li» en disant qu’elle n’était pas son junior. «Tisha Shamloll va faire d’étonnantes révélations devant la commission d’enquête, assure notre source. Tisha inn tuzur ek Raouf. Ou kapav al dimann sa tou dimunn ki travay dan la kour ou bann pros kolaborater Raouf Gulbul pandan eleksion. Li ti kuma so sekreter personel. Ti mem appel li Gulbul’s Girl. Ena 2 lezot tifi avoka ankor. Ena plizier foto kot truv zot ansam. Ena osi bann esanz mesaz ki enn prev ki zot ti mari pros.» Raouf Gulbul, lui, reste ferme dans ses propos : Tisha Shamloll n’a jamais été son junior. 

 

Néanmoins, toujours selon le proche de la jeune femme, un autre jeune avocat serait en présence d’informations compromettantes contre son senior Raouf Gulbul. Celui-ci fait déjà l’objet d’une arrestation pour une affaire liée aux courses hippiques. Il aurait géré les finances de Raouf Gulbul pendant les élections. Cet avocat, Tisha Shamloll et Raouf Gulbul, avance notre source, étaient très proches et se seraient même rendus à La Réunion ensemble il y a quelque temps. Ce ne serait que lorsque le nom de Peroomal Veeren a commencé à surgir devant la commission d’enquête que Raouf Gulbul aurait pris ses distances avec les deux jeunes avocats. Un comportement qui ne serait pas au goût de plusieurs membres de la profession légale, nous confie un membre influent du barreau. 

 

Selon nos recoupements, les liens de Raouf Gulbul avec Sada Curpen intéresseraient également la commission d’enquête. Mais le principal concerné s’étonne : «Tout le monde sait que je suis son avocat.» Cependant, le bruit court que la juge Rehana Mungly-Gulbul, l’épouse de Raouf Gulbul, aurait voyagé gratuitement dans une limousine appartenant à Ramen Curpen, le frère de Sada Curpen, lors d’un séjour en France. Ce que nie Raouf Gulbul : «Je demande à tous ceux qui font des allégations contre mon épouse de venir avec des preuves. Je leur demande de venir avec le numéro du vol, le jour et la date où cela s’est produit. J’apporte un démenti formel. On cherche une fois de plus à jeter de la boue sur ma famille et moi. Ma femme est juge. Pensez-vous qu’elle va accepter de voyager gratuitement ? Personnellement, je n’accepte jamais de cadeaux. Je précise que je voyage par train lorsque je suis en Europe.»

 

À en croire une source proche des membres du gouvernement, les jours de Raouf Gulbul à la tête de la Gambling Regulatory Authority et de la Law Reform Commission seraient toutefois comptés. Il devrait, dit-on, être poussé à prendre la porte de sortie après les dénonciations de «ses juniors» devant la commission d’enquête sur la drogue. Raouf Gulbul devrait, lui, être convoqué devant la commission dans quelques jours. Le soldat jettera-t-il les armes ?

 


 

Demande d’immunité pour Kistnah

 

 

Rama Valayden, qui assure la défense de Navind Kistnah avec son confrère Neelkant Dulloo, envisage d’écrire une lettre au DPP cette semaine afin de demander officiellement l’immunité pour son client. Il y a quelques jours, Navind Kistnah avait mis la brigade antidrogue sur la piste de Basana-Reddi. Les informations qu’il a fournies aux limiers se sont révélées payantes car le policier a été arrêté alors qu’il allait prendre livraison d’un important colis contenant Rs 15 millions d’héroïne dans les toilettes de l’aéroport. Suite à cette opération, Dade Azaree, patron de Gloria Fast Food, qui financerait le trafiquant Nerf et le réseau de Peroomal Veeren, a aussi été arrêté. 

 

Depuis son arrestation, Navind Kistnah ne finit pas de faire des révélations. C’est aussi suite à ses aveux que les suspects Dookit et Seewoochurn ont été arrêtés alors que le complice Ramdin est toujours recherché pour importation d’héroïne. 

 

Tout cela pourrait-il jouer en faveur du courtier maritime ?

 


 

 La valse des avocats continue

 

Sanjeev Teeluckdharry, avocat et député de la circonscription no 5, a été appelé à se présenter ce jeudi 6 juillet devant la commission d’enquête sur la drogue. La convocation de l’actuel Deputy Speaker de l’Assemblée nationale était attendue après l’audition de son junior Erickson Mooneeapillay en juin. Ce dernier avait déclaré que son senior lui avait demandé de rencontrer le détenu Peroomal Veeren à la prison de Beau-Bassin en septembre 2012, soit au lendemain de sa prestation de serment comme avocat. 

 

Sanjeev Teeluckdharry sera le quatrième avocat à se présenter devant Paul Lam Shang Leen, après Anupam Kandhai, Erickson Mooneeapillay et Jaysingh Chummun. D’autres devraient bientôt leur emboîter le pas et s’expliquer devant la commission d’enquête sur la drogue au sujet leur proximité présumée avec des trafiquants de drogue. L’un d’eux serait également avocat parlementaire et occuperait un poste important.